Ile Maurice: Les syndicats appellent à anticiper et relancent le débat sur le télétravail

Alors que la guerre en Iran et au Moyen-Orient se poursuit et continue d'alimenter les inquiétudes à l'échelle internationale, plusieurs pays commencent déjà à envisager des mesures pour limiter ses répercussions économiques et logistiques. En Asie, certains gouvernements encouragent le télétravail afin de réduire les déplacements et la consommation de carburants. À Maurice, cette réflexion commence également à émerger au sein de la classe syndicale, qui appelle les autorités à anticiper les impacts possibles de cette crise sur l'économie locale.

Pour le président du Mauritius Labour Congress (MLC), Haniff Peerun, la situation internationale exige une approche proactive. Selon lui, même si le conflit se déroule loin de Maurice, ses effets pourraient rapidement se faire sentir sur l'île, notamment à travers l'augmentation des prix des carburants et les perturbations possibles dans les chaînes d'approvisionnement. «Personne n'est à l'abri. Même les pays proches de l'Iran et qui produisent du pétrole subissent des pertes importantes à cause des bombardements réguliers. Il nous faut être avant-gardistes ici à Maurice», affirme-t-il.

Il souligne que l'économie mondiale montre déjà des signes de fragilité et qu'il serait imprudent d'attendre que la situation se détériore avant d'agir. Pour les syndicats, l'un des premiers secteurs susceptibles d'être touchés reste celui du transport. À travers le monde, les prix des carburants semblent grimper progressivement, ce qui pourrait entraîner des répercussions directes sur le coût de la vie et les déplacements quotidiens des travailleurs.

Haniff Peerun estime que Maurice doit se préparer à différents scénarios, notamment en réduisant sa dépendance aux transports lorsque cela est possible. Dans ce contexte, il propose d'envisager à nouveau le télétravail dans certains secteurs, une mesure qui avait déjà été expérimentée pendant la pandémie de Covid-19.

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«Là où c'est possible, dans le public comme dans le privé, le télétravail pourrait être une solution. Nous avons déjà l'expérience de cette formule. Il faudrait simplement l'ajuster et l'améliorer», explique-t-il. Selon lui, cette mesure pourrait contribuer à diminuer l'usage des transports, réduire la consommation de carburants et même permettre aux entreprises de réaliser certaines économies en matière d'électricité, comme sur l'utilisation de la climatisation et de certains équipements de bureau.

La dépendance aux importations pointée du doigt

Au-delà de l'énergie, le président du MLC attire également l'attention sur un autre enjeu : la forte dépendance de Maurice aux importations alimentaires. Il rappelle que près de 80 % des produits consommés sur l'île proviennent de l'étranger. «Chaque année, lors du Budget, on parle d'autosuffisance alimentaire. Mais au final, on continue d'importer des produits de base comme les pommes de terre ou les oignons. Il manque une volonté politique réelle pour aller vers une véritable autosuffisance», estime-t-il. Dans un contexte de tensions géopolitiques et d'incertitudes sur les routes maritimes, les perturbations dans les chaînes logistiques internationales pourraient avoir des conséquences directes sur l'approvisionnement. «Les stocks ne vont pas durer indéfiniment. Il faut anticiper dès maintenant», prévient-il.

Face à ces risques, Haniff Peerun appelle le gouvernement à réunir une plateforme tripartite regroupant l'État, les syndicats et les employeurs. L'objectif serait d'examiner les différentes mesures qui pourraient être mises en place en cas de crise plus grave. «Il faut consolider le pont avant de le traverser. Les entreprises ont chacune leurs spécificités, mais il faut réfléchir ensemble aux solutions», soutient-il. Il estime également que Maurice ne doit pas uniquement compter sur ses partenaires régionaux pour sécuriser ses approvisionnements en énergie, la situation géopolitique dans la région du Golfe demeurant incertaine.

