Cameroun: Au pays,il est parfois possible d'être condamné à mort...Puis retrouver la liberté

L'histoire de Vincent Dikoum en est une illustration troublante. Dans la nuit du 29 janvier 1983, Vincent Dikoum, 37 ans, cadre à la CAMBANK, est sauvagement assassiné dans son sommeil. Derrière ce crime d'une rare violence se cachent sa propre épouse, Marinette Ndomè, et son amant, Richard Ambang Mbadjé.

Pour exécuter leur funeste projet, ils recrutent trois hommes : Pouli, Ndzana et Ombouté. Pourtant, ce meurtre n'était pas leur première tentative. Une semaine plus tôt, dans la nuit du 20 au 21 janvier 1983, une première attaque avait échoué. Déterminés à aller jusqu'au bout, les conjurés élaborent alors un nouveau plan. Marinette promet à chacun des exécutants la somme colossale de trois millions de FCFA en cas de succès. Afin de lever tout obstacle, elle fait quitter son domicile à deux jeunes étudiants hébergés chez elle. Le terrain est désormais libre.

Le vendredi 28 janvier, en début de soirée, une dernière réunion se tient au domicile d'Ambang, à Etoudi. Marinette Ndomè, Ambang Mbadjé et leurs complices y finalisent les derniers détails de l'opération. Dans la nuit, armés de longs poignards, les trois hommes s'introduisent dans la chambre de Vincent Dikoum et l'assassinent froidement, alors qu'il dort. Le crime commis, Marinette prend elle-même le volant. Avec ses complices, elle transporte le corps jusqu'au fleuve Sanaga. Le cadavre est solidement attaché à une pierre avant d'être jeté à l'eau, dans l'espoir qu'il ne refasse jamais surface.

Le groupe se disperse ensuite. Certains prennent la direction de Ntui, tandis que d'autres retournent au domicile de la victime pour effacer les traces du crime. Le lendemain, Marinette tente de reprendre une vie normale. Elle réunit ses enfants qu'elle va laisser chez son amant, puis se rend avec lui dans son village natal, où elle est présentée comme sa fiancée. Après une nuit passée sur place, ils rentrent à Yaoundé.

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Mais comme souvent, le crime parfait n'existe pas. Les enquêteurs découvrent plusieurs indices accablants. Confrontée à ces preuves, Marinette finit par avouer : elle a orchestré l'assassinat de son mari pour vivre librement sa relation avec son amant. Après plusieurs mois de cavale, Ambang Mbadjé est arrêté en août 1983 en Centrafrique, puis extradé vers le Cameroun.

En juillet 1984, le tribunal de grande instance du Mfoundi rend son verdict :

Marinette Ndomè, Richard Ambang Mbadjé, Ombouté Jean-Pierre et Ndzana Louis Bertin sont condamnés à la peine de mort par fusillade. Pouli Roger, quant à lui, écope de dix ans de prison. La sentence sera confirmée en appel. Et pourtant... Des décennies plus tard, tous les condamnés à mort seront libérés après de longues années de détention dans différentes prisons du pays. Marinette vit aujourd'hui en France. Ses complices sont retournés dans leurs villages. Quant à Richard Ambang Mbadjé, il est décédé en avril 2025.

Une affaire sombre, dérangeante, qui interroge sur la mémoire, la justice... et l'oubli. Je raconte leur histoire dans mon livre rivière de sang.

 

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