Sénégal: Aïda Mbodj - « Nous allons lancer la mise en oeuvre du Pavie 2 en fin mars »

16 Mars 2026
interview

Le Projet d'appui et de valorisation des initiatives entrepreneuriales des femmes et des jeunes (Pavie 2) sera lancé à la fin de ce mois de mars. C'est l'annonce du Dr Aïda Mbodji, Déléguée générale à l'Entrepreneuriat rapide des jeunes et des femmes (Der/Fj). Dans cette interview, elle indique que l'objectif pour 2026, est d'injecter 9 milliards de FCfa pour atteindre 100 fermes.

En recevant le nouveau représentant résident de la Banque africaine de développement (Bad) au Sénégal, vous avez indiqué que l'objectif est de boucler le Pavie 2 en moins de 5 ans. D'où vient cet optimisme ?

Comme vous le savez, depuis le 8 mai 2025, le Premier ministre Ousmane Sonko a lancé, au Grand théâtre, le Projet d'appui et de valorisation des initiatives entrepreneuriales des femmes et des jeunes (Pavie 2), en présence de notre principal bailleur, la Banque africaine de développement (Bad). Elle a changé de président, mais s'inscrit toujours dans cette même dynamique. Je voudrais d'ailleurs saluer le nouveau représentant de la Bad au Sénégal, M. Wilfrid Abiola, qui a eu l'amabilité de nous rendre visite à la Der/Fj. Le Pavie est soutenu par la Banque africaine de développement, l'Afd, l'Afawa et l'État du Sénégal.

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Grâce à ce financement, nous visons la souveraineté alimentaire. Le Pavie 2 y est essentiellement consacré, avec un objectif de 15 000 hectares à aménager pour 3000 fermes de 5 hectares. Nous visons également la création de 150 000 emplois, dont 50 000 emplois directs pour les femmes. Il s'agit de fermes connectées et intégrées, alliant agriculture et élevage et nécessitant moins d'efforts physiques. C'est le créneau de la Der qui soutient l'orientation du gouvernement. Notre modèle, aujourd'hui, c'est le référentiel « Sénégal 2050 ».

Quels sont les ingrédients de cette accélération ?

C'est tout simple. Nous avons tiré les leçons du Pavie 1, qui est un succès. À mon arrivée, il était exécuté à 73 %. Compte tenu des orientations des nouvelles autorités, nous avons inscrit la dernière phase du Pavie 1 dans cette nouvelle dynamique. Surtout, nous avons institué la territorialisation des actions de la Der. Nous avons eu la chance de pouvoir évaluer le Pavie 1 de manière prospective ; ce qui nous a permis de démarrer le Pavie 2 sans attendre. Cette évaluation nous a tracé la voie. La facilité supplémentaire, c'est cette territorialisation qui est en phase avec la politique du référentiel « Sénégal 2050 ».

De plus, les équipes sont, aujourd'hui, très outillées. Nous n'avons pas changé pour changer ; l'expérience nous a appris à conserver ce qui fonctionne. Nous nous sommes appuyés sur les équipes en place et, par une heureuse coïncidence, le chef de projet qui avait lancé le Pavie à ses débuts, il y a cinq ans, est revenu d'un poste au Bénin. Il a pu non seulement nous accompagner dans l'évaluation du Pavie 1, mais aussi être le maître d'oeuvre du Pavie 2. C'est un sachant, un rompu à tous les niveaux du projet. Pour moi, ce qui importe, ce sont les résultats.

Mais, la question du financement, dans un contexte parfois compliqué, ne risque-t-elle pas de freiner cette ambition ?

Quand j'ai soulevé la question de la réduction de la durée du projet avec le représentant de la Bad au Sénégal, c'était ma principale préoccupation. Il y a toujours des conditions suspensives imposées par les partenaires, des avis de non-objection à obtenir avant chaque décaissement. Or, si nous n'avons pas la fluidité et la réactivité nécessaires de leur part, cela risque de nous poser problème. C'est pourquoi, dès le début, nous avons mis le sujet sur la table. Nous sommes en contact permanent avec les partenaires, aussi bien à Abidjan qu'au niveau local, avec le représentant résident de la Bad. Nous sommes confiants de pouvoir anticiper sur les actions pour ne pas perdre de temps. Le chef de projet, avec son expérience, est un atout majeur dans cette anticipation.

