S’il y a une situation qui mérite une attention particulière de la CEDEAO, c’est la crise qui sévit aux frontières de la Guinée, de la Sierra Leone et du Libéria, trois pays qui forment l’organisation sous-régionale de la Mano River Union, ou Union du fleuve Mano.
D’ailleurs celle-ci a pris les devants ce lundi 16 Mars 2026 avec le sommet extraordinaire de Conakry entre les trois chefs d’État, pour anticiper sur le différend, qui, le moins qu’on puisse dire, dépasse largement le seuil de « conflit de basse intensité ». Il est heureux de constater que les leaders ont pris l’exacte mesure de la situation.
Le fait générateur à l’origine de cette triangulation touche à la délimitation des frontières communes, qui a longtemps été considérée comme une question réglée depuis la création de l’OUA, en 1963 à Addis-Abeba (devenue par la suite l’UA), qui a consacré le principe de l’intangibilité des frontières « UTI POSSIDETIS JURIS ». La CEDEAO n’a pas fait moins que consolider cette règle. Toutefois le sujet de préoccupation reste l’implication des populations et des forces armées, qui d’ailleurs ont échangé des tirs, même si le bilan révélé n’a pas fait de victimes.
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L’option choisie par les chefs d’État des pays riverains du fleuve Mano, d’engager des discussions au plus haut niveau, sans attendre une action de la CEDEAO, à l’initiative du président guinéen, faut-il le rappeler, est un baromètre important de cette nouvelle approche de règlement des conflits. On pourrait l’analyser sous plusieurs angles, en dépit des appels « à la retenue » de la CEDEAO.
En effet, le Président Guinéen qui vient de se faire élire il y a juste deux mois tente aujourd’hui de redorer son blason, après avoir troqué sa tenue de général contre un boubou. Mieux, un conflit à trois qui viendrait s’ajouter aux tensions politiques internes à la Guinée pourrait constituer des germes d’instabilité pour son régime.
Mieux, il y a quelque part une bataille de leadership qui ne dit pas son nom, car il faut le souligner, le Président Julius Maada Bio est aujourd’hui le Président en exercice de la CEDEAO, position qui lui impose une certaine réserve.
Mamady Doumbouya, en convoquant cette rencontre tripartite à Conakry, semble vouloir couper l’herbe sous les pieds de la CEDEAO, aujourd’hui en proie à quelques difficultés conjoncturelles, notamment en Guinée-Bissau.
Il s’est de ce point de vue donné les moyens d’affirmer son leadership, quoique de manière assez particulière, en faisant taire toute voix suspectée d’envenimer la situation, notamment avec la suspension de 2 sites d’information, coupables d’avoir diffusé des images d’affrontements entre des jeunes guinéens et des libériens à Guékéhou au sud (Guinée forestière), réputée comme une zone à forte mobilité et de transit entre les trois pays (Guinée, Libéria, Sierra Leone).
Le rendez-vous pris pour une autre rencontre dans un mois, entre les chefs d’État, en attendant les conclusions d’une mission d’évaluation technique, est très attendu D’ici là, il faut espérer que l’excroissance, de ce conflit ne contribue à accroitre la vulnérabilité des économies des 3 pays, voire de la CEDEAO, car les djihadistes sont à leurs portes.