Afrique: Le chef de la diplomatie rwandaise précise sa menace de retrait du Mozambique et les attentes de Kigali

Le Rwanda a averti samedi 14 mars que, faute de garanties de financements, il retirera ses troupes aidant à la lutte anti-jihadiste dans le nord du Mozambique. Joint par RFI, le chef de la diplomatie rwandaise, Olivier Nduhungirehe, précise sa menace de retrait et les attentes du Rwanda.

Le Rwanda menace de retirer ses soldats du Mozambique. Après avoir déjà estimé vendredi que les sommes débloquées par Bruxelles étaient insuffisantes, le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a posté samedi une déclaration sans ambiguïté sur les réseaux sociaux : le Rwanda « retirera ses troupes du Mozambique si un financement durable n'est pas garanti pour ses opérations antiterroristes à Cabo Delgado ».

En jeu : la lutte contre le groupe État islamique dans la province du Cabo Delgado, au Mozambique, mais aussi la protection d'intérêts américains et européens : des entreprises comme la française TotalEnergies, l'italienne ENI et l'américaine ExxonMobil y ont d'importants projets gaziers, alors que l'armée rwandaise est sous sanctions internationales. David Baché a joint le chef de la diplomatie rwandaise. Pour RFI, Olivier Nduhungirehe précise sa menace de retrait, et les attentes du Rwanda.

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« Ces cinq dernières années, nous avons pu stabiliser cette région. Les civils ont pu retourner dans leurs foyers et les investissements dans le gaz naturel liquéfié ont pu reprendre. Nous avons pu bénéficier du soutien financier de l'Union européenne, et nous avons suivi les articles qui disent que l'Union européenne pourra mettre fin à ce soutien. Nous avons fait un travail non seulement pour les Mozambicains, mais aussi pour d'autres pays qui ont des investissements dans le Cabo Delgado, et donc voir que notre armée est critiquée, sanctionnée. Il y a une sorte de déconsidération. Nous ne pouvons pas travailler sous ces menaces permanentes », explique le chef de la diplomatie rwandaise.

Il y a donc deux sujets : celui des financements européens pour l'intervention du Rwanda au Mozambique et celui des sanctions européennes et américaines prises en raison du soutien de l'armée à la rébellion de l'AFC/M23 en RDC. Si Kigali continue de demander la levée des sanctions internationales, le ministre rappelle qu'à ses yeux les deux dossiers ne sont pas liés. La levée des sanctions internationales et la pérennisation des financements de l'opération au Mozambique sont deux demandes distinctes.

Pour les sanctions, on demande toujours qu'elles soient levées. Pour le Mozambique, nous allons continuer notre intervention, pourvu qu'il y ait un financement durable de cette opération.

Le ministre des Affaires étrangères Olivier Nduhungirehe

« Une façon de montrer que sans le Rwanda, les projets gaziers européen et américain ne pourront pas voir le jour », analyse Benjamin Augé

« Les troupes rwandaises sont déployées dans le nord du Mozambique depuis juillet 2021, pour protéger les populations qui sont soumises à des groupes islamistes qui ont des activités depuis 2017. L'autre objectif principal, c'est la défense d'un grand projet de gaz naturel liquéfié mené par TotalEnergies, et d'un autre mené par Exxon Mobil et ENI, Américains et Italiens. Ces projets sont considérables en termes de volume d'argent », explique Benjamin Augé, chercheur à l'Institut français des relations internationales (Ifri).

Les Rwandais ne sont pas du tout satisfaits de la façon dont ils sont traités. Par l'Union européenne d'autre part, qui a débloqué deux fois vingt millions de dollars pour financer cette mission via le gouvernement mozambicain, mais pour qui il est très difficile de débloquer d'autres mandats. D'autre part, par Washington : ils [les autorités rwandaises, NDLR] ne sont pas non plus heureux de constater que les sanctions continuent de pleuvoir. Le dernier train de sanctions, notamment, sanctionnait l'armée rwandaise. Donc, cette mission de paix des troupes rwandaises est un levier très important, dans des projets industriels et économiques considérables, qui représentent à eux deux plus de 45 milliards de dollars. La menace de retirer les troupes est clairement une façon de montrer que, sans les Rwandais, ces deux projets ne pourront pas voir le jour.

Benjamin Augé: «Les Rwandais ne sont pas du tout satisfaits de la façon dont ils sont traités»

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