Ile Maurice: Entre engagement et défis, le cri du coeur d'un responsable

À l'occasion de la Journée mondiale de la trisomie 21, célébrée hier, la situation de certaines écoles spécialisées dédiées aux enfants à besoins spécifiques revient au coeur de l'actualité. Si ces structures jouent un rôle essentiel dans l'inclusion et l'accompagnement éducatif, elles font face, sur le terrain, à des contraintes multiples. L'un des responsables d'établissement, que nous appellerons Reza (*), a accepté de livrer un témoignage sans détour, sous couvert d'anonymat.

Depuis sept ans, il consacre son énergie à une institution qui accueille 25 enfants et jeunes. Un engagement de tous les instants, mais qui s'accompagne de défis constants. «Il faut trouver, chaque mois, les ressources nécessaires pour payer le bâtiment qui abrite l'école», expliquet-il. La gratuité de la scolarité, indispensable pour garantir l'accès à tous, signifie également que les revenus sont limités, rendant la gestion financière particulièrement délicate.

La question de l'alimentation est l'un des enjeux les plus pressants. «Il y a environ deux ans, un repas coûtait Rs 120 par enfant. Aujourd'hui, avec la hausse des prix, notamment des denrées de base et des protéines, proposer un repas équilibré avec ce budget relève du défi», confie Reza. Si certains partenaires font preuve de solidarité, notamment en fournissant des repas à prix réduit, les frais annexes, comme le transport pour les récupérer, restent entièrement à la charge de l'établissement. «Nous faisons de notre mieux pour maintenir une qualité nutritionnelle correcte, mais cela devient de plus en plus difficile», ajoute-t-il.

Au-delà de l'aspect logistique, la question des ressources humaines suscite également des interrogations. «Les enseignants peuvent percevoir jusqu'à Rs 30 000, alors que le manager touche environ Rs 14 000, même pas le salaire minimum. Le caretaker, lui, gagne entre Rs 22 000 et Rs 23 000», précise-t-il. Une disparité salariale qu'il peine à expliquer. «Nous entendons plusieurs versions, mais il n'y a pas de clarification officielle. Cela crée un sentiment d'incompréhension.»

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Face à ces difficultés, des démarches ont été entreprises auprès de la Special Education Needs Authority. «Depuis la rentrée, nous avons écrit pour expliquer notre situation. Nous avons également échangé avec la fédération des managers et rencontré le président», indique Reza. Toutefois, il estime que le dialogue pourrait être renforcé. «Il manque, selon moi, une communication plus fluide et régulière. Des réunions périodiques permettraient de mieux faire remonter les réalités du terrain et d'obtenir des orientations claires.»

Autre point de préoccupation : le financement du loyer. «Depuis deux ans, nous ne recevons plus d'aide pour cette dépense essentielle», affirme-t-il. Auparavant, ce soutien était assuré par la National Social Inclusion Foundation, mais des changements dans les mécanismes de financement ont modifié la donne. «Aujourd'hui, certaines aides sont redirigées vers d'autres structures, et nous nous retrouvons à devoir gérer seuls cette charge. Pourtant, sans bâtiment, il est impossible d'assurer nos activités.»

Dans le même temps, des recommandations sont faites pour améliorer les infrastructures. «On nous demande parfois de trouver un espace plus grand, plus adapté. Mais avec les moyens actuels, cela reste difficilement envisageable», souligne-t-il. Reza évoque également les dépenses imprévues, notamment en cas de problème de santé d'un enfant. «Il arrive que nous devions intervenir à nos frais pour garantir leur bien-être.»

Malgré ces contraintes, la motivation demeure intacte. «Ce qui nous tient, c'est de voir les progrès des enfants. Certains souhaitent même venir à l'école les week-ends ou les jours fériés, parce qu'ils s'y sentent bien», confie-t-il avec émotion.

Ce témoignage met en lumière les défis concrets auxquels sont confrontées ces institutions, tout en rappelant leur rôle fondamental dans la société. Il soulève d'ailleurs la question du soutien durable à accorder à ces structures, afin de leur permettre de poursuivre leur mission dans des conditions plus sereines.

(*) Prénom d'emprunt.

Éducation inclusive à Maurice : Entre ambitions et réalités

La prise en charge des enfants à besoins éducatifs spéciaux (SEN) reste un défi majeur pour le système éducatif mauricien. À l'Assemblée nationale, mardi, la députéeAnabelle Savabadya interrogé le ministre de l'Éducation, Mahend Gungapersad sur les moyens d'assurer un accompagnement efficace pour ces élèves.

Le ministre a reconnu des lacunes importantes, notamment le manque de Teacher Assistants et de Carers, indispensables pour accompagner quotidiennement les enfants SEN. La Special Education Needs Authority supervise les structures spécialisées, mais certains enfants sont intégrés dans des écoles ordinaires, nécessitant un encadrement renforcé.

Pour 2026, 521 demandes en Grade 1 ont été recensées, dont 143 enfants présentant un autisme léger. Seulement 32 ont intégré des écoles classiques, confrontés aux contraintes du personnel limité.

Pour améliorer la situation, le ministère envisage de réviser les critères de recrutement, créer de nouveaux postes, accélérer la formation des enseignants et permettre un accompagnement parental temporaire. Ces mesures traduisent une volonté d'agir, tout en mettant en lumière les défis persistants pour construire une éducation réellement inclusive à Maurice.

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