Sénégal: Leadership féminin - Hélène Tine promeut la participation des femmes au pouvoir

Ancienne députée, Hélène Tine observe sans complaisance les mécanismes qui maintiennent les femmes à l'écart des centres de décision. Pour cette engagée politique de longue date, la question dépasse largement le simple enjeu d'équité. Elle touche au coeur de la stabilité des sociétés et à leur capacité à se développer harmonieusement.

Dans le paysage politique sénégalais, Hélène Tine occupe une place à part. Elle a traversé les différentes strates du pouvoir, de l'Assemblée nationale aux coulisses des partis, du militantisme de terrain à la réflexion stratégique sans jamais se laisser séduire par les illusions. « Le leadership féminin n'est pas un don naturel des femmes », prévient-elle. Pour Mme Tine, il se construit à travers l'expérience et l'engagement. « C'est la volonté d'assumer des responsabilités, non pour un titre, mais pour transformer concrètement la vie des gens. » Sa démarche se nourrit de cette proximité avec le réel et repose sur l'idée de service et de responsabilité envers la communauté.

Pourtant, cette ambition se heurte à des obstacles tenaces. Le premier est économique. « La politique coûte très cher », explique-t-elle avec franchise. Entre cautions, campagnes et déplacements, tout a un prix. Et qui contrôle ces ressources, ces réseaux d'affaires et les soutiens économiques des partis ? La réponse est claire : majoritairement des hommes. « On me demande souvent de retourner à l'Assemblée, mais avec quels moyens ? C'est une question simple et brutale qui arrête net de nombreuses ambitions légitimes », indique-t-elle.

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

Les partis eux-mêmes constituent un autre verrou. Les femmes y sont souvent présentes pour remplir un quota visuel ou assurer l'organisation logistique. Mais, elles sont rarement dans les commissions qui décident de la stratégie, de l'investiture ou des finances, là où se joue réellement l'avenir. Une étude menée par le Programme Wwp (Women political participation), dont elle est la conseillère technique, confirme que l'absence des femmes dans ces instances de décision reste l'une des plus grandes contraintes au leadership politique féminin.

À cela s'ajoute le poids du patriarcat, un verrou culturel et mental, parfois le plus difficile à briser, car intériorisé, y compris par certaines femmes. « Une femme ambitieuse, qui prend la parole avec assurance, est encore trop souvent perçue comme une menace », déplore l'ancienne députée.

La fabrique de la parole

Le cliché d'une prétendue réticence féminine au débat est un leurre commode. Le problème n'est pas le manque de volonté de parler, mais l'accès à la tribune. « Qui anime les plateaux télévisés ? Qui sont les experts invités ? Une majorité écrasante d'hommes. On ne naît pas orateur, on le devient par la pratique. Si on ne vous invite pas, comment pratiquer ? » Hélène Tine en parle avec l'autorité de l'expérience : « Quand j'étais porte-parole de mon parti, personne n'aurait osé dire que je fuyais le débat. Donnez l'espace et la parole vient ».

Face à ces barrières, l'accompagnement individuel ne suffit pas. Son programme agit à plusieurs niveaux : formation, renforcement des capacités et plaidoyer auprès des décideurs. « Nous les rencontrons, présentons des données et rappelons leurs engagements. Nous négocions pour que les femmes ne soient pas seulement des figurantes sur les listes », explique-t-elle. Avant les élections locales de 2021, ces négociations ont permis de faire figurer davantage de femmes en tête de liste et de voir plus de femmes devenir maires. C'est l'importance d'un travail de pression continue et argumentée.

Un troisième volet concerne le narratif. L'émission télévisée qu'elle anime cherche à normaliser la présence des femmes dans le débat public, à créer des modèles pour les plus jeunes et à combattre les stéréotypes ou les discours de dénigrement.

Un message pour les nouvelles générations

Aux jeunes femmes tentées par l'engagement, mais rebutées par la rudesse du milieu, Hélène Tine adresse un message exigeant : « Leur pays a besoin d'elles plus que jamais. Le changement qu'elles appellent ne se fera pas sans leur présence aux tables où l'on décide ». Toutefois, elle avertit aussitôt : « Il faut construire un leadership ancré dans des valeurs solides. L'éthique, l'intégrité et le sens du service doivent être votre colonne vertébrale. Le pouvoir pour le pouvoir est un leurre, surtout pour une femme. Vous serez scrutée, jugée plus sévèrement ».

Mme Tine les encourage à maîtriser leurs dossiers, à rester connectées à la base et à nouer des alliances entre femmes, mais aussi avec des hommes conscients et progressistes. « Le combat pour l'égalité n'est pas une guerre des sexes, c'est un projet de société que nous devons porter ensemble », assure-t-elle.

Au-delà des frontières, Hélène Tine reste convaincue, études à l'appui, que la présence des femmes dans la gouvernance contribue à la pacification et à la stabilité. Dans un monde en proie aux conflits, c'est, peut-être là, leur plus grande contribution : proposer une autre manière de faire de la politique. Pour elle, ce n'est pas un voeu pieux, mais le fruit d'un combat patient, pour que la parité et le leadership féminin cessent d'être de simples mots et deviennent des réalités concrètes.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.