Entre 2022 et 2023, nombreuses étaient les localités de la région du Nakambé (ex-région du Centre-Est) à se vider de leurs populations sous la pression des attaques terroristes. Mais grâce à la bravoure et à l'engagement des Forces de défense et de sécurité (FDS) ainsi que des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), des opérations de reconquête ont permis d'arracher ces localités des mains des groupes terroristes, de les stabiliser puis de les consolider. Du 10 au 13 février 2026, nous avons sillonné sous bonne escorte des forces combattantes ces pans du territoire national où les stigmates de l'horreur s'effacent pour redonner vie à des populations réinstallées et un nouveau souffle à l'économie locale.
6h 30 au 61e Régiment d'infanterie commando (RIC) basé à Tenkodogo. C'est l'embarquement pour la mission dans les zones reconquises et consolidées de la région du Nakambé, ex-région du Centre-Est, après avoir écouté religieusement les consignes sécuritaires doctement énumérées par la hiérarchie militaire. Après quelques heures de parcours, nous sommes à Bittou. Le trafic est dense.
Notre binôme motorisé, surnommé « Le Temps », n'entend pas perdre du tempsdans cet engrenage. Il opte pour une manoeuvre qui lui permet de nous tirer d'affaire. Après Cinkansé et Sanga, nous voici sur ce que d'aucuns surnommaient « la route de la mort », tant l'espérance de vie de celui ou celle qui s'y aventurait ne se comptait qu'en termes d'heures.
Mais la traversée du jour se passe sans accroc jusqu'à notre première destination. A cheval entre Ouargaye et Sanga, cette localité, autrefois bastion des groupes terroristes, est de nouveau stable. Ses habitants ont regagné leur patelin. Pas de temps à perdre : direction le Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) du village. En ces lieux, le premier responsable est en pleine consultation. Ce qui était impensable ces trois dernières années. D.B., ainsi que nous l'appellerons, se remémore immanquablement ce mardi 28 février 2022, date à laquelle tout a basculé. C'était un jour de vaccination.
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Aux environs de 10 heures, les forces du Mal, après quelque temps d'observation, encerclent la zone avant de prendre la direction du marché, le poumon de l'économie locale. Des salves de tirs se font entendre. Puis les terroristes bloquent toutes les issues du village, raconte l'homme en blouse blanche. Face à la peur, chacun prend le minimum nécessaire pour prendre la poudre d'escampette. On ne pouvait y revenir que sous bonne escorte, précise l'agent de santé. Passé cet épisode, la série noire se poursuit avec d'autres attaques terroristes, qui ont fini par vider le village de ses occupants.
Il s'ensuit d'âpres combats opposant les FDS aux groupes terroristes jusqu'à la victoire des « boys » et des VDP ; permettant à ces derniers de réinstaller ce village et ses habitants le 13 novembre 2023. « A présent, la sécurité est réelle, le calme est revenu et la vie suit son cours normal. On remercie Dieu car de décembre 2025 jusqu'à nos jours, il n'y a plus eu d'attaque. Tu peux emprunter la voie à ta guise, les coups de feu qui retentissent sont l'oeuvre de nos vaillantes forces combattantes. Le terrorisme n'est pas fini, mais il n'y a rien à craindre ici », assure D.B.
C'est d'ailleurs ce qui explique, selon lui, l'engouement des populations à fréquenter les services de santé. A titre illustratif, l'année dernière, les consultations des populations dépassaient 3000 malades pendant que les années antérieures n'enregistraient que 400 à peine. Au nombre des usagers de ce centre de santé, M. Z., la soixantaine, venue pour trouver un remède à son paludisme. Tout comme l'agent de santé, elle avait quitté son village natal sous la contrainte des hommes sans foi ni loi pour trouver refuge à Bittou. Mais le calvaire fut de courte durée, d'après elle, puisque le retour au bercail a eu lieu quelques mois après.
La cloche sonne de nouveau
Il n'y a pas que les adultes qui se réjouissent du retour de la sécurité dans cette bourgade. De retour, le premier acte des enseignants de l'école primaire A de la zone a été de recruter des élèves en vue de la réouverture des salles de classe, avec le concours des parents. C'est ainsi que le 1er octobre 2024, cet établissement public a repris ses activités, mais squatte le site de la direction de l'Agriculture.
