Sénégal: Équipements agricoles - L'État réclame 65 milliards de matériel payé mais non livré

Un audit révèle une surfacturation de près de 15 milliards de francs CFA sur un contrat signé en 2022 sous l'ancien gouvernement. Le ministre de l'Agriculture l'a fait savoir lors du point de presse consacré à la renégociation de certains contrats et conventions.

C'est un dossier qui illustre, à lui seul, les dérives dénoncées par les nouvelles autorités sénégalaises dans la gestion des marchés publics. Le ministre de l'Agriculture, Mabouba Diagne, a levé le voile, lors du point de presse consacré à la renégociation des conventions dans les secteurs stratégiques, sur un contrat d'équipements agricoles aux contours pour le moins troublants.

Signé en 2022 sous l'ancien gouvernement, ce marché portait sur la fourniture d'équipements agricoles et la construction de hangars de stockage, pour un montant global de 85,5 milliards de francs CFA. Un engagement financier colossal, censé renforcer la capacité productive du secteur agricole national.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Cependant, les chiffres révélés par le ministre dressent un tout autre tableau. Sur les 65,8 milliards déjà décaissés par l'État, seulement 16,6 milliards de francs CFA de matériel ont été effectivement réceptionnés, soit un taux de livraison inférieur à 25 % des sommes engagées. Une situation jugée inacceptable par le gouvernement actuel. Plus troublant encore : une partie significative des équipements se trouverait déjà sur le sol sénégalais, sans pour autant avoir été officiellement livrée.

« Le fournisseur a importé des équipements et des hangars qui se trouvent actuellement à Dakar pour un montant estimé à 14,8 milliards de francs CFA », a indiqué Mabouba Diagne, précisant que ces biens demeurent en dehors de tout circuit formel de remise à l'État. Face à cette situation, le gouvernement entend reprendre la main. Tout en écartant le terme de réquisition, jugé trop radical, le ministre évoque plutôt une mise à disposition d'un matériel déjà largement financé sur fonds publics. « Il ne s'agit pas d'une réquisition. Nous voulons simplement que ce matériel, qui a déjà été payé en grande partie par l'État, soit mis à la disposition du Sénégal », a-t-il martelé.

L'audit technique diligenté par les nouvelles autorités a par ailleurs mis au jour d'importantes anomalies financières. Les équipes mandatées ont identifié une surfacturation oscillant entre 15 et 17 %, représentant entre 12 et 15 milliards de francs CFA de trop-perçus potentiels. Ces conclusions viennent renforcer la conviction du gouvernement que plusieurs contrats hérités de l'ère précédente méritent un réexamen approfondi.

Au-delà des chiffres, le ministre affirme vouloir incarner une nouvelle philosophie de gestion des deniers publics. « Notre objectif est simple : garantir que chaque franc dépensé par l'État corresponde réellement à des équipements utiles aux producteurs et à la souveraineté alimentaire du pays », a-t-il déclaré.

Les négociations se poursuivent afin d'obtenir la remise effective du matériel immobilisé et de clarifier les conditions financières du contrat. Mabouba Diagne a assuré que l'urgence demeure : faire parvenir ces équipements aux agriculteurs sénégalais dans les meilleurs délais, alors que la prochaine saison agricole approche.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.