La Société nationale des Pétroles du Sénégal (Petrosen) veut tourner la page des contrats jugés défavorables et prendre les rênes de l'exploitation de ses ressources. Un projet estimé à 3 milliards de dollars que la compagnie souhaite financer en partie grâce à l'épargne des ménages et de la diaspora.
Vendredi dernier, lors de la signature d'une convention de gestion d'un fonds revolving destiné à soutenir les populations et les PME-PMI des zones pétrolières et gazières, le directeur général de Petrosen a dressé un bilan critique des contrats hérités des gouvernements précédents. Il a aussi présenté l'ambition de faire de la compagnie nationale un opérateur à part entière.
Le constat est sévère. Sur le champ GTA, les revenus pour l'État et Petrosen sont jugés « dérisoires ». Pour Sangomar, sur un chiffre d'affaires estimé à 14 milliards de dollars sur 25 ans, l'État et Petrosen ne percevraient qu'environ 3 milliards, soit moins du quart des revenus. Les recettes fiscales globales du secteur atteindraient à peine 800 millions de dollars, un montant jugé très faible. Selon la direction de Petrosen, cette situation résulte de négociations initiales défavorables au Sénégal. La renégociation des contrats, annoncée par le Premier ministre, est désormais à l'ordre du jour.
Yakaar-Teranga, un gisement stratégique
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Le champ Yakaar-Teranga, situé dans la zone d'Arcaya, pourrait changer la donne. Les explorations y ont identifié entre 25 et 32 TCF de gaz, ce qui en ferait l'un des plus grands gisements de la sous-région. Son exploitation pourrait réduire de plus de 50 % le coût de production de l'électricité, passant d'environ 80-90 F CFA/kWh à près de 40 F CFA. Cela améliorerait le pouvoir d'achat des ménages et la compétitivité de l'industrie.
Petrosen veut cette fois être l'opérateur principal, contrairement aux précédents projets dominés par des majors comme BP, Woodside ou TotalEnergies. La compagnie estime disposer désormais des compétences nécessaires, tout en prévoyant de recourir à des prestataires spécialisés pour certaines phases techniques.
3 milliards de dollars à mobiliser
La première phase du projet est estimée à 3 milliards de dollars. Pour financer ce montant, Petrosen envisage un investissement populaire appelé « placement Yakaar-Teranga », ouvert aux Sénégalais et à la diaspora. La direction rappelle que la diaspora a transféré 2,2 milliards de dollars vers le Sénégal en une année, tandis que 1,8 milliard de dollars du déficit budgétaire a été financé par des investisseurs locaux. La décision finale d'investissement est prévue au plus tard en décembre 2026, avec un démarrage des travaux immédiatement après. Le premier gaz est attendu entre fin 2028 et début 2029. Par ailleurs, Petrosen prévoit de relancer la prospection on shore, suspendue depuis les années 1990, avec un budget de 100 millions de dollars (environ 50 milliards de F CFA).