Parlez-nous du programme « Bay sa waar ci Senegaal ». Qu'est-ce que c'est ?

Le programme « Bay sa waar ci Senegaal » est celui qui doit nous aider à atteindre la souveraineté alimentaire. C'est la conviction du président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et la mienne. Quand nous avons conçu le projet de ces fermes intégrées et connectées, nous pensions qu'elles pourraient encourager les jeunes à retourner vers la terre : un défi constant pour les gouvernants. Il faut comprendre l'état d'esprit des jeunes d'aujourd'hui. Tous sont connectés, ont un smartphone. Si nous arrivons à mettre en place des aménagements modernes, avec des forages pilotés à distance via le téléphone, une distribution d'intrants dématérialisée, et cinq hectares aménagés pour l'agriculture et l'élevage, je pense que cela peut les motiver.

On leur parlerait dans leur langage : celui du numérique. Cette digitalisation est un atout. Par ailleurs, le Président est très préoccupé par le vol de bétail, un fléau qu'il a connu en milieu rural. Il me disait que l'élevage, notamment des ovins, était jadis un pilier de l'entrepreneuriat féminin. Aujourd'hui, les femmes hésitent à se lancer à cause de ce risque. Nous avons une start-up financée par la Der, qui a développé des outils anti-vol, et nous allons les déployer dans ces fermes pour les protéger.

Où en êtes-vous concrètement ?

À la Der, nous avons 13 ingénieurs impliqués dans le programme de 3000 fermes intégrées et connectées, à savoir « Bay sa waar ci Senegaal ». L'une d'elles, Mme Aminata Konaté, est la cheffe de ce programme. Elle et ses équipes sont constamment sur le terrain. Nous avons une cinquantaine de fermes pilotes en cours d'installation. Le décaissement du Pavie 2 n'a pas encore débuté, mais nous avons déjà lancé ces 50 fermes pilotes avec une enveloppe de 3,5 milliards de FCfa. Pour 2026, nous voulons injecter 9 milliards de FCfa pour atteindre 100 fermes. Nous comptons sur nos partenaires pour des décaissements rapides. Mais, nous n'avons pas attendu ; nous avons anticipé pour tenir nos délais.

Est-ce que vous avez intégré l'approche territoriale du gouvernement ?

Oui, nous nous inscrivons pleinement dans cette dynamique. Nous ne pouvons pas nous départir de la politique et des orientations du gouvernement. Nous sommes une structure rattachée à la présidence de la République. Dès mon arrivée, j'ai mis en œuvre cette vision. Aujourd'hui, nous avons 46 antennes ; une dans chaque département. Nous en aurons bientôt une 47e en Gambie. Ces antennes sont cruciales, car elles nous permettent de réaliser les conditionnalités de nos bailleurs.

Par exemple, le programme « Be Yes », avec Mastercard, est très exigeant sur les délais. Les antennes chargées du sourcing, de l'enrôlement, de l'aide à la conception des projets, des formations et des formalisations nous aident énormément à tenir ces cadences. Lors de la signature d'une convention avec le secrétaire d'État aux Coopératives et à l'Encadrement paysan, M. Alpha Ba, à Kaolack, nous avons travaillé avec ces antennes pour mettre en place le système d'immatriculation et de formalisation.

Quelles sont les perspectives pour 2026 ?

Pour 2026, les perspectives sont prometteuses. Nous allons consolider les acquis de 2025. Le rythme de déploiement des fermes va atteindre sa vitesse de croisière. La convention avec la Bad n'a été signée que lors de la dernière semaine de 2025, mais désormais, tout est opérationnel. Nous allons lancer, en fin mars, la mise en oeuvre de ce programme avec les équipes de la Bad venues de Côte d'Ivoire. Nous consoliderons les acquis, singulièrement la constitution de coopératives agricoles et communautaires : une commande présidentielle.

Nous poursuivrons notre approche proactive et positive en faveur de l'entrepreneuriat en tenant compte des contraintes d'accès au financement et en renforçant l'accompagnement technique. Nous nous inscrirons dans le Plan stratégique de développement de la Der, qui en phase avec la « Vision Sénégal 2050 ». 2026 sera l'année de l'autonomisation, de la souveraineté économique, de la création d'emplois et de la croissance durable.

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