Deux ans après l'obtention de son Indication géographique protégée (IGP), le « Madd » de Casamance affiche des progrès encourageants en matière d'organisation des acteurs et de transformation du produit. Réunis hier à Ziguinchor pour une rencontre d'évaluation, professionnels de la filière et partenaires institutionnels ont salué les avancées enregistrées tout en soulignant les défis persistants, notamment celui de la commercialisation sur le marché national.
Il y a plus de cinq ans que personne ne parlait avec détermination de sa réorganisation. En revanche, deux ans après sa reconnaissance officielle IGP, le « Madd » de Casamance poursuit progressivement sa longue marche vers la structuration. Pour cela, producteurs, cueilleurs, transformateurs et partenaires techniques issus des régions de Ziguinchor, Sédhiou et Kolda se sont retrouvés hier dans la capitale régionale du Sud pour évaluer les impacts de cette labellisation sur la filière.
Organisée autour de l'Association pour la protection et la promotion de l'indication géographique « Madd » de Casamance (APPIGMAC), avec l'appui de l'ONG ETDS, la rencontre de Ziguinchor a permis de dresser un premier bilan jugé globalement positif.
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Récemment installée à la tête de l'APPIGMAC, Diadia Baldé s'est réjouie de la dynamique collective née depuis l'obtention du label. Selon elle, « l'intérêt des acteurs pour le "Madd" s'est nettement renforcé, avec une adhésion plus large à l'association et une volonté affirmée de mieux valoriser ce produit emblématique de la Casamance ».
Poursuivant, elle a également mis en avant les progrès réalisés dans la transformation grâce aux différentes sessions de formation et aux programmes de renforcement des capacités déployés ces dernières années.
La professionnalisation de la filière passe aussi par une meilleure maîtrise des techniques de récolte. Des formations spécifiques ont ainsi été organisées à l'intention des cueilleurs afin de garantir le respect du cahier des charges lié à l'indication géographique. « L'objectif est d'assurer une qualité constante du produit tout en préservant durablement la ressource », a fait savoir Diadia Baldé.
Malgré ces avancées, la question de la commercialisation demeure le principal défi. Pour Diadia Baldé, la priorité reste claire. « La conquête du marché sénégalais doit précéder toute ambition d'exportation, car la consommation nationale constitue la base d'une valorisation durable du Madd », a insisté la présidente de l'APPIGMAC.
La mise en marché à grande échelle, le grand défi
Le « Madd » de Casamance a été officiellement protégé en 2024 par l'Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI), au terme d'un long processus conduit avec l'appui de l'Agence sénégalaise pour la propriété industrielle et l'innovation technologique (ASPIT). Cette reconnaissance vise à protéger l'authenticité du produit tout en améliorant les revenus des acteurs locaux.
Représentant l'ASPIT, le directeur de la propriété industrielle, Talla Samb, a souligné que la rencontre s'inscrivait dans une logique d'évaluation concrète des retombées de la labellisation. « Il s'agit d'analyser les effets réels de l'indication géographique sur l'organisation de la filière, l'évolution des revenus des producteurs ainsi que la disponibilité de la ressource », a-t-il indiqué, ajoutant que les conclusions permettront d'identifier les obstacles et d'orienter les futurs mécanismes d'accompagnement.
Venu présider la rencontre, l'adjoint au gouverneur de Ziguinchor, chargé du développement, Alsény Bangoura, a rappelé la portée historique de cette reconnaissance. « Cette indication géographique représente une première au Sénégal et constitue une opportunité majeure pour valoriser nos produits du terroir », a affirmé l'administrateur civil, appelant l'ensemble des acteurs à renforcer la mobilisation afin d'assurer une meilleure promotion du Madd.
Symbole du patrimoine naturel et alimentaire de la Casamance aux côtés des autres fruits saisonniers, le « Madd » apparaît désormais comme un levier potentiel de développement économique local. Entre structuration progressive de la filière, montée en compétences des acteurs et ambition de conquérir de nouveaux marchés, le fruit sauvage entame une nouvelle étape de son histoire, encore marquée par le défi décisif de sa mise en marché à grande échelle.