Ile Maurice: Erick Pin Harry - La relève d'une supérette qui fait battre le coeur de Moka

À Moka, sur la route Royale, une petite supérette raconte bien plus qu'une simple histoire de commerce. Derrière le comptoir, Erick Pin Harry perpétue l'héritage de son père, Doop Soon, figure emblématique de la région. Entre souvenirs familiaux, engagement communautaire et fidélité à un village, ce lieu est devenu un repère chargé de mémoire.

Il suffit de passer devant la supérette, pour comprendre qu'elle ne ressemble pas aux autres commerces. Devant l'entrée, les habitants s'arrêtent volontiers pour discuter quelques minutes. Certains viennent acheter un journal, d'autres un ticket de loto ou un gâteau. Mais tous repartent avec un sourire.

À l'intérieur, Erick Pin Harry accueille chacun avec sa bonne humeur habituelle. Toujours prêt à échanger quelques mots, il connaît la plupart de ses clients par leur prénom. Mais s'il se trouve aujourd'hui derrière ce comptoir, ce n'est pas le fruit du hasard. C'est avant tout une histoire de famille et, surtout, celle d'un homme qui a profondément marqué la région : son père, Doop Soon. «Si je suis revenu à Maurice et si je suis resté ici, c'est pour mon papa», confie-t-il.

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À Moka, le nom de Doop Soon est bien connu. Pour les habitants de longue date, il représente bien plus qu'un commerçant. Il fait partie de l'histoire du village. Aujourd'hui âgé de 89 ans, il demeure une figure respectée dans la région. Si les plus jeunes le voient simplement comme un «vieux monsieur», ceux qui l'ont connu à ses débuts se souviennent de son engagement. En 1965, il a été élu président du conseil de village. Une fonction qu'il a assumée avec la volonté de rassembler les habitants. «Pour lui, il n'y avait pas de religion ou de communauté qui tienne», explique Erick.

À une époque où certains considéraient cet espace comme réservé à un groupe particulier, Doop Soon avait tenu à rappeler qu'il s'agissait d'un lieu public ouvert à tous. «Il pensait que le village hall devait appartenir à tout le monde.» Son nom était d'ailleurs tellement associé à la boutique que les habitants l'avaient eux-mêmes inscrit sur la façade. Pourtant, pour les distributeurs de journaux, le commerce reste encore connu sous un autre nom : Ernest.

Une histoire familiale ancienne

L'histoire de la supérette remonte en réalité à plusieurs générations. Le projet initial a été lancé par François Woo, l'oncle d'Erick. La première boutique se trouvait à quelques mètres de l'emplacement actuel, dans une petite bâtisse en pierre qui existe toujours. «Après la Seconde Guerre mondiale, c'est ma grandmère qui l'a reprise», raconte Erick. Mais les racines de la famille à Maurice remontent encore plus loin. Selon les récits transmis au fil des générations, son arrière-arrière-grand-père aurait même serré la main du roi George V.

À cette époque, la famille vivait sur la côte Ouest de l'île. Mais une épidémie de malaria qui s'était propagée dans la région les avait poussés à quitter cet endroit pour venir s'installer à Moka. C'est là qu'une nouvelle page de leur histoire a commencé.

La grandmère d'Erick a ensuite acquis un vaste lopin de terre dans la région. Les anciens du village se souviennent encore de l'étendue de cette propriété, qui s'étendait autrefois jusqu'à l'actuelle station de taxis.

«Ma grandmère avait acheté une partie du terrain et son frère une autre», précise-t-il. Une portion de ce terrain a par la suite été cédée au gouvernement pour permettre l'installation de la petite foire du village. «La famille n'a pas protesté quand il a fallu céder cet espace», explique Erick. «À l'origine, il devait accueillir un bureau de poste.» Au fil des années, la région a cependant évolué. Le déplacement de l'hôpital spécialisé pour les yeux vers Ébène a notamment entraîné une baisse de la fréquentation du quartier.

L'époque du café sauvage

Bien avant d'ouvrir sa boutique, Doop Soon était déjà connu dans la région pour une activité bien particulière : la préparation de café. Dans les années 1970, il récoltait lui-même des plants de café sauvage qui poussaient dans les hauteurs de Moka. Il faisait ensuite griller les grains, les moulait et les conditionnait en sachets. «Il faisait tout lui-même», se souvient Erick.

Ce café artisanal trouvait facilement preneur auprès des habitants de la région. Plus tard, Doop Soon a ouvert sa propre boutique. Mais celle-ci a fini par fermer après quelques années. Pendant un temps, Erick a suivi sa propre route loin de Maurice. Mais en 2010, il décide de revenir au pays pour s'occuper de son père. «Il fallait bien que quelqu'un prenne la relève», explique-t-il. Beaucoup lui ont demandé pourquoi il avait choisi de rester. «Je suis resté pour lui. Même s'il est têtu, il est aussi très coriace.»

Depuis, Erick veille sur lui au quotidien. En plus de gérer la boutique, il s'occupe également de tous les petits travaux nécessaires autour du commerce, qu'il s'agisse de plomberie ou d'électricité.

La renaissance de la supérette s'est faite presque naturellement. Peu après son retour, les responsables des journaux lui proposent de devenir distributeur. «Tout s'est mis en place en quelques semaines», raconte-t-il. Les journaux comme l'express ou Le Cernéen trouvent alors leur place dans la boutique. À l'époque, certains les surnommaient même «les journaux de 10 sous».

Mais l'une des idées les plus marquantes de Doop Soon reste sans doute la réservation des journaux du dimanche. «Les gens adoraient voir leur nom inscrit sur leur exemplaire», raconte Erick avec amusement. Les clients entraient fièrement dans la boutique pour récupérer leur journal réservé, comme un petit rituel hebdomadaire.

Aujourd'hui encore, la supérette continue d'animer ce coin de la route Royale. Au-delà des journaux, tickets de loto ou gâteaux vendus au comptoir, elle reste avant tout un lieu de rencontres et d'échanges. Derrière le comptoir, Erick Pin Harry perpétue l'héritage de son père avec la même simplicité et la même générosité.

Et pour les habitants de Moka, cette petite boutique n'est pas seulement un commerce. Elle est un morceau de l'histoire du village. Un lieu où se croisent les souvenirs, les conversations... et l'âme d'une communauté.

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