Ile Maurice: Le jeu dangereux du MMM

La politique a trop souvent des airs de théâtre répétitif. Les mêmes acteurs. Les mêmes tensions. Et, trop souvent, les mêmes scénarios. Depuis quelques jours, le pays assiste à un nouvel épisode de ce feuilleton devenu familier et agaçant: la menace de départ de Paul Bérenger (et du reste du MMM ?) du gouvernement dirigé par Navin Ramgoolam. Encore une fois, le leader mauve sort l'arme qu'il maîtrise le mieux : la pression politique avant la rupture. Ni démission franche, ni loyauté assumée. Un entre-deux savamment entretenu, destiné à faire plier le partenaire.

Mais à force de jouer ce jeu, le MMM semble oublier une réalité politique élémentaire : chaque secousse infligée à l'alliance gouvernementale ne fragilise pas seulement le Parti travailliste, elle ouvre surtout un espace dont un seul camp profite réellement - le MSM de Pravind Jugnauth.

Dans les rangs de l'opposition, on observe la scène avec un sourire à peine dissimulé. Pendant que les partenaires du gouvernement s'épient, se menacent et négocient à huis clos, le MSM se contente d'attendre.

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Car l'histoire récente le montre, les fractures du MMM ont presque toujours nourri d'autres formations politiques. Steve Obeegadoo et sa Plateforme militante ; Ivan Collendavelloo et le Muvman Liberater ; Alan Ganoo et le Mouvement Patriotique, pour ne citer que quelques cas récents. À chaque crise interne, le bloc mauve s'est fissuré un peu plus, donnant naissance à des fragments politiques qui ont, finalement, renforcé d'autres camps. Aujourd'hui, le risque est le même. Secouer l'arbre travailliste pourrait bien produire un résultat inattendu : voir le MSM récolter les fruits. Pendant ce temps, le pays regarde ce spectacle avec un mélange croissant de lassitude et d'indifférence.

Les «on» et les «off», les réunions de bureau politique sous tension, les rumeurs de démission suivies de démentis... tout cela finit par donner l'impression d'un vieux couple politique incapable de vivre ensemble, mais incapable aussi de se séparer.Un jour, on s'accuse. Le lendemain, on se réconcilie. Puis vient la menace de rupture. Et le cycle recommence. Or, le contexte national n'a rien d'un décor de comédie. L'économie mauricienne traverse une période d'incertitude réelle. Les tensions internationales perturbent les chaînes d'approvisionnement. Le pays doit gérer la hausse possible des prix à l'importation, le défi budgétaire aggravé par les Rs 10 milliards des «Missing Chagos Funds», sans oublier les réformes structurelles attendues - du système de pension à la transformation économique. Autant de dossiers qui exigeraient un gouvernement concentré sur l'essentiel.

Mais l'énergie politique est absorbée ailleurs : dans les calculs de pouvoir, les batailles d'influence et les luttes de territoire ministériel. Les Finances deviennent un trophée politique. Les nominations se transforment en symboles d'autorité. Et la gouvernance se retrouve prisonnière d'une rivalité permanente entre deux hommes qui connaissent trop bien leurs faiblesses respectives.

Navin Ramgoolam et Paul Bérenger ont construit ensemble certaines des pages les plus marquantes de la politique mauricienne. Mais ils incarnent aussi une génération politique dont les réflexes stratégiques appartiennent à une autre époque.

Le paradoxe est cruel : l'alliance qui avait promis de restaurer la stabilité institutionnelle donne parfois l'impression inverse, celle d'un pouvoir constamment en équilibre instable.

Pendant ce temps, l'opposition n'a même pas besoin de forcer son talent. Pravind Jugnauth peut se contenter de regarder la majorité s'user elle-même ; l'usure du pouvoir depuis 2024 parle du reste d'elle-même. Chaque tension publique, chaque bras de fer interne, chaque menace de rupture contribue à reconstruire sa propre crédibilité politique.

Le véritable danger pour le MMM n'est donc pas seulement la rupture avec le Parti travailliste. C'est le risque de se fragiliser encore davantage, comme lors des précédentes scissions. Car l'histoire politique mauricienne est implacable : les partis qui se déchirent finissent rarement par en sortir renforcés. La question, au fond, est simple : combien de temps encore le pays devra-t-il suivre ce feuilleton?

Pendant que les protagonistes s'interrogent sur la place de chacun autour de la table du pouvoir, une autre réalité s'impose : Maurice n'a plus le luxe de gaspiller son énergie politique dans des querelles de leadership.

Alors Ramgoolam et Bérenger se rencontrent encore en tête-à-tête. Officiellement pour clarifier les choses. En réalité, pour prolonger un feuilleton dont le public commence sérieusement à se lasser. Car pendant que les deux partenaires rejouent leur éternelle crise conjugale, au Sun Trust on n'applaudit pas, on prend des notes.

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