Apaisement, damage control ou démission(s) fracassante(s) ? Le message de Ramgoolam sur l'importance de l'unité et de la solidarité, lancé à l'occasion du 12 mars, arrive-t-il trop tard ? Ou existe-t-il encore un espoir de sauver une alliance gouvernementale où, tous les deux mois, on découvre que le coeur mauve n'y est plus vraiment ?
En novembre dernier déjà, le premier anniversaire de l'incroyable score des 60-0 avait été entaché par une menace de démission de Bérenger, avant que tout ne rentre, finalement, dans l'ordre. Cette fois, c'est la fête de l'Indépendance qui risquait d'être reléguée au second plan avec la prise de parole du vice-Premier ministre.
Le numéro deux du gouvernement aura ainsi attendu quelques jours avant la célébration des 58 ans d'Indépendance du pays pour livrer ses états d'âme, non sans laisser entendre que des décisions difficiles devront être prises après la visite d'État du président seychellois, invité d'honneur des célébrations du 12 mars.
Heureusement, la synergie des artistes - bravo à Emilien Jubeau, Move for Art et à tous les participants - nous a offert l'un des plus beaux spectacles, se révélant une parenthèse féérique, permettant, l'espace d'une journée, d'oublier la scène politique.
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Mais suite au départ de la délégation seychelloise, tous les regards se tournent à nouveau vers Bérenger : ses prochaines décisions, les postures des élus mauves et l'attitude du Premier ministre qui, jusqu'ici, malgré les sorties intempestives de son adjoint, s'est toujours gardé de toute critique publique. On se souvient de sa déclaration laconique en novembre dernier - «Li pou trist si sa arive» - lorsque Bérenger laissait planer la possibilité d'une démission... qui, finalement, n'avait pas eu lieu.
En janvier dernier encore, un Bérenger visiblement agacé s'emportait publiquement contre ce qu'il qualifiait de «gang» autour de Ramgoolam, alimentant toutes les spéculations, certains estimant alors que lakwizinn avait désormais cédé la place à une bande douteuse autour du chef du gouvernement. Une fois de plus, le Premier ministre avait choisi de ne pas réagir publiquement.
Tous ces épisodes ressemblent aux pièces d'un puzzle révélant une méthode adoptée par le vice-Premier ministre depuis août 2025. À l'époque déjà, il avait pris la liberté de convoquer la presse pour dresser un premier bilan de son rôle de ministre sans portefeuille. D'autres conférences de presse avaient suivi et Bérenger n'hésitait pas à réclamer certaines têtes (Beegoo, Sithanen) que Ramgoolam finira par lui offrir en guise de sacrifices sur l'autel de l'alliance du changement.
C'est le 12 janvier dernier que la méthode Bérenger aura toutefois franchi un nouveau cap quand il a critiqué, d'un côté, un gouvernement dont il fait pourtant partie - police, prisons, drogue, corruption, Air Mauritius -, tout en réclamant, de l'autre, un «full-fledged» ministère des Finances. Le no 2 du gouvernement avait même affirmé que le mauve Uteem aurait fait un excellent grand argentier, avant de prendre connaissance d'une fin de non-recevoir d'un Ramgoolam indifférent à sa demande. On connaît la suite.
Pour calmer les esprits et montrer sa bonne foi, le Premier ministre avait alors pris l'engagement d'accélérer deux dossiers chers au MMM (Réforme électorale et National Crimes Agency), qui devraient figurer parmi les priorités lors de la reprise de l'Assemblée nationale, ce mardi 17 mars.
L'apaisement et le travail de quelques pompiers intermédiaires l'avaient emporté sur toute éventualité de rupture... jusqu'au dernier épisode du 7 mars. Ce jour-là, le leader du MMM laissait entendre qu'il aurait beaucoup de choses à dire, tout en exprimant, à nouveau, son mécontentement face à la gestion de certains dossiers du gouvernement. Cette fois, Bérenger est allé plus loin, jusqu'à critiquer ouvertement un ministère, celui du Tourisme, qu'il a comparé à un bazar.
Les scènes observées au sein du board de la Tourism Authority - entre réintégrations et suspensions - relèvent-elles d'une stratégie visant à apaiser le leader mauve, rigoureux sur le respect des procédures ? La démission du directeur de l'EDB, autre institution dont la gestion ne serait pas à la hauteur des attentes de Bérenger, constitue-t-elle un nouveau signal du chef Rouge envers son numéro deux ?
À la veille de la rentrée parlementaire, assistera-t-on à un nouveau sitting arrangement où Bérenger et certains élus mauves - dont le fidèle Bhagwan, récemment décoré - prendraient place dans les travées de l'opposition ? Le message de Ramgoolam sur l'importance de l'unité et de la solidarité sera-t-il entendu ?
Apaisement, damage control... ou démission(s) fracassante(s) ?