Faute de cadre approprié, c'est sous des tentes que Y.S., enseignant, et ses collègues dispensent les cours dans les classes disponibles : deux classes de CP1, deux classes de CP2, une classe de CE2 et une classe de CM2, soit un effectif total de 375 élèves. Malgré ces conditions bien modestes, l'enseignant estime que le plus important est la reprise des cours pour sauver l'avenir des enfants. « Il y a une stabilité, les enfants ont un bon état d'esprit, ils sont les premiers à nous informer de certaines situations. Avec eux, on est au courant de beaucoup de choses », affirme Y.S. Parmi les élèves, la petite T.M., du haut de ses 7 ans, caresse déjà le rêve de devenir enseignante.
La cloche sonnant de nouveau, c'est le retour également du petit marché, les « PM » comme on les appelle, tenus essentiellement par des femmes du bled. En vendant gâteaux, pop-corn et arachides, chacune espère rassembler de quoi assurer le repas familial de la journée. Cela n'a été possible qu'avec le retour de la sécurité et de la quiétude, confie une d'entre elles, M.N., qui a regagné le bercail après une année de refuge à Cinkansé.
Ce retour, le chef du village y est aussi pour beaucoup. « Je me suis déplacé à Cinkansé pour faire comprendre aux populations la nécessité de rentrer chez elles étant donné que les FDS et les VDP ont pris le contrôle. C'est ceux qui n'ont pas de village qui fuient et comme nous ne sommes pas dans cette situation, il faut revenir », déclare-t-il. A présent, son souhait est que les choses perdurent ainsi et que le terrorisme soit désormais conjugué au passé et loin des limites territoriales du Burkina Faso.
Dans cette guerre sans merci contre l'hydre terroriste, les habitants de la zone peuvent compter sur le 30e Bataillon d'intervention rapide (BIR 30). Mais aussi sur le sergent Smith et ses hommes avec qui ils couvrent quatre villages. En effet, le soldat reconnaît que la situation était tendue autrefois, mais les combattants se sont donnés pour libérer la zone de l'emprise de l'ennemi avant de réinstaller les populations en 2023.
Résultat, aujourd'hui tout va bien ; tout est opérationnel, affirme-t-il pas peu fier du travail abattu. « On n'est pas là pour rien, mais pour contrer les groupes terroristes. Ils ont, à plusieurs reprises, essayé d'attaquer mais ils ont trouvé que nous sommes sur nos pieds, qu'il y a des hommes en face. Donc il a fallu qu'ils abandonnent », lance l'un des anges gardiens de la zone.
Couture, commerce, des localités du Koulpélogo se reconstruisent
Notre deuxième destination : un village de la commune de Soudougui, dans la province du Koulpélogo. Dans cette autre localité reconquise et consolidée par les FDS et les VDP, nous marquons une halte dans une école primaire faisant office de quartier général de nos forces combattantes. Les impacts de balles sur les bâtiments témoignent de l'intensité des combats.
Du matériel incendié, des infrastructures vandalisées, les traces sont toujours visibles à l'image de certaines blessures dont les cicatrices sont éternelles. Les faits remontent à 2023. Ce QG avait été la cible d'un kamikaze qui s'apprêtait à accomplir son dessein funeste, selon un soldat. Mais avant, il avait été « descendu » et envoyé ad patres par les sentinelles des lieux.
A quelques mètres de là, se trouve le marché. A notre arrivée, Z.F., devant ses articles de couture, voit déjà de potentiels clients avant de comprendre la situation. Son message est simple : « On est rassuré, les FDS veillent sur nous. On n'a plus de problème depuis un an maintenant ». C'est le même ressenti chez sa voisine S.A., couturière, qui, s'active pour terminer des tenues pour dames.
Chez K.S., la vente de bouillie a connu des jours meilleurs. Mais c'est déjà réconfortant d'avoir pu reprendre cette activité, il y a six mois de cela, dit-elle. Tout comme les autres, la stabilité actuelle de sa localité a milité pour son retour de Cinkansé. « Il n'y a que ceux dont les habitations ont été emportées par les eaux de pluie qui ne sont pas revenus car sans maison tu ne peux pas encore rentrer chez toi même si la sécurité est une réalité », ajoute-t-elle.
Ce vent nouveau souffle également dans le CSPS du coin, qui a rouvert ses portes le 12 août 2024. Les périodes de frayeur ne sont plus que de mauvais souvenirs, selon le major du centre de santé.
