Le général Mamadi Doumbouya, récent vainqueur de la présidentielle du 28 décembre 2025, en Guinée, n’entend pas de toute évidence s’arrêter en si bon chemin, en direction des législatives et communales, dont la date a été finalement fixée au dimanche 24 Mai 2026, pour élire les 114 députés de l’assemblée nationale et les conseillers municipaux dans les 342 mairies du pays.
Le parachèvement de la transition tant promis aux guinéens et aux partenaires de la Guinée est ainsi sur de bons rails, même si l’on ne peut s’empêcher de s’interroger aujourd’hui, au regard de l’arrêté pris par le Ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, rendu public dans la nuit de vendredi 6 et samedi 7 mars, portant dissolution de 40 partis politiques régulièrement enregistrés, avec effet immédiat, et comprenant bien sûr les trois (3) grands partis, à savoir l’Union des Forces Démocratiques (UFDG) de Guinée de Cellou Dalein Diallo, le Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG) d’Alpha Condé et l’Union des Forces Républicaines ( UFR) de Sidya Touré.
Cette décision semble prendre le contrepied de toute l’offensive du Président Doumbia pour redorer le blason de son régime, qui vient de réintégrer le cénacle restreint des chefs d’État de la CEDEAO et de l’Union africaine, notamment lors de son passage remarqué à Addis-Abeba lors du dernier sommet de l’UA.
L’argument juridique ou plutôt politique (on avait brandi la volonté de rationaliser le nombre de partis) servi pour donner un semblant de légalité à cette décision radicale, à deux mois du scrutin, repose, selon les autorités guinéennes, sur les dispositions de la nouvelle Constitution adoptée par référendum du 21 septembre 2025 qui imposent aux partis politiques un certain nombre « d’obligations légales » contenues dans la loi du 21 novembre 2025 portant création, organisation, fonctionnement et contrôle des partis politiques en Guinée, adoptée par le Conseil National de Transition.
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
Que fait-on des dispositions de la CEDEAO, que la Guinée vient de retrouver, qui fixent un délai de 6 mois avant tout scrutin pour toute modification de la loi électorale, sous réserve d’un accord consensuel entre l’ensemble des acteurs politiques ? Cette décision du ministre, par ses effets, exclut les 40 partis de la compétition, et donc touche aux dispositions électorales qui garantissent un processus électoral et un scrutin libre et ouvert.
Ainsi après la hausse vertigineuse de la caution pour la présidentielle, et la suspension des activités des partis, qui mettent hors de course la majorité des potentiels candidats, dont les trois « majors », c’est maintenant le tour des restrictions administratives (un siège dans chaque préfecture, tenue des congrès, réforme des statuts, états financiers) que peu de partis politiques pourront lever.
Il est vrai que la mise en demeure qui leur avait été servie à travers un arrêté du ministère de l'Administration du territoire et de la Décentralisation, rendu public le 25 février 2026, avait donné aux formations politiques concernées jusqu'au 25 mai 2026 pour se mettre en règle avec la nouvelle loi organique.
C’est le prétexte choisi pour la mise sous scellé des sièges des partis et la confiscation de leurs biens.
Derrière cette volonté du régime de transition de Mamadi Doumbouya de réformer, voire de rationaliser le système politique en Guinée, n’est-on pas en train de pousser le pays vers des risques importants de crises et de fragilité, dont le régime en place n’a absolument pas besoin ? Les causes de dissolution des partis politiques en démocratie doivent revêtir des motivations plus sérieuses.
Pour consolider sa victoire, si tant est qu’elle soit réelle, les futures élections devraient normalement être un moment de confirmation de la légitimité de Doumbouya à l’issue d’une compétition ouverte et non l’inverse. Au finish, si le pouvoir en place obtient la majorité quelle qu’elle soit, ou non, ce serait un signe certain de la vitalité du jeu démocratique, car le parlement doit être le lieu d’expression de la démocratie et non la rue.