Burkina Faso: Verdict affaire assassinat Viviane Yolande Compaoré - 25 ans de réclusion et un suivi psychiatrique pour W. Yanick Bougma

Public Domain Pictures
Maillet de Justice

Ça y est, le procès en flagrant crime concernant l'assassinat de l'ancienne ministre, Viviane Yolande Compaoré au Tribunal de grande instance Ouaga II (TGI), a eu lieu le vendredi 13 mars 2026, après deux renvois du dossier. Au terme de 7 h de débats et 3 h de délibéré, le tribunal a reconnu l'accusé Wendpanga Yanick Bougma soit le petit-fils de la victime, coupable des faits d'assassinat et de vol aggravé. En répression, la juridiction l'a condamné à 25 ans de prison ferme et a ordonné son traitement et son suivi psychiatrique et ce à la diligence du directeur de la Maison d'arrêt et de correction de Ouagadougou.

25 ans de prison ferme. C'est la peine dont Wendpanga Yanick Bougma a écopé après avoir été reconnu coupable des faits à lui reprochés.

Faut-il le rappeler, le 10 janvier dernier, l'ancienne ministre et ex-député Viviane Yolande Compaoré, a été agressée et assassinée à son domicile au quartier Karpala de Ouagadougou. Deux jours après les faits, Prosper Thiombiano, le procureur du Faso près le TGI Ouaga II, dans un communiqué, annonçait l'ouverture d'une enquête et lançait par la même occasion, un appel à témoins pour retrouver les coupables de ce crime.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Cela a visiblement porté ses fruits et les lignes ont bougé dans la mesure où le 19 du mois courant, le procureur du Faso près le TGI Ouaga II, entouré de ses collaborateurs, rapportait aux professionnels de médias l'arrestation d'un suspect. Wendpanga Yanick Bougma, employé de commerce de 26 ans ; telle est l'identité du présumé auteur du crime, qui, a été interpellé le 13 janvier 2026 par le commissariat de police de l'arrondissement 12 de Ouagadougou, selon les informations données lors de la conférence de presse relative à l'évolution de cette affaire. Dès lors, pas de temps à perdre. Ainsi, la première audience du procès en flagrant crime concernant l'assassinat de Dame Viviane Yolande Compaoré s'est ouverte le vendredi 30 janvier 2026 au TGI Ouaga II.

Mais, l'affaire a été renvoyée par la formation spéciale en charge du dossier et ce à la demande de Me Sosthène Dabiré, avocat de l'accusé pour disait-il « connaitre le fond du dossier, échanger avec son client pour ainsi le défendre dans des conditions optimales ». Sauf qu'un autre renvoi a été concédé, toujours à la demande de la défense, à la date arrêtée soit le 20 février dernier. Mais, cette fois-ci,l'avocat à la Cour a introduit une requête auprès du tribunal à fin d'expertise psychiatrique car selon lui, il y a des éléments qui interrogent sur l'état mental de son client.

Le tribunal a fait droit à ladite demande en donnant donc rendez-vous donc au 13 mars 2026. Cette date fut la bonne car le dossier a été considéré apte à être jugé et ce, suite à l'avis de l'expert, le professeur Karfo Kapouné (Voir encadré), celui-là même qui a été désigné par le tribunal pour examiner l'état psychiatrique de l'accusé. Dès lors les débats sont ouverts.

Entre aveux et délires psychiatriques de l'accusé, le verdict au bout de 10 h de suspense

A la lecture des chefs d'accusation qui pèsent sur l'accusé (à savoir assassinat avec préméditation et vol aggravé) par celui qui assure la police des débats, le mis en cause a déclaré : « Le péché est sacré, la parole est divine ».

Et au président du tribunal de lui demander s'il reconnaissait les faits qui lui sont reprochés. Il finira par répondre par l'affirmative. Cependant, face aux incohérences dans ses propos, le tribunal peinera à obtenir de lui des informations utiles sur le déroulé des faits, les raisons qui ont motivé son crime ou ce qu'il a fait des biens emportés du lieu de l'assassinat ; chose qui concourt à la manifestation de la vérité.

Autrement dit, par exemple, sur les raisons de son acte, la chambre criminelle du TGI Ouaga II enregistrait, entre autres réponses, du Sieur Bougouma : « En tout petit, je voyais les choses en grand. Mais à la longue, ma vie été transformée en une question de délinquance. C'est madame Compaoré qui s'est mêlée de mes affaire... » ; « Plus de travail, pas d'amis, des menaces partout. Ça été plus fort que moi. Pardonnez-moi » ; « Elle jalousait ma vie » ; « Le passé n'est plus nécessaire ».

C'est par la suite au ministère public de lui tirer les vers du nez. Pour ce faire, le parquet opte pour une mise en confiance de l'accusé avant de lui présenter les biens saisis à sa possession lors de son interpellation soit des téléphones portables, une tablette, des chargeurs, des écouteurs, un sac à main. Tous ces biens, Yanick Bougouma dit les reconnaitre et avoue les avoir emportés de chez la victime après avoir commis son forfait. Et au procureur de lui demander ce qu'il a fait à la date du 10 janvier. A cette question l'accusé a expliqué que dans ses rêves, une phrase suivante « qu'est-ce que tu veux », passait en boucle.