Des pistes à explorer

Le syndicaliste Narendranath Gopee partage en partie cette analyse. Il souligne toutefois que la situation actuelle diffère de celle vécue pendant la pandémie. «Contrairement à la période du Covid-19, cette fois, ce sont surtout les pays du Golfe qui sont concernés, c'est-à-dire les régions qui produisent le pétrole. C'est pourquoi il serait utile que le gouvernement étudie dès maintenant des alternatives comme le télétravail ou le flexi-workplace», explique-t-il. Selon lui, ces options pourraient déjà être envisagées dans le secteur public, ce qui contribuerait à réduire une partie de la consommation de carburants liée aux déplacements quotidiens. Il reconnaît toutefois que la mise en oeuvre du télétravail dans le secteur privé reste plus complexe et dépendra largement des politiques internes des entreprises. «Il faudra un effort collectif et une coopération du secteur privé si ce type de mesure devait être envisagé», dit-il.

Narendranath Gopee estime également que le gouvernement dispose de toutes les données concernant l'importation et les stocks de produits pétroliers. Il juge donc important que les autorités communiquent clairement sur la situation afin d'éclairer la population et les acteurs économiques.

Pour le négociateur syndical Ashvin Gudday, le télétravail constitue aujourd'hui une option crédible, mais qui doit être encadrée pour éviter les dérives. L'expérience vécue durant la pandémie et lors de certaines intempéries a démontré à la fois les avantages et les limites du travail à distance.

«Ce n'est pas applicable dans tous les secteurs. Dans le privé, ilfaut des garde-fous. Comme syndicaliste, j'ai déjà dû intervenir dans des cas où certains employeurs abusaient du système, notamment en termes d'heures de travail», explique-t-il. Selon lui, le télétravail peut parfois brouiller les frontières entre la vie professionnelle et la vie personnelle, ce qui peut entraîner une surcharge de travail ou un isolement social. Il soulève également des questions pratiques concernant les équipements nécessaires pour travailler à domicile. «Qui prendra en charge les coûts liés à internet ou aux équipements ? Ce sont des aspects qui doivent être clairement définis», dit-il.

Ashvin Gudday estime que la réflexion ne devrait pas se limiter au télétravail. D'autres solutions pourraient également contribuer à réduire la consommation de carburants et la congestion routière. Il évoque notamment le développement du covoiturage, l'amélioration du système de transport public ou encore l'introduction de bus électriques utilisant de l'énergie renouvelable. Sans oublier la promesse faite par le gouvernement : celle du transport gratuit, qui aurait peut-être influencé le public voyageur a délaissé son véhicule pour le transport en commun.

Dans un pays tropical comme Maurice, il estime que les autorités devraient également encourager davantage l'usage du vélo pour les trajets courts, à condition d'investir dans des infrastructures adaptées comme des pistes cyclables sécurisées. «Il faut une vision à long terme pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles, et aller vers une souveraineté énergétique plus propre et plus écologique», affirme-t-il.

Il ajoute également que le télétravail pourrait offrir davantage d'opportunités professionnelles aux personnes en situation de handicap, en leur permettant de participer plus facilement au marché du travail. Cependant, il insiste sur la nécessité de maintenir un équilibre, car le travail à domicile peut aussi avoir des effets psychologiques si les interactions sociales diminuent trop fortement.

Pour les syndicats, la question du télétravail mérite donc d'être revisitée, d'autant plus que le contexte mondial évolue rapidement. Selon Ashvin Gudday, le modèle adopté en 2021 ne correspond plus forcément aux réalités actuelles. «Le concept doit être repensé et modernisé. Et les syndicats doivent être parties prenantes dans les discussions autour de ce sujet», conclut-il. Dans un contexte international incertain, plusieurs acteurs estiment ainsi que Maurice gagnerait à anticiper les défis à venir et à explorer dès maintenant les solutions susceptibles de renforcer la résilience de son économie.

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