Ile Maurice: L'auteur d'un affidavit arrêté, ses révélations secouent l'enquête

Un nouveau développement vient s'ajouter à l'affaire entourant la mort de l'exagent politique du Mouvement socialiste militant, Soopramanien Kistnen, un dossier qui continue d'alimenter les interrogations. Ashwan Lalljee, également connu sous le nom de Pritvee, a juré un affidavit, le 4 mars, contenant plusieurs révélations et il a été arrêté par la police.

Selon les premières informations, cette arrestation effectuée par des officiers du poste de St-Pierre serait liée à la diffusion d'une vidéo publiée en ligne qui lui est attribuée. Les autorités soupçonnent une infraction à l'Information and Communication Technologies Act. Après son arrestation, Ashwan Lalljee a été présenté hier devant la Bail and Remand Court. N'ayant pas obtenu la liberté sous caution, il demeure en détention provisoire et devra être de nouveau présenté devant la juridiction ce lundi.

Cette arrestation intervient alors qu'il s'est récemment retrouvé au centre de l'attention après avoir juré un affidavit contenant des déclarations sensibles en lien avec la mort de Soopramanien Kistnen, retrouvé mort dans un champ de canne à Telfair, Moka, en octobre 2020. Ashwan Lalljee, qui se présente comme travailleur indépendant domicilié à Batimarais, affirme avoir été mis au courant de certains éléments du décès par une femme rencontrée sur les réseaux sociaux, qui est la veuve d'un homme décédé dans un accident de la route en 2024, et avec qui il dit avoir entretenu une relation. Il explique avoir été intrigué par le train de vie relativement confortable de cette dernière et que lors de visites à son domicile, il aurait remarqué la présence d'importantes sommes d'argent en espèces, conservées dans un sac en cuir dans la chambre.

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C'est dans ce contexte, affirme-t-il, suite à une confrontation, que certaines confidences auraient été faites au sujet de l'affaire Kistnen. Dans son affidavit, Ashwan Lalljee soutient que cette femme lui aurait révélé l'existence de plusieurs personnes impliquées. Certains individus auraient joué le rôle de commanditaires, tandis que d'autres auraient été chargés de l'exécution. Parmi eux figure une personne ayant des liens avec un ancien ministre, un «influenceur» qu'il décrit comme très actif sur les réseaux sociaux, ainsi qu'un «gros bras» bien connu à Chemin-Grenier.

Un autre épisode relaté dans son affidavit concerne une rencontre inhabituelle dans l'après-midi du 30 janvier 2026. Alors qu'il se trouvait dans un centre commercial de Saint-Pierre, un inconnu se serait approché de lui et l'aurait mis en garde contre les activités de la famille de la femme. Cette rencontre l'aurait profondément troublé et l'aurait incité à confronter la femme au sujet des informations qu'elle lui aurait précédemment confiées. Dans son affidavit, il affirme que celle-ci lui aurait alors livré une version des événements entourant la mort de Soopramanien Kistnen.

Selon les propos qu'il lui attribue dans sa déclaration sous serment, Soopramanien Kistnen aurait été transporté alors qu'il se trouvait dans un état inconscient et deux injections de péthidine fournies par un infirmier travaillant à l'hôpital Victoria, Candos, lui auraient été administrées. Ashwan Lalljee affirme également que le corps de Soopramanien Kistnen aurait ensuite été transporté jusqu'à Telfair à bord d'une voiture rouge. Il précise que le véhicule aurait été conduit par le mari de la femme et qu'il aurait été accompagné du «gros bras». Le document comprendrait également une photographie de cette voiture rouge ainsi que les détails de tous les éléments et personnes mentionnées dans son récit.

Toujours selon l'affidavit, le mari de la femme aurait reçu d'importantes sommes d'argent en contrepartie de son implication dans ces événements et aurait permis à ce dernier de mener un train de vie particulièrement confortable, notamment à travers l'acquisition de véhicules de luxe. Selon les propos qu'il attribue à la femme, la voiture rouge aurait été endommagée durant la nuit des faits, avant d'être réparée après les funérailles de Soopramanien Kistnen. De son côté, la femme a publiquement reconnu avoir entretenu une relation avec Ashwan Lalljee, mais conteste catégoriquement les accusations formulées. Elle aurait également déposé plainte contre lui pour harcèlement et menaces.

Simla Kistnen et ses avocats

Contacté, Me Rama Valayden a déclaré : «Je vais rencontrer celui qui a juré cet affidavit ce mardi 10 mars. J'ai quelques questions pour lui et suite à cela, je me prononcerai sur cette affaire.» Les autres avocats que nous avons contactés tiennent un discours similaire, préférant attendre davantage d'informations avant de commenter ces allégations. La veuve de Soopramanien Kistnen, Simla Kistnen, a elle déclaré : «Oui j'ai pris connaissance de cet affidavit. Fode kone ki vre ki fos ladan. Mo espere lapolis fer so lanket. Lanket pe zwe mor depi enn sertin tan-la.»

Par ailleurs, l'affaire Kistnen continue de faire l'objet d'un suivi au plus haut niveau politique. Hier, lors d'un événement organisé à Côte-d'Or dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes, Navin Ramgoolam est revenu sur ce dossier : «Bann Scotland Yard finn konfirm ki Kistnen se enn asasina.» Le Premier ministre a ajouté : «Mo espere ki nou resi konn laverite», évoquant également certaines lacunes qui avaient été relevées par la magistrate Vidya Mungroo-Jugurnath dans le passé.

À noter que Vishal Shibchurn avait aussi juré un affidavit sur les circonstances de la mort de Soopramanien Kistnen le 31 juillet 2024, ses faits à lui ne corroborent pas celles d'Ashwan Lalljee. Les personnes que Shibchurn avait mentionnées ont toutes été entendues par les officiers de la Major Crime Investigation Team.

Dans ce contexte déjà chargé, l'arrestation d'Ashwan Lalljee et les révélations contenues dans son affidavit viennent ajouter un nouvel épisode à une affaire qui demeure l'un des dossiers judiciaires les plus sensibles de ces dernières années à Maurice.

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