Sénégal: « L'État devrait davantage contrôler l'introduction de races exotiques » (2/3)

22 Mars 2026

Au Sénégal, la filière caprine peine à émerger comme un secteur autonome, souvent éclipsée par l'élevage ovin ou bovin. Mais au-delà de son sous-développement organisationnel, un enjeu crucial émerge : la protection des races locales, menacées par des introductions « peu incontrôlées » de races exotiques. Hélène Kuhn Ndour, cheffe de projet pour l'amélioration de la filière caprine dans les régions de Fatick et Diourbel, alerte sur ce risque et plaide pour une intervention urgente de l'État afin de sauvegarder le patrimoine génétique des caprins locaux.

Depuis 20 ans, Hélène Ndour travaille sur la valorisation de la chèvre locale dans les régions de Fatick et Diourbel. « Nous développons la filière caprine depuis maintenant 20 ans avec les chèvres locales », explique-t-elle.

Mais, même si elle est pour une amélioration des races locales de chèvre avec celles venues du Mali, du Niger ou encore d'Afrique du Sud comme cela se fait actuellement, elle plaide pour plus de contrôle. En effet, pour Hélène Ndour, l'État doit encadrer l'amélioration et prioriser la protection des races locales.

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« L'État devrait davantage contrôler l'introduction de races caprines exotiques », affirme-t-elle. Hélène Ndour appelle à l'élaboration d'un programme national d'amélioration génétique, basé sur les expériences locales. « Aujourd'hui, l'État doit mettre en place un réel programme d'amélioration de la filière caprine sénégalaise au niveau national, en s'appuyant sur les outils existants », soutient-elle.

Selon Mme Ndour, cela inclut une évaluation rigoureuse des introductions. Car elle estime qu'il faut que l'on mesure aussi les impacts de cette introduction de gènes exotiques sur la durée.

En outre, selon la cheffe du Projet d'amélioration de la filière caprine dans les régions de Diourbel et Fatick, l'amélioration de race chez les caprins doit répondre à des critères spécifiques. Elle souligne qu'à l'état actuel, l'élevage caprin est surtout une tâche réservée aux femmes en milieu rural qui parfois n'ont pas accès à la terre et ont des revenus réduits.

Par conséquent, dit-elle, il faudrait que l'amélioration génétique réponde à un critère essentiel qui est la consommation moyenne des sujets introduits. Selon elle, l'idéal est d'avoir des sujets qui produisent plus et consomment moins. Ce qui n'est pas le cas, à l'en croire.

À cela, elle ajoute le défi de la préservation de la résistance des races locales. Elle souligne que sans régulation, ces croisements risquent de diluer les qualités adaptatives des races locales, résistantes au climat sahélien et essentielles pour les éleveurs ruraux, dont 90 % sont des femmes souvent privées d'accès à la terre.

Pour Mme Ndour, il faut certes améliorer mais pas en fragilisant les races existantes face à des affections telles que la pasteurellose, une maladie ravageuse sans vaccin accessible et qui touche beaucoup les caprins. « Il n'y a pas de vaccination obligatoire sur la pasteurellose. On a même des difficultés à trouver un vaccin disponible parce que l'Isra ne produit plus », alerte-t-elle, soulignant les mortalités élevées qui affaiblissent les troupeaux.

Face à ces défis majeurs qui se dressent devant l'importation de races caprines, Hélène Ndour appelle à une reconnaissance institutionnelle de la filière caprine. Mme Ndour propose de distinguer la filière de celle ovine.

« Au niveau du ministère, on devrait parler de la filière ovine et de la filière caprine. Et dans la filière caprine, il faudrait encore distinguer la partie laitière de la partie embouche afin de mieux prendre en compte l'ensemble des enjeux du secteur », déclare Hélène Ndour.

Car, selon elle, la filière caprine reste « très sous-estimée » alors qu'elle pourrait sensiblement transformer l'économie rurale grâce à une vision schématisée de l'État bâtie sur les besoins spécifiques des ruraux.

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