Ile Maurice: Bruno Dubarry - «Renouer avec des jardins potagers et fruitiers est essentiel»

interview

Comment évaluez-vous le niveau de dépendance de Maurice aux importations alimentaires ?

Il est préoccupant. Nous voyons les effets brutaux d'un conflit régional. Les territoires qui s'y trouvent sont immédiatement impactés au point que certaines industries mauriciennes ont tourné ces derniers week-ends pour fournir en urgence des produits de base aux territoires voisins du sud-ouest de l'océan Indien. C'est aussi un rappel de l'importance vitale d'avoir des capacités de transformation locale. Mais sans une autonomie accrue dans l'approvisionnement en matières premières et en énergie décarbonée, nos capacités se maintiendront dans un complexe de dépendance générale à l'importation alimentaire.

Selon vous, quels sont les principaux freins au développement de la production locale à Maurice ?

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Les accords commerciaux signés ces dernières décennies ont retiré ce qui la rendait compétitive face à l'importation de produits finis. Le secteur s'est adapté à cette réalité en réduisant de moitié sa contribution au PIB sur la même période. Pour reconquérir des points, il lui faut un État directeur en la matière, capable de créer cet espace de création de valeur dans un environnement qui pousse à une régionalisation croissante des échanges notamment à des fins de sécurité alimentaire et nutritionnelle. Il y aura toujours de la production locale, mais son approvisionnement en intrants venant des quatre coins de la planète est un point de faiblesse très préoccupant.

Quelles actions devraient être entreprises pour progresser vers l'autosuffisance alimentaire ?

Je pense qu'il faut se donner des objectifs de sécurité plutôt que d'autosuffisance, une sécurité qui fait appel à un moteur régional renforcé dans ses échanges et ses investissements productifs. On n'effacera pas les bénéfices de l'interdépendance mondiale, il faut simplement à proportion raisonnable en réduire le périmètre géographique particulièrement en matière alimentaire, par sécurité précisément.

On ne peut plus parler d'anticipation, les faits sont là et se répètent, nous sommes en réaction aux évènements. Nos gouvernements dans la région devraient faire levier sur la situation et préparer des dossiers communs pour cofinancer ses infrastructures critiques (maritime, aérien, partenariat agro-industriel).

Comment les pratiques agricoles durables peuvent-elles contribuer à renforcer l'autosuffisance alimentaire ?

À l'échelle d'un foyer mauricien, renouer systématiquement avec des jardins potagers et fruitiers est un élément essentiel pour son autosuffisance alimentaire. Quand on passe à l'échelle d'une économie nationale, ce sont d'autres réalités. À l'échelle régionale c'est encore une autre réalité. Pour préparer l'avenir en misant sur les pratiques agroécologiques, j'en appelle au soutien du gouvernement mauricien pour cofinancer la transition vers ces systèmes durables notamment les formations et parcours de certification des fermes en transition.

Dès lors que ces filières durables bénéficieront d'un dérisquage bancaire et assurance, sécurisé en partie par le soutien public, elles pourront suivre une pente ascendante dans le nombre d'exploitations actives et des volumes de fruits et légumes issus de l'agroécologie. C'est alors que des substitutions dans l'approvisionnement industriel pourront voir le jour : sourcing de matières premières en zone subtropicale, coproduits à des fins de production d'énergies décarbonées, exportation de produits à valeur ajoutée.

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