Sénégal: Universités du Ramadan à Tivaoune - Le foyer musulman au coeur de la 29e édition

Lors de la 29e édition des Universités du Ramadan à Tivaouane, le Dahiratoul «Moustarchidine Wal Moustarchidaty» a placé la stabilité du foyer musulman au centre des débats. Sous le thème : «Au coeur du foyer musulman : entre vie conjugale et défis éducatifs», universitaires et experts ont scruté la fragilité de la cellule familiale face aux mutations actuelles.

À Tivaouane, la thématique du foyer musulman a captivé, le jeudi 5 mars 2026, l'auditoire des Universités du Ramadan organisées par le Dahiratoul «Moustarchidine Wal Moustarchidaty».

Face aux mutations du monde moderne, universitaires et experts ont analysé les défis majeurs qui ébranlent, aujourd'hui, les familles : crises conjugales récurrentes, bouleversements sociaux et perte de repères éducatifs.

Dans son intervention, le Dr Maguette Ndiaye, enseignante-chercheuse, a rappelé que le mariage en Islam est avant tout un ancrage moral puisé dans le Coran. Elle a souligné que la pérennité du couple ne saurait dépendre du seul sentiment amoureux --par essence instable-- mais doit s'appuyer sur l'affection réciproque et la miséricorde. Ce «pacte sacré», scellé devant Dieu, se consolide par la patience et une coresponsabilité assumée.

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Pour surmonter les tensions, la conférencière a préconisé une culture du dialogue et de la concertation (Choura). En dernier recours, la médiation parentale demeure une voie privilégiée pour apaiser les conflits. Enfin, elle a apporté un éclairage essentiel sur la notion d'autorité : en Islam, celle-ci est dévolue à l'homme non comme un privilège de domination, mais comme une lourde responsabilité de protection et de subsistance.

Cette responsabilité doit s'exercer dans le respect mutuel et la conscience des devoirs de chacun. Au sein de l'organisation familiale, la femme joue un rôle déterminant pour l'éducation et la stabilité du foyer. À ses yeux, la famille est une terre fertile : si l'on y sème de bonnes graines, elles produiront des fruits porteurs de vertu et de stabilité.

Cependant, le Dr Ndiaye met en garde contre certaines influences culturelles contemporaines qui perturbent l'harmonie du foyer. Les modèles véhiculés par certains médias, notamment les feuilletons, peuvent, selon elle, nourrir des attentes irréalistes au sein des couples. Elle a également évoqué le poids de certaines pratiques sociales, à l'image du «Soukeuru Koor». Ces cadeaux, traditionnellement offerts aux belles-mères durant le Ramadan, peuvent constituer une pression excessive pour les épouses. Or, a-t-elle rappelé, l'Islam préconise une générosité proportionnelle aux capacités de chacun.

Pour la conférencière, les difficultés conjugales doivent être abordées à la lumière des enseignements coraniques, en privilégiant la réconciliation et le conseil. Toutefois, lorsque toutes les médiations échouent, une séparation à l'amiable peut être envisagée afin d'éviter des tensions prolongées susceptibles d'affecter l'équilibre des enfants. À son tour, le psychologue Ibrahima Giroux a proposé une analyse complémentaire en insistant sur les dimensions psychologiques et sociales de la cellule familiale.

Il a d'abord rappelé que les tensions domestiques sont inhérentes à la vie commune, comparant la cohabitation conjugale à celle «des dents et de la langue» qui, bien qu'elles se heurtent parfois, continuent de coexister. Selon lui, il est crucial de distinguer le couple de la famille : si le divorce dissout l'union conjugale, il ne met pas fin à la famille, les liens parentaux demeurant immuables. La gestion de ces ruptures exige ainsi de la sagesse et du discernement, des vertus qu'il lie au concept de «Hikma».

Par ailleurs, M. Giroux a souligné le rôle déterminant de la famille dans le développement de l'enfant, rappelant que 80 % de la maturation cérébrale s'opère entre zéro et six ans. Pourtant, au Sénégal, seuls 20 % des enfants bénéficient d'un encadrement préscolaire.

Face à ce déficit, il préconise l'instauration d'une véritable politique nationale de la famille, convaincu que la stabilité socioéconomique du pays repose sur la solidité de ce socle institutionnel.

Le psychologue a également mis en lumière certaines fragilités de notre époque, en particulier l'effritement de l'intimité au sein des couples. L'exposition publique des conflits conjugaux, accentuée par les réseaux sociaux, ne fait qu'envenimer les tensions. Pour préserver l'harmonie familiale, il préconise la discrétion, la patience et la culture du pardon.

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