Ile Maurice: Preetila Jumungall - «Combattre la violence domestique est une priorité nationale»

L'avant-première de «Vansh» était prévue hier, 8 mars, à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, à MCine Trianon. Sur fond d'ambiance bollywoodienne à la sauce locale, c'est un grave problème de société qui est traité : les mécanismes de la violence domestique.

Il est des faits divers qui vous touchent particulièrement. Un homme qui avait choisi de mettre fin à ses jours. Sur fond de séparation conjugale, pour cause de violence domestique. Avec le refus de la partenaire de reprendre la vie à deux, après des agressions répétées.

Il y a cinq ans, un cas interpelle Preetila Jumungall, responsable de l'organisation non gouvernementale (ONG) Shree Ji, qui travaille avec des groupes vulnérables, notamment des femmes et des enfants. L'ONG est basée à Résidence Longère, à Baie-du-Tombeau. C'est ce qui l'a motivée à réaliser le long-métrage, Vansh. L'avant-première du film était prévue hier, à MCine Trianon, en marge de la Journée internationale des droits des femmes.

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Vansh n'est pas qu'une fiction ; le film est basé sur des faits réels. Preetila Jumungall travaille au quotidien avec des femmes confrontées à des problèmes. L'actualité montre, souligne-t-elle, que c'est un sujet brûlant : en l'espace de six mois, quatre féminicides ont été enregistrés. «Combattre la violence domestique est une priorité nationale. Les cas sont courants. On n'en parle pas assez.»

Son expérience dans le social lui fait dire : quand une femme subit des violences, ses voisins sont au courant, parce qu'ils voient, ils entendent. La famille de la victime aussi le sait, mais souvent, elle n'intervient pas, alors que la victime subit des agressions assez graves, parfois de plus en plus graves. «C'est malheureux que la société ferme les yeux. Ce n'est que quand la femme décède sous les coups que le cas fait l'actualité. Là, tout le monde en parle. Je ne sais pas si c'est la peur ou parce que c'est tabou que les gens n'interviennent pas quand il est encore temps.»

Preetila Jumungall clame que ce sujet ne devrait pas être tabou, vu son ampleur. «On entend souvent dire que les problèmes de couple, ena mem sa. Que le couple finira par surmonter ses différends, ki zot pou korek. Alors que les violences ne font qu'empirer. Ce n'est pas normal que des femmes soient régulièrement agressées et que le reste de la société trouve que c'est normal», s'insurge la réalisatrice. Une situation paradoxale qui, pour Preetila Jumungall, montre à quel point un travail en profondeur sur les mentalités et la condition des femmes est nécessaire.

Comme le public passe beaucoup de temps sur les réseaux sociaux, l'ONG s'est d'abord décidée à faire une campagne contre la violence domestique avec un volet de sensibilisation sur la santé mentale. La campagne de sensibilisation a alors pris les dimensions d'un film. «Ki arive kan enn misie bat so madam?» C'est l'angle choisi par Preetila Jumungall. Souvent, il y a pardon. Il lui demande des excuses, promet de changer de comportement, qu'il ne refera plus les mêmes erreurs.

Il y a parfois une réelle volonté de prendre une autre voie, mais le facteur psychologique, les difficultés qu'éprouvent certains hommes à communiquer avec leur partenaire à cause de questions de santé mentale, les empêchent de s'améliorer. «Lerla lame-la leve otomatik. Li bate.» Ces observations ressortent de nombreuses counselling sessions, les séances de thérapies proposées par l'ONG Shree Ji. «Même des couples qui veulent avancer disent : 'La violence devient comme un réflexe'.»

Autre point commun dans les couples ravagés par les violences: «On se demande pourquoi ils ne se séparent pas ? L'amour est là. Ils ont parfois des enfants, un emploi stable. Mais encore une fois, des questions de santé mentale font qu'il y a une violence que le partenaire exprime.»

Le protagoniste imaginé par Preetila Jumungall - joué par Shameer Abdul Raman - ne parvient pas à contrôler sa colère, sa violence. «C'est dessus que nous devons travailler. Cela ne sert à rien de faire enn gro tapaz après un féminicide. C'est avec les partenaires violents qu'il faut travailler, avant qu'il ne soit trop tard.»

Pour aborder ce sujet grave, la réalisatrice a choisi une touche bollywood. Elle reprend par exemple les codes de la chanson en playback, avec pour décor le phare et les falaises d'Albion. «L'expérience des campagnes de sensibilisation précédentes a montré que, quand on parle de la violence domestique kri-kri, cela ne touche pas les gens.» D'où le choix de présenter le sujet dans une ambiance familière au grand public : la bollywood touch, avec un brin de glamour. Le casting a été réalisé avec le soutien de la Mauritius Film Development Corporation. «Environ 200 personnes avaient répondu à l'appel.» C'est Shameer Abdul Raman, plus connu dans le monde du mannequinat, qui joue le mari violent et c'est Jannat Khan qui lui donne la réplique. C'est sa première expérience de cinéma. «Elle parvient à restituer l'expérience d'une femme abusée», affirme la réalisatrice.

Sortie en salle en avril

Si l'avant-première était prévue hier, c'est le mois prochain que le film devrait être à l'affiche chez MCine. Les dates ne sont pas encore confirmées. Pour «Vansh», après sa sortie en salles, Preetila Jumungall envisage des séances de ciné-débat ou des projections à l'étranger grâce à Women in Network Africa. Elle a déjà réalisé un documentaire, «Koupab», en 2020, qui a été montré lors de l'«Indian Ocean Film Festival».

Parcours d'une passionnée

Preetila Jumungall se présente comme une «jeune passionnée qui croit dans le changement». Elle a d'abord décroché une licence en «Social Work», à l'université de Maurice. Avant d'obtenir une maîtrise en psychologie, suivi d'une seconde maîtrise en psychologie appliquée à l'université de South Wales. «Je fais beaucoup de travail social. Cela fait 12 ans que je travaille avec la communauté à Baiedu-Tombeau, mais je ne me vois pas faire de la thérapie avec eux, parce que nous avons développé un lien.»

Elle explique avoir étudié la psychologie pour avoir des bases solides afin de mener un plaidoyer basé sur des faits et produire du travail de recherche. «Les activistes sur le terrain doivent avancer des preuves quand ils luttent en faveur de changements. C'est ce qui permet de formuler des recommandations et des outils qui ont été testés. À Maurice, il manque beaucoup de recherches sur les faits de société.»

Film à petit budget

«Vansh» a été réalisé avec environ Rs 1 million. «Ce n'est vraiment pas facile pour une ONG de concrétiser un film. Il a fallu frapper à de nombreuses portes, marse boukou.» À l'équipe, acteurs, caméramen etc., elle leur a expliqué «que c'est un projet avec peu de moyens. Ils ont accepté de réduire leurs cachets. Ena inn bes pri kareman par 80%», explique Preetila Jumungall, qui leur en est énormément reconnaissante.

AS«C'est parce que tous ceux qui ont participé au projet savent que la violence domestique est un gros problème à Maurice.» À cause des contraintes budgétaires et comme faire du cinéma est une occupation à temps partiel, le tournage a mis six mois entre fin 2024 et début 2025. «Il faut vraiment être passionné pour faire du cinéma.»

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