C'est ainsi qu'il aurait pris la décision de passer à l'acte. Mais le procureur veut davantage comprendre d'où sa question de savoir si, l'accusé, a étranglé la victime qui est n'est rien d'autre que sa grand-mère. Il a eu comme réponse : « Je ne suis pas le premier à étrangler quelqu'un (...). Comme elle me montrait qu'elle est plus forte que moi, je l'ai étranglée. Et après je suis rentré dans la douche pris un couteau l'achever ». L'étape suivant a été la projection des images de la scène du crime où le tribunal et l'assistance ont pu voir dame Compaoré, cou tranché, baignant dans son sang.

Et au parquet de demander à l'accusé s'il reconnaissait la victime. Il confirmera que c'est dame Compaoré avant de déclarer « tout à fait », en réponse à la question suivante du procureur Lafama P. Thiombiano, à savoir : « Est-ce que c'est vous qui avez fait ça ? » Ce fut par la suite au tour de la partie civile et de la défense de mener l'audition avant que les témoins ne déposent. Parmi, eux, il y a le géniteur de l'accusé en la personne de T. Pierre Bongougou qui, dit avoir des nouvelles de son fils, il y a des années de cela. Son passage a nécessité une confrontation avec son fils au cours de laquelle, il a infirmé les dires de son enfant.

C'est ainsi que les débats ont pris fin avant de laisser place aux réquisitions et aux plaidoiries. Dans ses réquisitions, le ministère public a estimé que si à la lumière des résultats de l'expertise psychiatrique, l'accusé souffrait de trouble psychique, cela n'était pas concomitant à la commission des faits. Donc, son comportement actuel (ses délires, son déséquilibre...) est postérieur à son crime, a dit le procureur du Faso. Et de conclure : « Il n'a ni démence, ni schizophrénie. Il est donc pénalement responsable ».

Et de requérir contre le sieur Bougouma la perpétuité. Tout comme le parquet, la partie civile a demandé la condamnation de l'accusé tout en réclamation 1f symbolique à titre de dommages et intérêts tandis que la défense a plaidé l'acquittement de son client ou à défaut une requalification des faits. Pour Me Sosthène Dabiré, l'accusé a une pensée désorganisée ; ce qui nécessite que les résultats de l'expertise psychiatrique soit considérés selon lui. L'un dans l'autre, le dernier mot revenait au tribunal qui au terme de 7 heures de débats, s'est retiré à 16h pour délibérer.

Le suspense a pris fin 3h plus tard et la décision est sans équivoque. Statuant publiquement, contradictoirement en matière criminelle, en premier ressort, le tribunal a déclaré Wendpanga Yannick Bougouma, coupable d'assassinat et de vol aggravé. En répression, le condamné a 25 ans de prison ferme. La juridiction a aussi ordonné son traitement et son suivi psychiatrique et ce à la diligence du directeur de la Maison d'arrêt et de correction de Ouagadougou ; a déclaré recevable la constitution de partie civile

des ayants droit de feu Compaoré Yolande Viviane et la dit bien fondée; a condamné Yannick le coupable à leur payer la somme de 1F symbolique en réparation du préjudice subi ; a ordonné la restitution aux ayants droit de de la victime du scellé comprenant trois téléphones portables, une tablette, deux chargeurs, un sac à main et à enfin ordonné la confiscation aux fins de destruction du scellé comprenant une chemise, une clé USB, un casque de type lecteur avant de rappeler au sieur qu'il dispose d'un délai de 10 jours pour faire appel s'il n'est pas satisfait de la décision.

Parquet et partie civile satisfaits

Au terme du verdict, les objectifs poursuivis par le parquet,à savoir que le coupable soit déclaré comme tel ; que le tribunal dise qu'il est accessible à une sensation pénale ; c'est ce qu'a indiqué Lafama P. Thiombiano, procureur du Faso près le TGI Ouaga II et ce même si la juridiction n'a pas suivi leur réquisition, à savoir que le sieur ouma soit condamné à la perpétuité.

De quoi donc se satisfaire selon lui, dans la mesure où le dossier ait été jugé dans des délais raisonnables pour permettre à la famille de la victime et à l'opinion de savoir ce qui s'est passé, connaitre les circonstances dans lesquelles les faits ont été commis et situer les responsabilités. Pour ce qui est du point de vue des poursuites, là, également le procureur a indiqué que le ministère public n'est pas non plus moins satisfait puisque l'accusé était poursuivi pour assassinat et vol aggravé.

« La décision de la justice qui a été rendue est bonne à prendre pour nous car c'est une reconnaissance des faits », c'est ce que dira l'avocat de la partie civile qui, avait plaidé pour que l'accusé soit retenu dans les liens de la prévention. De son côté, la défense déplore n'avoir pas obtenu l'acquittement de son client. Cela dit, Me Sosthène Edgard Dabiré, puisque c'est de lui qu'il s'agit, dit respecter la décision rendue. Interrogé sur la possibilité d'interjeter appel, l'homme en robe noire a répliqué : « Nous allons aviser ».

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.