Le conflit au Moyen-Orient, qui a commencé le 28 février, reste toujours le sujet d'actualité le plus commenté. Malheureusement, la vérité est la première perte pendant un conflit. On apprend beaucoup de faussetés ces jours-ci, y compris des vidéos deepfake faites avec l'intelligence artificielle. Après 12 jours de combat, le brouillard du conflit reste épais. L'enjeu majeur pour l'investisseur dans cette situation est psychologique. Se laisser emporter par les émotions, paniquer ou devenir hyperactif vouent régulièrement à l'échec. C'est difficile quand on voit la tragédie humaine qui est au cœur de chaque conflit. Mais c'est important de conserver son sang-froid.
L'indicateur clé à suivre dans cette situation précise est le prix du baril de pétrole. Depuis la clôture du 27 février, le prix du baril a grimpé de 20 % à 91,23 dollars (NdlR, il est passé à plus de USD 100 hier). Le prix du gaz naturel en Europe est monté de 48 % à 49,28 euros, loin du pic de 69,81 euros quand la Russie a envahi l'Ukraine en 2022. Cela dit, les marchés du pétrole et du gaz restent extrêmement volatils. Pour le pétrole, le pire cas de figure demeure la guerre de Yom Kippour en octobre 1973, quand le prix du baril est passé de 3 à 12 dollars dans l'espace de quelques mois.
Tout dépendra de la réouverture du détroit d'Ormuz par où transite chaque jour environ 20 % de la production globale de pétrole et 20 % du gaz naturel liquéfié. Le détroit reste fermé de facto pour le moment. Les alternatives d'exportation vers les terminaux sur la côte de la mer Rouge sont limitées en volume. Je vois seulement deux options pour durablement calmer le marché du pétrole : 1) un arrangement entre les trois belligérants principaux qui termine les hostilités ou 2) la dégradation complète de la capacité militaire de l'Iran. Une escorte de la marine américaine pour les pétroliers pourrait être nécessaire dans les deux cas. Pas sûr que la base «MAGA» sera contente quand les Américains paieront les frais de livraison pour les produits pétroliers destinés à la Chine ! Peut-être que ce sera un des sujets que Trump abordera avec Xi Jinping pendant leur sommet vers la fin du mois, comme il l'a déjà indiqué lui-même ?
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«Stagflation»
Heureusement, l'hiver dans l'hémisphère Nord est derrière nous, les réserves stratégiques des grands consommateurs restent élevées, l'Arabie Saoudite et quelques autres producteurs ont de la surcapacité et les barils russes qui flottent sur mer pourraient être réinjectés dans le circuit. Ces faits devraient soutenir la demande mondiale pendant quelques semaines encore.
Mais si le détroit d'Ormuz reste fermé, les prix du pétrole et du gaz vont reprendre l'ascenseur. Dans ce cas, l'économie mondiale risque de rentrer dans une période de «stagflation», c'est-à-dire une économie sans croissance mais avec une forte inflation. Dans l'approche des «quatre quadrants» développée par Gavekal, la stagflation représente la situation la plus délicate pour l'investisseur car il y a peu de valeurs refuges.
Sans grande surprise, l'impact de ce conflit sur les marchés des actions est négatif, mais avec beaucoup de nuances. D'un côté, le S&P 500 aux États-Unis a perdu seulement 1 % depuis le 27 février. C'est le marché le moins affecté pour des raisons évidentes : les États-Unis sont un exportateur de produits pétroliers. Le gaz naturel américain destiné au marché local est particulièrement bon marché comparé à l'Asie et à l'Europe qui dépendent majoritairement de l'importation. Gavekal Research estime que 80 % du gaz naturel liquéfié du Golfe est exporté vers l'Asie. Les marchés boursiers qui ont subi les plus grandes pertes (calculées en dollars) depuis le 27 février se trouvent majoritairement en Asie : la Corée du Sud (-13 %), la Thaïlande (-9 %) et le Japon (-9 %).
Pareil au marché américain, le marché des actions à Shanghai est relativement stable avec des pertes de seulement 1 %. La Chine, nommée «a Comfortable Bystander» dans un rapport récent de Gavekal Dragonomics, n'a aucun intérêt à se mêler du conflit au Moyen-Orient. Elle est intéressée par son voisinage direct et préfère la stabilité. Le pétrole iranien représente environ 10 % des importations chinoises de pétrole.
La Chine ne dépend pas de l'Iran et cultive de bonnes relations avec les autres acteurs dans la région. En plus, le pétrole représente seulement 18 % de l'utilisation d'énergie primaire en Chine, contre 38 % aux États-Unis. Gavekal Dragonomics estime que la Chine possède une réserve de pétrole de plus de 1,3 milliard de barils, soit 80 jours de consommation. Donc, les deux plus grandes économies du monde se montrent résilientes à ce stade.
C'est déjà très difficile de faire des prédictions sur l'économie et les marchés pendant les périodes de calme. Pendant les périodes de conflit, cela devient impossible. La clé du succès pour l'investisseur n'est pas la prédiction, c'est l'adaptation. Il ne faut certainement pas vendre les actions des entreprises qui sont fondamentalement solides à la moindre tempête des marchés. Au contraire, les tensions géopolitiques offrent régulièrement d'excellentes opportunités d'investissement à long terme.
Pour équilibrer les portefeuilles contre le risque de stagflation, Gavekal Wealth a déjà investi dans les actions des compagnies pétrolières avant le commencement du conflit. Certains investisseurs comme Berkshire Hathaway de Warren Buffett l'ont fait depuis longtemps. La décision d'investissement a été facilitée par des valorisations très alléchantes pour ces actions. Ces valeurs ont été délaissées par les investisseurs parce qu'elles vont à l'encontre des critères d'investissement responsable.
La situation actuelle montre que le monde ne sera pas capable de se passer de l'énergie fossile pour un bon moment encore, qu'on le veuille ou non. C'est absurde qu'un produit qui influence tellement notre quotidien, y compris le secteur agroalimentaire, soit «interdit» pour l'investissement. Maurice est directement et indirectement exposée à l'augmentation des prix de différents produits pétroliers. Une allocation stratégique dans le secteur de l'énergie fait du sens pour l'investisseur mauricien.