Gabon: Que faire des bénévoles sans diplôme ?

interview

Que faire des bénévoles sans diplôme ? C'est la question posée à l'honorable Justine Judith Lekogo, qui dans une interview accordée à la rédaction, donne son point de vue.

Elle soutient haut et fort que "Protéger la qualité de l'éducation, c'est protéger l'avenir des enfants".

Madame l'Honorable Députée Justine Judith Lekogo, la situation des enseignants bénévoles suscite aujourd'hui un débat national. Entre reconnaissance de leur engagement et exigences de qualification, le sujet divise. Sommes-nous face à une crise du système éducatif ?

Hon. Justine Judith Lekogo : Nous sommes face à une réalité que nous ne pouvons plus ignorer. C'est vrai qu'il y a une petite tension. D'un côté, un déficit criant d'enseignants qualifiés dans certaines zones ; de l'autre, des citoyens engagés qui ont refusé de laisser des enfants sans éducation. Ce n'est pas une crise de volonté, c'est une crise d'organisation et d'anticipation.

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Certains parlent même d'une "école à deux vitesses", où des enfants sont formés par des bénévoles sans diplôme. Est-ce acceptable pour un État ?

Aucun État responsable ne peut s'en satisfaire durablement. Mais soyons lucides : sans ces bénévoles, des milliers d'enfants seraient restés sans encadrement scolaire. La vraie question n'est pas de les condamner, mais de savoir comment transformer cette solution de survie en solution encadrée et digne.

Faut-il alors intégrer tous ces bénévoles dans la fonction publique, comme ils le réclament ?

Intégrer sans critères, ce serait affaiblir le système éducatif. Gouverner, c'est faire des choix responsables. L'enseignement est un métier qui exige des compétences validées. En revanche, ignorer ces bénévoles serait une injustice. Il faut donc une voie médiane : reconnaissance sans renoncement aux exigences.

Cette "voie médiane", c'est la main-d'œuvre non permanente. Mais beaucoup y voient une précarisation déguisée. Que répondez-vous ?

Je confirme clairement que la main-d'œuvre non permanente constitue aujourd'hui l'une des voies médianes les plus réalistes et responsables pour accompagner ces bénévoles sans diplôme. Elle permet d'encadrer leur engagement, de leur offrir une reconnaissance institutionnelle et de les intégrer progressivement dans le système. Ce n'est pas une fin en soi, mais un levier d'accompagnement que j'encourage, à condition qu'il s'inscrive dans un parcours d'évolution et de renforcement des capacités.

Concrètement, quel engagement l'État doit-il prendre aujourd'hui ?

L'État doit prendre un engagement fort : accompagner, former et offrir des perspectives. Cela passe par des programmes de remise à niveau, l'accès facilité au baccalauréat, et des passerelles vers des formations qualifiantes. On ne peut pas demander des efforts sans ouvrir des portes.

N'est-ce pas aussi un aveu d'échec des politiques éducatives passées ?

C'est un constat, et nous devons l'assumer avec responsabilité. Mais l'heure n'est pas à la recherche de coupables. Elle est à l'action. Les défis éducatifs évoluent, et les réponses doivent évoluer avec eux.

Les bénévoles, eux, demandent reconnaissance et stabilité. Que leur dites-vous sans détour ?

Je leur dis la vérité : leur engagement est reconnu, mais il doit s'inscrire dans un cadre. Rien de durable ne se construit sans qualification. Nous allons les accompagner, mais ils doivent aussi faire le choix de renforcer leurs capacités. C'est un partenariat, pas une assistance unilatérale. Certains pourraient entendre dans vos propos une forme de fermeté, voire de refus... C'est une fermeté responsable. Protéger la qualité de l'éducation, c'est protéger l'avenir des enfants. Mais cette fermeté va de pair avec une volonté claire d'inclusion et de progression.

En un mot, quelle est votre ligne politique sur ce dossier sensible ?

Reconnaître, encadrer, former et faire évoluer. Aucun acteur ne doit être laissé de côté, mais aucun standard ne doit être abandonné.

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