Au Centre de contrôle technique de Hann, à Dakar, de nombreux jeunes squattent les alentours, proposant aux automobilistes extincteurs, triangles, balais d'essuie-glaces, ampoules de signalisation... Un business informel qui s'est totalement emparé de la zone.
Sous le pont de Hann Maristes, à quelques pas du rond-point Emg, entre l'autoroute et la route du Front de Terre, ils sont une trentaine de jeunes à faire de la zone leur chasse gardée. Le soleil s'est déjà pointé, mais dominé par la fraîcheur du moment, bien qu'il soit midi passé de bonnes minutes.
L'un des jeunes tient entre les mains des triangles de couleur rouge et bleu et un paquet de balais d'essuie-glaces. Comme ses autres collègues, il court sans arrêt derrière les voitures pour écouler ses produits. « Vous faites de la visite technique ? » « Vous avez un rendez-vous ? » « Votre signalisation ne marche pas ? Je peux la réparer tout de suite et cela ne prend pas du temps. Garez par-là », « Votre balai ne fonctionne pas ? Je peux vous le changer ».
C'est ce refrain que les conducteurs de véhicules qui passent en cet endroit entendent comme une litanie. De jeunes gens qui ne se fatiguent jamais et courent en permanence derrière les voitures. Ils se lèvent à l'aurore pour investir cette zone qu'ils squattent tous les jours sauf les dimanches.
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En cette matinée de lundi 16 mars, le long de la route menant au Centre de contrôle technique de Hann, sis à Dakar, jusqu'au niveau des deux ronds-points, l'une des zones les plus fréquentées par les automobiles, l'embouteillage y est indescriptible. Des véhicules sont immobilisés pour les besoins de la visite technique. Des vendeurs d'extincteurs et autres matériels se faufilent entre les voitures. On les voit discuter avec les conducteurs pour leur céder ces matériels indispensables à l'examen de la visite technique.
Samba a deux triangles de couleur rouge et bleu entre les mains. Présent sur les lieux depuis le matin, il fait plusieurs kilomètres de marche et de course sur la route pour proposer sa marchandise. « Nous sommes là depuis le matin. On ne fait que courir derrière les véhicules. Ce n'est pas facile. Il arrive que l'on suive un véhicule sur des centaines de mètres sans que le conducteur n'achète. C'est difficile, mais on rend grâce à Allah », confie le jeune homme, avant de traverser la route de l'autre côté pour proposer la réparation d'une signalisation à un chauffeur.
Samba explique qu'ils vendent divers équipements - extincteurs, triangles, balais d'essuie-glaces, ampoules de signalisation - et proposent également le montage des plaques de véhicules. Interrogé sur les prix, il sourit et révèle que tout dépend du marchandage avec le client. « Les prix ne sont pas fixes. Par exemple, on peut céder un triangle à 2.000 FCfa », lance-t-il.
À ses côtés, un autre bonhomme, Doudou Bayo, échange avec un conducteur sur le prix d'un extincteur. Il dit être sur les lieux depuis l'aube. C'est en venant déposer son dossier de permis de conduire qu'il a remarqué ce petit métier et s'est lancé ; ce qui lui permet de bien gagner sa vie sans quémander.
Résilience
Son compère, Aliou Touré, deux triangles entre les mains, guette le moindre conducteur qui fait descendre ses vitres. Aliou indique qu'il se pointe quotidiennement au Centre à 9 h. « Le travail est lassant, mais on le préfère à tout autre boulot indigne qui pourrait nous apporter des ennuis. Notre seul problème, ce sont les policiers et les gendarmes qui nous empêchent d'exercer normalement », confie l'homme.
Selon lui, ces agents compliquent leur activité en procédant fréquemment à des saisies de marchandises. Une situation difficile pour eux.
Debout à côté d'un véhicule en stationnement, Cheikh Tidiane Cissé, originaire du Saloum, quitte tous les matins Niary Tally (Grand Dakar). Des balais d'essuie-glaces accrochés aux épaules, il tient lui aussi un extincteur et des triangles.
Le trentenaire déclare qu'il peut réaliser un bénéfice de 15.000 FCfa par jour, comme il lui arrive parfois de ne pas gagner 5.000 FCfa. « Personne ne peut dire exactement ce qu'il gagne dans ce boulot. L'année dernière, je rentrais des fois sans avoir rien vendu. Tout dépend des journées », lance-t-il.
Aliou informe qu'ils quittent les lieux à 17 h ou au plus tard à 19 h. Tous ces vendeurs que vous voyez prennent leur matériel à crédit dans des quincailleries ou étals installés tout le long de la route. Et à la fin de la journée, ils viennent solder leurs créances.
Dans la quincaillerie « Saloum Plaques », on y trouve toutes sortes de matériels pour les véhicules. Les va-et-vient sont incessants. Le gérant, Mansour Cissé, prend note pendant que les ambulants de la route se bousculent devant la porte du magasin pour se procurer des produits. Ils sont les premiers clients de Mansour.
« Nous leur remettons le matériel qu'ils revendent aux conducteurs. Après écoulement, ils prennent leurs bénéfices, un business qui nous arrange beaucoup », dit le commerçant, évoquant une affaire gagnant-gagnant.
Il témoigne qu'ils sont presque tous sérieux. Dès qu'ils arrivent à liquider la marchandise, ils se pointent pour payer. « Ils nous sont utiles. Grâce à eux, nos produits ne trainent pas et trouvent vite preneurs », conclut le gérant.