«Frappe-la, même sans raison. Elle, elle sait pourquoi !» Phrase éructée d'un machiste. Alors que notre pays peut se vanter d'une certaine croissance économique depuis l'indépendance, on ne peut dans la réalité prétendre qu'il a beaucoup progressé sur la condition féminine.
Pas besoin de preuve. Presque tous les jours, nous pouvons lire des cas de féminicide, de violence conjugale répétée. Une femme sur trois en aura été victime. 5 729 cas rien qu'en 2023. Et les victimes connaissaient leur agresseur dans 56 % des cas. Ne sont pas inclus dans ces statistiques les abus sexuels sur les filles. Nous ne cesserons pas de répéter le rôle toxique que jouent certains réseaux sociaux dans l'image qu'ils répandent de la femme et de réclamer que ces derniers soient interdits aux moins de 15 ans. On attend quoi ?
🟦 Définition
Évitons l'anglicisme «violence domestique» pour évoquer la violence conjugale. Le sujet n'est plus tabou puisque le machisme s'étale au grand jour. La virilité de l'homme, la phallocratie, la misogynie, le mâle dominant, la femme inférieure dans tous les domaines, sauf les tâches ménagères, l'autosuffisance de l'homme : «Mwa ki mari.» Nous ne citerons qu'un seul cas. Trois jeunes violent une grand-mère pour quelques roupies.
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Le machisme a pris son essor à partir des années 60. Maurice occupe la 61e place dans le classement des pays coupables de violence conjugale répétée. Pourtant, les femmes sont plus nombreuses, vivent plus longtemps, mais elles sont aussi plus nombreuses, soit 57 %, à se retrouver dans des résidences (hum...) pour personnes âgées.
🟦 Causes
La plus connue est l'alcool. Maurice est devenu un hub pour les drogues, mais cette situation ne devrait pas nous faire oublier que la principale drogue dans la société est l'alcool. Les alcooliques se trouvent dans toutes les couches sociales - du plus pauvre au plus riche - mais il renfloue les caisses de l'État. Bwar rom, chante fort justement Triton. Tout comme les campagnes contre la cigarette, celles contre l'alcool ne semblent pas avoir d'effet sur les ivrognes que nous sommes, feignant de l'ignorer dans la bonne société. Vive les verres fumés et les couches de fard. Les bleus ? Lesquels ?
Les hommes de retour chez eux s'en prennent alors aux femmes qui subissent les pires traitements physiques. «To pou gagn to siro zanana!» Ils sont comme déchaînés. Et ce, souvent en présence des enfants. Dans le passé, elles se taisaient et souffraient en silence. Maintenant, elles tentent de se révolter et alertent la police. Soyons honnêtes. La police ne les protège pas assez et les renvoie même parfois à la maison où leur bourreau leur administre de nouvelles raclées. L'application de la loi a longtemps manqué de rigueur. Voyez à quel point certaines doivent se battre au milieu de leur détresse pour récupérer une pension alimentaire.
Toutes les excuses de l'homme sont bonnes. La jalousie, d'où les coups pour crime passionnel, des excuses (latizan apre lamor), la colère, l'adultère... Savez-vous que jusqu'en 2025 une loi remontant au Code Napoléon jamais appliqué - mais jamais aboli - excusait colère et passion en cas d'adultère. Nous en avons mis du temps. Sont dans les tuyaux le Sexual Offences Bill et le Domestic Abuse Bill - sans cesse promis, mais remis à plus tard. Certains organismes bougent, comme le ministère de l'Égalité des genres ou encore l'ONG Gender Links en faveur d'une loi pour la parité hommes-femmes. Certaines femmes tellement battues souffrent par la suite de plus de diabète, de maladies cardiaques, de cancer du sein et de l'utérus.
🟦 Pas de salaire égal
Les femmes sont les éternelles secondes dans le domaine de l'emploi. 85 % sont des employées; seuls 12 % sont des employeurs; 17 % ministres... Bref, elles n'accèdent pas aux postes décisionnels. Il y a de rares exceptions qui font la Une des journaux, dans le secteur privé, par exemple. Mais là aussi, les salaires sont inférieurs à ceux de l'homme comme pour la canne à sucre ou le thé. Pourquoi ? Faudrait-il instaurer une loi en faveur d'une discrimination positive ?
Petite parenthèse pour souligner que certains se prennent encore pour des petits caïds au bureau. Les bonnes regroupées maintenant dans des agences ne sont pas des bonnes à tout faire à toute heure. Difficile de changer certaines mentalités machistes. Dominer!
Tout cela relève de nos traditions et coutumes qui commencent dès la naissance. «Garson premie lo, tifi deziem lo» clamait feue Micheline Virahsawmy. La pression familiale pèse lourd dans les domaines politique et, même religieux, quelle que soit la religion concernée. Ces dernières sont toujours une affaire d'hommes malgré de petites ouvertures qui ne vont pas très loin. Connaissez-vous une religion où c'est une femme ou des femmes qui occupent les fonctions des plus hautes instances ? Nous n'évoquons ici que le temporel et non le spirituel. La place de la femme est bien ancrée dans toutes les religions.
Mêmes causes, mêmes effets en politique. Dans les réformes à venir, promesse est faite pour 30 % de femmes députées au Parlement. Faudrait voir pour le croire. Certaines coutumes perdurent malgré le temps qui passe. Estce qu'on privilégie parfois le garçon plutôt que la fille au moment de l'héritage ? Applaudissons quand l'aîné est un garçon. Les mariages arrangés offrent-ils le choix à la fille, sauf obéissance à la coutume familiale ? La polygamie estelle légale ou tolérée ? La femme divorcée qui choisit de vivre seule et de prendre ses décisions toute seule n'est pas toujours bien considérée.
🟦 Des solutions ?
Les filles sont régulièrement plus brillantes dans leurs études. Ces hautes qualifications ne leur permettent pas d'accéder à de hauts échelons professionnels. Elles toucheront des salaires inférieurs. Des exceptions existent, mais ça n'est qu'un voile qui cache la réalité.
Des promesses sont faites. Quelques femmes de tête jouent aux éléphants dans un magasin de porcelaine. Les principaux obstacles demeurent dans notre société ouverte aux nouvelles technologies, mais fermées comme des huîtres, dès qu'on évoque la condition féminine. L'éducation, les droits de la femme conformes aux conventions internationales, salaire égal pour le même travail, sensibiliser le citoyen sur la place de la femme dans notre société... nous connaissons les couplets, mais c'est toujours le même refrain. Ça se résume en un mot : l'inégalité.
L'étalon mauricien préserve, surtout en public, son attitude de supériorité, ne serait-ce que quand il conduit son nouveau bolide sur l'autoroute. Débat insoluble : l'indépendance financière de la femme, c'est pour quand ?
Pa vinn fer mari!