Pour Y.B., infirmier volontaire, il y a de quoi saluer les efforts des autorités, des hommes engagés sur le théâtre des opérations pour la sécurisation du territoire national. En effet, pour celui qui a déposé « ses seringues » dans ce village depuis le 10 octobre 2024, après avoir servi pendant 2 ans à Séba, des moments difficiles, il s'en souvient. C'est le cas, de ce maudit jour, où ils ont été pris pour cible par les groupes terroristes aux environs de 16h. Cette attaque s'est poursuivie dans la nuit et avait contraint les travailleurs du CSPS à se barricader à l'intérieur.
Sauf qu'aux environs de 1h du matin, il dit avoir reçu un appel pour porter assistance à une femme en travail. Mais, tout était noir et ne sachant pas si les forces du Mal avaient quitté les lieux, il dit avoir prié de toutes ses forces le Tout-Puissant car plusieurs vies étaient en jeu. Il faut croire que ses prières ont été exaucées, dans la mesure où l'accouchement s'est bien passé. Et de là où le CSPS ne peut se déployer, c'est la vieille D.K., matrone de son état, qui entre en scène. En deux années de collaboration dans cette formation sanitaire, c'est une quarantaine d'enfants qui sont venus au monde grâce à ses précieuses mains.
Sécurité retrouvée, 100 % de succès au CEP
La mission se poursuit avec une autre localité en ligne de mire : c'est une bourgade de la province du Boulgou, à une vingtaine de kilomètres de Tenkodogo. Cette autre cible, récupérée des mains de l'ennemi, nous ouvre ses portes, avec des salles de classe (CP1, CE2, CM2) et des apprenants aux yeux rivés sur les tableaux noirs. Tout le village, y compris cette école, avait été la cible de l'engeance terroristeen 2023. Mais au bout de quelques mois, grâce aux opérations de reconquête, les élèves ont quitté Bittou pour regagner leur localité et reprendre les cours en octobre 2023, selon les propos de L.Z., professeur certifié des écoles. Et la même année, soit après la réouverture, c'est un taux de 100 % qui a été enregistré au Certificat d'études primaires (CEP), « sur trois années d'affilée », précise l'enseignant.
Plus loin, la population vaque tranquillement à ses occupations. V.P., qui tient un atelier de soudure aux abords de la voie, raconte que c'est après un ultimatum d'une semaine que les groupes terroristes sont passés à l'action en emportant bétail et autres biens précieux des habitants. Mais à présent, la vie a repris tous ses droits, fait-il savoir, le sourire aux lèvres. Mais quand bien même le calme règne, il n'y a pas lieu de baisser la garde, confie un VDP. C'est d'ailleurs ce qui explique les patrouilles de jour et de nuit qui sont toujours effectuées.
Surpris en pleine récolte de piment
Cap sur une autre localité consolidée, toujours dans la commune de Bittou, située à moins de 20 kilomètres du Ghana.
N. Z., restauratrice, s'active pour que le menu du jour soit prêt d'ici 2h. Au menu, du riz à la sauce pâte d'arachide, de l'igname et du haricot. Si l'attaques fatidique l'a trouvée au marché, Z. S., pour sa part, a été surpris en pleine récolte de son piment. Mais, il a eu la vie sauve contrairement à une vingtaine de personnes. Dans la foulée, l'hydre avait réussi à déguerpir toute la population, déplore l'agriculteur.
Conséquence : « toute ma production de banane et de piment, pour ne citer que ces spéculations, a été perdue après notre fuite d'une quarantaine de jours ». A présent, le regard est tourné vers l'avenir qui, du reste, s'annonce radieux : « Aujourd'hui, cet épisode est derrière moi. Depuis mon retour, il y a deux ans de cela, les cultures ont plus que bien donné. Il y a à manger ici ». Et S.S., boutiquier, de confirmer : « On peut désormais cultiver, vendre et assurer ainsi notre pitance quotidienne et ce, après 40 jours de refuge à Bittou en 2023. De plus, depuis lors, il n'y a plus eu d'attaque jusqu'à ce jour ».
De leur côté, les responsables religieux du village, imam et chef coutumier, ont formulé des bénédictions pour que l'hydre terroriste soit définitivement boutée hors des frontières du Burkina Faso.