Sénégal: Accès des femmes à la justice - La juge Aïssatou Faye Konté plaide pour la traduction du Code de la famille en langues nationales

À l'occasion de la célébration de la Journée internationale des droits des femmes, l'Association des femmes des médias publics (AFMP) a organisé, mardi 10 mars à la Maison de la Presse Babacar Touré, des consultations juridiques gratuites suivies d'un panel sur le thème : « Médias, justice et droits de la famille ». Invitée comme panéliste, la juge Aïssatou Faye Konté a analysé les principaux obstacles qui empêchent les femmes de mieux connaître leurs droits et d'accéder plus facilement aux services de la justice.

Intervenant lors de cette rencontre, la magistrate a d'abord mis en lumière une grande difficulté. C'est la méconnaissance du Code de la famille par une grande partie des femmes. Selon elle, cette situation constitue un frein important à l'exercice effectif de leurs droits. Pour y remédier, elle plaide pour une traduction du Code de la famille en langues nationales afin de le rendre plus accessible. « Il faut que le Code de la famille soit traduit en langues nationales pour que les femmes sachent où mettre les pieds et puissent accéder plus facilement à la justice », a-t-elle indiqué.

La juge a également évoqué les limites des dispositifs judiciaires censés faciliter l'accès à la justice. Dans plusieurs zones rurales, explique-t-elle, les normes sociales et les pratiques traditionnelles demeurent très fortes et entrent souvent en contradiction avec les normes juridiques formelles. Dans ces contextes, les femmes se retrouvent confrontées à un choix difficile entre le respect des règles sociales et la défense de leurs droits devant les tribunaux.

Dans certaines localités rurales, la justice est encore perçue comme un espace peu fréquentable. Une femme qui décide de porter plainte contre son mari peut être rejetée ou marginalisée par sa communauté. « Si une femme traduit son mari en justice, elle risque d'être bannie », a-t-elle regretté.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

À ces obstacles sociaux, s'ajoutent les difficultés financières liées aux procédures judiciaires. Le coût des démarches constitue souvent un frein pour les femmes. « On vous demande de payer l'enrôlement alors que vous n'avez même pas les moyens de transport pour vous rendre au tribunal », a-t-elle déploré. Elle souligne également l'éloignement des juridictions et la complexité d'une justice parfois perçue comme opaque et peu ouverte à la société.

Sur le plan médiatique, Aïssatou Faye Konté a invité les journalistes à faire preuve de plus de rigueur dans le traitement des questions liées au droit de la famille. Elle a notamment mis en garde contre certaines prises de position médiatiques sur des sujets sensibles touchant à la vie privée et à la dignité des femmes. « Il faut relire les textes et demander conseil pour transmettre une information juste. Le droit de la famille est un domaine très sensible », a-t-elle insisté.

La magistrate s'est également dite préoccupée par la montée d'une « justice spectacle », alimentée par certains médias et les réseaux sociaux, où des litiges familiaux sont exposés publiquement avant même d'être examinés par les tribunaux.

En guise de recommandations, elle a appelé les autorités à engager une réforme structurelle du Code de la famille pour supprimer les dispositions jugées discriminatoires. Parmi les points évoqués figurent les survivances de la puissance maritale, la préséance masculine ou encore l'interdiction de la recherche de paternité, autant d'éléments qui, selon elle, entretiennent une discrimination institutionnelle.

De son côté, la présidente de l'AFMP, Matel Bocoum, a souligné la nécessité de dépasser l'approche centrée sur la victimisation des femmes pour privilégier la recherche de solutions concrètes favorisant leur épanouissement.

Pour cette première activité organisée dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes, l'AFMP a mis en place un double dispositif : un panel d'échanges et des consultations juridiques gratuites portant sur les questions liées au droit de la famille et au droit du travail. L'initiative a pour objectif de mieux informer les femmes et faciliter leur accès aux conseils juridiques.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.