Nouvel ajout à la liste du patrimoine national. Le vendredi 6 mars dernier, le conseil des ministres a donné son accord pour que les «Old Prison Buildings» situés rue Maillard, à Port-Louis, soient classés.
Il s'agit des vestiges en pierres taillées derrière le Renganaden Seeneevassen Building. L'ancienne prison à Port-Louis a fermé en 1953, avec l'ouverture de la prison centrale à Beau-Bassin. Elle est sous la responsabilité du bureau de l'Attorney General. Si au fil du temps, une partie de l'édifice a été détruite, que d'anciennes cellules ont été converties en bureaux, on n'a pas touché à l'ancien échafaud où des prisonniers étaient exécutés. L'Etat envoie aujourd'hui un signal de meilleure protection de cet édifice historique.
«C'est facile de classer, et après ?»
Arrmaan Shamachurn, président de SOS Patrimoine en péril, se réjouit: «Toute structure ayant une valeur historique, qui est classée patrimoine national, c'est très bien. Cela montre que les techniciens du National Heritage Fund ont fait leur travail.»
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Il rappelle que dans l'environnement immédiat de l'ancienne prison, il y a plusieurs autres structures qui demandent une attention urgente et soutenue des autorités: l'ancienne Cour suprême, le quartier-général des pompiers, entre autres.
Mais une phrase, dans l'annonce du conseil des ministres fait «tiquer» ce défenseur du patrimoine. «Its designation as national heritage would ensure statutory protection and facilitate appropriate conservation of the site.» Il fait le parallèle avec ce qui est, pour lui, un cas d'école : le Château Bénarès ou ce qu'il en reste. Il s'agit d'une structure qui est classée patrimoine, mais qui était en état de délabrement. Toutefois, après le passage de cyclone Batsirai en février 2022, le «château» a été davantage endommagé.
Malgré des demandes répétées pour sa rénovation, le conseil de district de Savanne s'est déclaré incompétent pour initier la rénovation, faute de fonds. Renvoyant la balle au ministère des Arts et de la culture. «Cela montre que le statut de patrimoine classé n'a apporté aucun régime de protection au bâtiment. Nous sommes toujours dans la même logique selon laquelle c'est le propriétaire - ici le conseil de district de Savanne - qui est responsable.» A aujourd'hui, la structure est toujours en état de délabrement.
Pour l'ancienne prison, Arrmaan Shamachurn «espère que l'on ne va pas s'arrêter au classement et que l'on a pensé à un plan de rénovation». Il ressort que cette enceinte en pierre comprenant aussi l'ancienne prison des femmes, tombe sous la responsabilité du bureau de l'Attorney General. Pour l'heure, on ne sait pas si des travaux sont à l'ordre du jour.
∎ Des ouvertures en aluminium ont remplacé les vieilles portes des anciennes cellules.
Si l'inclusion de l'ancienne prison est bienvenue, cela réveille des questions sur la liste d'environ 200 structures identifiées comme «patrimoine potentiel», qui attend d'être classée. En parallèle, l'usure du temps, elle, n'attend pas. Parmi celles-là, il y a le Champ-de-Mars, qui n'est pas classé. «On ne sait pas pourquoi l'ensemble du Champ-de-Mars n'est pas classé patrimoine.» C'est seulement le lieu où avait eu lieu le premier lever de drapeau, en 1968, qui est protégé. «Il faudrait rendre publique la liste du patrimoine potentiel. Ce serait bien, pour que le grand public soit sensibilisé. Si un investisseur souhaite investir dans ce secteur, il faut qu'il sache quelles sont les structures ayant une valeur historique.»
A partir de 2012 : Transformation des anciennes cellules en bureaux
A partir de mars 2012, il y a eu des travaux dans l'ancienne cour de promenade. A l'époque, la prison désaffectée n'est pas classée. Et le ministère des Arts et de la culture, qui occupe en partie le premier et le septième étage du Renganaden Seeneevassen Building, manque de place. D'anciennes cellules sont alors converties en bureaux, par exemple, pour le Bhojpuri Speaking Union. A l'époque, une dotation budgétaire de Rs 4,2 millions avait été prévue. Les barreaux et portes en fer ont été remplacés par des ouvertures en aluminium.
«C'est préférable de transformer en bureaux que d'une part, laisser la structure à l'abandon. Ou, d'autre part, que le ministère continue de dépenser de fortes sommes dans les loyers pour des bureaux administratifs. Quelles sont les modifications qui ont été faites à l'époque, ça c'est un autre débat. Classer une structure patrimoine national implique une volonté de retrouver dans la mesure du possible, l'état d'origine», estime Arrmaan Shamachurn. «Dans certains cas, on a vu que même si l'édifice a été classé avant que des travaux ne soient entrepris, il y a eu des rénovations qui ne cadraient pas avec le cachet initial de la structure.»* Il pense notamment aux anciennes grilles du Collège Royal de Curepipe.
Il y a 14 ans, lors de la transformation ancienne prison la possibilité d'aménager un espace d'exposition avait été évoquée. Proposition a aussi été faite pour l'aménagement d'un musée carcéral. Elles n'ont pas encore abouti.
Mur d'enceinte de l'ancienne prison qui menaçait de s'effondrer
Après le passage du violent cyclone Batsirai en 2022, le contrecoup des rafales est devenu visible sur le mur d'enceinte de l'ancienne prison. Une fissure bien visible lézardait le mur. Celui-ci menaçait de s'effondrer. Alors député, Osman Mahomed, aujourd'hui ministre des Transports terrestres, avait alerté les autorités. La rue George Guibert avait été fermée à la circulation.
Histoire : La prison construite sur un bagne
Amédée Nagapen, dans Port-Louis construit par les esclaves: Les pierres parlent, écrit : «En érigeant le National Pension Fund-Renganaden Seeneevassen Building, les autorités ont laissé intacts quelques cellules et pans de murs de l'ancienne Prison Centrale (qui fut utilisée partir de 1839), visibles de la rue La Poudrière. Or, en creusant davantage, 1'on découvre que sur cet emplacement existait le bagne, oeuvre réalisée par les esclaves de l'époque française. Cette enceinte carcérale se situait sous la tour de Renganaden Seeneevassen Building et avançait jusqu'à la rue du Gouvernement (aujourd'hui rue Pope-Hennessy) et avoisinait la Cour suprême.
(«Au rez-de-chaussée de ce nouvel immeuble en béton, à l'emplacement de la Pope Hennessy Police Station, à la veille de la Révolution française, la basoche prit l'initiative d'édifier une chapelle en pierre, dédiée à saint Martin et destinée aux gens de la justice. Elle était située dans l'enceinte du palais de justice, face à la rue de l'Intendance. M. Charles Darthé, lazariste, bénit et inaugura ce lieu de culte le 12 novembre 1788. Désaffecté depuis longtemps, l'édifice fut utilisé par le Parquet, avant d'être démoli en 1990, lors de la construction du National Pension Fund Building.
«A l'arrière de cette propriété de l'Etat, quelques vestiges ont survécu, des cellules carcérales de la Prison Centrale construite par les «apprentis» et terminée en 1839. Les promoteurs de Renganaden Seeneevassen Building ont reproduit, dans un style identique, le portail d'entrée de la grande prison donnant sur la rue Maillard».