Lorsque Hatem Denguezli évoque les débuts de Land'Or, il ne parle ni d'un coup de chance ni d'un simple hasard, mais d'une vision stratégique mûrement réfléchie. Au début des années 1990, alors jeune vétérinaire, il identifie avec son associé une opportunité dans une filière encore fragmentée : structurer une activité viable et la faire progressivement monter en gamme.
« Le projet a évolué bien au-delà de ce que nous avions imaginé », reconnaît aujourd'hui le cofondateur et président-directeur général, Hatem Denguezli. Trois décennies plus tard, Land'Or est cotée à la Bourse de Tunis, emploie près de 900 personnes et dispose de sites industriels en Tunisie et au Maroc, avec des exportations vers l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Amérique du Nord. Un parcours qui illustre la capacité d'entreprises africaines à se projeter durablement sur les marchés régionaux et internationaux.
Pour Hatem Denguezli, la croissance ne s'est jamais faite par à-coups, mais par paliers successifs. « Nous sommes aujourd'hui dans une phase de consolidation et d'expansion internationale », explique-t-il. Cette trajectoire prudente et résiliente s'est construite en composant avec les contraintes du secteur agroalimentaire, les chocs exogènes et un environnement économique incertain.
Ces chocs, il les a affrontés dès les premières années. En 1996, la crise de la vache folle impose un repositionnement rapide et conduit au développement d'une gamme de fromages fondus. En 2008, la flambée mondiale des prix des matières premières laitières incite l'entreprise à diversifier ses activités vers des produits à base de matières grasses laitières et végétales. À chaque étape, l'innovation et l'investissement dans le capital humain s'imposent comme des leviers d'adaptation essentiels, bien au-delà de simples moteurs de croissance.
Exigence d'une femme de terrain
Dans les ateliers de Land'Or, cette exigence prend un visage : celui de Nadia Etiss. Directrice de la qualité, elle est présente au quotidien sur les lignes de production. « Je suis une femme de terrain, dit-elle. Je parle avec les responsables de production, les ingénieurs qualité, les techniciens et les fournisseurs. Mon métier consiste à vérifier les produits et à assurer la cohérence de l'ensemble du processus. »
Arrivée dans l'entreprise avec une équipe réduite, elle encadre aujourd'hui plus de 60 collaborateurs. Pour elle, la qualité est indissociable du facteur humain. « La performance repose sur la vigilance, la formation et la confiance accordée aux équipes », explique-t-elle. Et d'ajouter : « Avec de la persévérance, on peut, en tant que femme, partir de peu et aller très loin. Il faut juste y croire. » Un message qui fait écho aux priorités de la Banque africaine de développement en matière d'inclusion et de valorisation des talents.
À plusieurs kilomètres des usines, une autre trajectoire illustre l'impact de Land'Or sur sa chaîne de valeur : celle de Mouadh Djaied, vétérinaire et fondateur de SERVET, centre de collecte de lait partenaire du groupe. « Le rôle d'un centre de collecte est de préserver la qualité bactériologique du lait », rappelle-t-il.
Avant la montée en puissance de son partenariat avec Land'Or, SERVET faisait face à des rejets fréquents et à des pertes importantes subies avec de précédents fournisseurs. Les marges étaient faibles, les investissements difficiles. « On arrivait à peine à s'en sortir », se souvient-il. L'augmentation progressive des volumes livrés à Land'Or -- de 10 % à près de 90 % de la collecte -- change la donne. Le centre investit dans de nouveaux équipements, améliore ses procédures et recrute une ingénieure spécialisée en contrôle qualité. « Ça a beaucoup changé ma vie », résume Mouadh, sans détour. Une illustration concrète de l'effet d'entraînement de Land'Or sur l'ensemble de sa chaîne de valeur locale.
Les réussites se construisent rarement seules. Depuis 1998, Land'Or est accompagnée par AfricInvest, partenaire de long terme de l'entreprise. La Banque africaine de développement joue, à ce titre, un rôle structurant, ayant investi, en 2018 20 millions d'euros dans le fonds MPEF IV d'AfricInvest, dédié au soutien des entreprises privées africaines à fort potentiel, comme Land'Or.
Honnêteté, ténacité et passion
Cet appui combiné -- financier, stratégique et technique -- a permis à Land'Or de renforcer durablement ses capacités industrielles et d'accélérer son développement sur les marchés régionaux et internationaux, notamment au Maroc. Au-delà du capital mobilisé, l'intervention de la Banque africaine de développement structure les chaînes de valeur locales, élève les standards de qualité et soutient la création d'emplois durables, en ligne avec sa stratégie de développement du secteur privé africain.
« AfricInvest nous a apporté un important soutien financier, technique et moral », souligne Hatem Denguezli. Soutenu par la Banque africaine de développement, ce fonds a permis à Land'Or d'investir dans une vision de long terme. Pour son cofondateur, l'histoire ne fait que commencer : « Je pense que Land'Or a un avenir encore plus glorieux. L'entreprise a accumulé un savoir-faire considérable et nous ne sommes qu'au milieu du chemin. »
Il conclut sur une note résolument optimiste : « L'Afrique va démarrer maintenant. » Puis il s'adresse aux jeunes entrepreneurs : « Trois choses sont fondamentales pour réussir dans n'importe quel business : être honnête, être tenace et être passionné. »
Trente ans après sa création, Land'Or incarne la réussite d'une croissance industrielle africaine de long terme, conjuguant innovation, capital humain et partenariats stratégiques, notamment avec la Banque africaine de développement, pour un impact économique et social durable.