Afrique: Caution pour les visas américains - Un coup dur pour les entreprises mauriciennes

À partir du 2 avril, Maurice fera partie des 50 pays dont les ressortissants devront verser une caution pour obtenir le visa B1 (affaires) ou celui du B2 (tourisme) pour les États-Unis. Le montant de cette garantie varie entre USD 5 000 (environ Rs 230 000) et USD 15 000 (environ Rs 700 000), et est remboursable si les conditions du séjour sont respectées ou si le voyage n'a pas lieu. Parmi les 12 nouveaux pays concernés figurent les Seychelles, le Cambodge et l'Éthiopie, tandis que les 38 autres incluent notamment l'Algérie, le Nigeria et le Bangladesh.

Sunil Boodhoo, ex-directeur du commerce international au ministère des Affaires étrangères, juge que l'application de cette mesure aux seuls pays en développement, majoritairement africains, est discriminatoire. «Aucune règle internationale ne contraint les pays en matière d'immigration et ils restent libres de réglementer l'entrée sur leur territoire. Ils négocient généralement des accords bilatéraux pour exempter leurs ressortissants de visa», explique-t-il. Selon lui, les voyageurs en situation irrégulière aux États-Unis proviennent majoritairement de pays en développement. Certains Mauriciens ont même été appréhendés au Canada dans le cadre du plan d'expulsion de l'administration Trump. «Mais cela justifie-t-il d'inclure Maurice dans la liste des pays soumis à la caution alors que les Américains peuvent voyager sans visa à Maurice ?», s'interroge-t-il.

L'expert met en garde contre les conséquences de cette mesure, qui pourrait compliquer le déplacement des Mauriciens de bonne foi, qu'ils soient hommes d'affaires, étudiants ou touristes. Elle risque de freiner le flux de visiteurs vers les États-Unis, pousser les étudiants à privilégier d'autres destinations pour leurs études et détourner le tourisme vers le Canada. «Les activités commerciales et la promotion des entreprises mauriciennes aux États-Unis pourraient également en pâtir, avec un impact direct sur les échanges et les investissements.»

Pas de réciprocité

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Maurice ne peut pas appliquer la réciprocité. Néanmoins, Sunil Boodhoo appelle le gouvernement à tenter de convaincre les États-Unis de retirer l'île de la liste. Il avertit également que si d'autres pays développés suivent l'exemple américain, cela pourrait entraîner un détournement des flux migratoires vers l'Europe. «En fonction de l'ampleur de ces flux, certains pays pourraient alors renforcer les restrictions pour les visiteurs venant des pays en développement. L'Union européenne et le Royaume-Uni, déjà confrontés à l'immigration clandestine, pour raient être tentés d'adopter une approche similaire, surtout si la droite ou l'extrême droite accède au pouvoir», ajoute-t-il.

Enfin, il recommande que les autorités mauriciennes évaluent l'impact réel de la mesure, consultent le secteur privé, et mettent en œuvre des stratégies pour limiter les conséquences sur le commerce, le tourisme et l'éducation, tout en maintenant un dialogue diplomatique avec Washington. «Une action rapide et coordonnée permettra à Maurice de protéger ses ressortissants et de préserver ses intérêts économiques», conclut-il.

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