Sénégal: Diourbel - Les femmes rurales réclament des droits réels au-delà des discours du 8 mars

La condition des femmes rurales est particulièrement éprouvante. Elles continuent de faire face à des difficultés persistantes, tant sur le plan économique, que social, tandis que leurs droits fondamentaux ne sont pas toujours pleinement respectés. Dans de nombreuse localités, l'accès foncier est un obstacle qu'elles n'arrivent toujours pas à surmonter, ne disposant généralement pas de titres de propriété leur permettant d'exploiter ou de sécuriser des terres agricoles.

L'édition 2026 de la Journée internationale des droits des femmes, est célébrée à Diourbel sous le thème : « Droits, Justice, Action, pour TOUTES les femmes et les filles ». Une thématique qui entre en résonance directe avec les préoccupations exprimées par les femmes rurales de la région, confrontées quotidiennement à des contraintes structurelles qui limitent leur autonomie économique.

Dans la pratique, l'accès au foncier est largement dominé par les hommes. Les femmes de Diourbel sont fortement dépendantes d'eux, pour l'exploitation des terres agricoles. Cette situation s'explique à la fois par le poids persistant de croyances socio-culturelles et par une méconnaissance des dispositions juridiques qui pourraient pourtant, leur permettre de revendiquer leurs droits.

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Ces préoccupations ont été directement exprimées aux autorités de tutelle, lors de leur récente visite dans la région. Les femmes ont insisté sur plusieurs difficultés que sont l'insuffisance de financement, le manque de formation et l'absence de mécanisme de formalisation adaptés à leurs activités économiques. Faute de ressources propres et d'accompagnement, elles restent économiquement dépendantes de leurs époux.

A ces contraintes, s'ajoute la question des violences basées sur le genre qui constitue une autre difficulté importante dans leur vie quotidienne. Certaines d'entre elles sont confrontées à des violences sexuelles ou à des châtiments corporels au sein même de leur foyer.

La présidente du conseil consultatif régional des femmes de Diourbel Madame Bousso Ngom, chef de village de Ndangalma reconnaît néanmoins que certaines formes de violences conjugales, notamment les coups et sévices infligés par les époux, connaissent aujourd'hui un certain recul. Une évolution qu'elle attribue en grande partie à la mobilisation croissante des organisations engagées dans la lutte contre les violences basées sur le genre.

Cependant, Madame Ngom a déploré les inégalités persistent dans l'accès au foncier. Elle dénonce aussi cette injustice dont sont victimes les femmes dans la répartition des espaces agricoles : « Les hommes s'accaparent des assiettes foncières très fertiles, tandis que les peinent à obtenir des terres pour leurs activités », explique-t-elle.

Cette situation limite leurs capacités de production. Elles rencontrent également des difficultés pour accéder au matériel agricole. Souvent contraintes de semer tardivement leurs cultures, elles enregistrent des rendements inférieurs, ce qui accentue leur vulnérabilité économique.

Mme Bousso Ngom souligne que cette dépendance trouve largement son origine des facteurs socioculturels. En sa qualité de chef de village de Ndangalma, elle plaide pour la mise en place de mécanismes de financement adaptés, assortis de taux d'intérêt accessibles, pour permettre aux femmes rurales de développer leurs activités et d'améliorer leur condition de vie.

Le même constat est partagé par Mme Dior Dieng, conseillère municipale dans la commune de Touré Mbonde, qui souligne que l'accès au foncier et la formalisation des activités féminines sont au cœur des préoccupations des femmes de la localité.

Elle déclare toutefois que les groupements féminins bénéficient d'un accompagnement de la municipalité. « Les femmes organisées en groupements reçoivent l'appui du maire, qui nous soutient à travers la mise à disposition de matériels et le développement d'activités génératrices de revenus, notamment à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes ».

Pour ces femmes engagées dans l'agriculture et les activités communautaires, la célébration du 8 mars ne saurait toutefois se limiter à une commémoration symbolique. Elle représente avant tout l'occasion de rappeler l'urgence d'une action concrète en faveur d'un accès équitable aux ressources, au financement et aux opportunités économiques.

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