À moins d'une minute de marche d'une route rurale au nord d'Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire, ce qui ressemble de prime abord à un champ d'arbustes s'avère être une voie vers un avenir meilleur pour des dizaines de milliers de femmes dans le secteur agricole.
Le champ est couvert de plants de manioc, une culture de base en Côte d'Ivoire et un féculent très apprécié dans la cuisine ouest-africaine. Dans ce champ, six agricultrices expliquent à une délégation du Groupe de la Banque africaine de développement, conduite par Jemimah Njuki, directrice du département Genre, femmes, et société civile, comment elles ont expérimenté de nouvelles méthodes de culture pour faire face aux faibles précipitations.
Ces agricultrices participent à un programme financé par le Groupe de la Banque qui soutient plus de 300 coopératives dirigées par des femmes afin de les rendre plus compétitives sur les marchés agricoles et plus résilientes au changement climatique, et d'améliorer leur qualité de vie.
Le projet se concentre sur Toumodi, une ville située au centre du pays. Ici, l'accès aux marchés commerciaux est relativement faible, à tel point que les agriculteurs éprouvent des difficultés à stocker, transformer et transporter correctement leurs récoltes -- sans parler de l'obtention de prix optimaux une fois que leurs produits parviennent jusqu'aux acheteurs.
Pour relever ces défis, le Projet consultatif de soutien des coopératives vivrières dirigées par des femmes (« Women-led Staple Food Cooperative Advisory Project ») a ciblé 322 coopératives dirigées par des femmes et a eu un impact positif sur plus de 21 300 femmes depuis son lancement en 2022. Avec le renforcement des compétences comme composante principale, le programme a permis à plus de 1 500 femmes de suivre une formation en alphabétisation fonctionnelle qui leur a permis de mieux gérer leurs entreprises et d'en accroître la rentabilité.
« Ce projet nous a appris à élargir notre champ de réflexion, à mieux connaître nos terres », explique Anastasie Kouadio, présidente de l'Union vivrière Etraikpa de Toumodi, une coopérative dirigée par des femmes qui participe au projet. « Nous savons que nous [pouvons cultiver les produits], mais nous voulions apprendre comment financer [la culture d'une plus grande quantité de manioc sur une plus grande superficie]. Qu'est-ce que la comptabilité financière ? Comment pouvons-nous acquérir des connaissances financières ? Ce projet nous a permis d'atteindre toutes les agricultrices qui ne savaient ni lire ni écrire », précise-t-elle.
Le Groupe de la Banque, par le biais de son initiative AFAWA (Affirmative Finance Action for Women in Africa), a alloué 1,5 million de dollars à ce programme et s'est associée à l'agence ONU Femmes pour offrir des possibilités d'accès au financement, au leadership, à la création de valeur ajoutée et à la formation professionnelle. Cela comprend une formation spécialisée dans l'emballage et l'étiquetage de produits pour 200 femmes, ainsi que des cours sur la gouvernance et la gestion des coopératives pour 400 autres femmes. Le projet développe également une plateforme de commerce électronique pour les coopératives, appelée « Blaatto », ce qui signifie « viens acheter » en baoulé, la langue parlée dans la région.
Jemimah Njuki, directrice au Groupe de la Banque, et Adjaratout « Adji » Fatou Ndiaye, représentante d'ONU Femmes en Côte d'Ivoire, se sont entretenues avec des agricultrices et des responsables de coopératives pour recueillir leurs témoignages sur le programme. Les agricultrices ont présenté certains de leurs produits améliorés à base de manioc et ont expliqué que le programme avait permis d'accroître leurs revenus, aidant ainsi nombre d'entre elles à scolariser leurs enfants.
« Vous produisez les denrées alimentaires que consomme la Côte d'Ivoire. Vous transformez les denrées alimentaires que consomme la Côte d'Ivoire, et notre rôle au Groupe de la Banque, en partenariat avec ONU Femmes, est de vous soutenir », assure Mme Njuki aux agricultrices. Avant d'ajouter : « Nous savons combien il est important de soutenir les femmes. C'est grâce à elles que nos enfants sont éduqués. C'est grâce à elles que nous bénéficions d'une bonne nutrition. C'est grâce à leur dur labeur que des villages comme celui-ci prospèrent. »
Les femmes agricultrices ont également indiqué qu'elles souhaitaient vivement que le programme soit élargi à l'introduction de machines pour stimuler la productivité et garantir une constance dans la transformation des denrées alimentaires.
« Il y a des terres ici. Nous avons le manioc, nous avons suivi la formation à l'entrepreneuriat, nous avons bénéficié d'un accompagnement », indique Rose Jeannette Koffi, de la fédération Les Moissonneuses, qui regroupe des coopératives agricoles dirigées par des femmes. « Nous sommes capables de faire encore mieux. »
Dans le cadre d'une visite avec Touhou Godefroy, secrétaire général de la préfecture de Toumodi, Mme Njuki a déclaré, plus tôt, que le Projet consultatif de soutien des coopératives vivrières dirigées par des femmes était un catalyseur de transformation inclusive favorisant une croissance agricole durable, résiliente et sensible au genre.