Ile Maurice: La crise au sein du MMM et ce qu'elle signifie pour le coeur et l'âme de la démocratie à Maurice

Le débat public à Maurice ces derniers temps m'a profondément attristé pour mon pays.

Il est devenu plus qu'évident pour moi, au cours des derniers jours, que les Mauriciens, de manière générale, ne comprennent pas ce que sont les principes de la démocratie, ce qu'ils signifient réellement et comment ils s'appliquent.

Pour moi, cela signifie malheureusement qu'il n'y aura probablement pas de véritable changement à Maurice avant plusieurs générations -- du moins tant que la population ne comprendra pas ce qu'est une véritable démocratie et ce que sont de véritables principes démocratiques.

Permettez-moi d'expliquer :

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Beaucoup de gens traitent les 16 députés du Mouvement militant mauricien (MMM) de traîtres -- pour avoir agi dans le cadre d'un processus démocratique.

Soyons clairs dès le départ :

La démocratie n'est pas une trahison

Ce qui est une trahison, c'est d'ignorer la décision démocratique de son propre parti.

Dans le cas précis du MMM, les faits sont importants :

Le Comité central (CC) a décidé démocratiquement et de manière écrasante de rester au gouvernement.

À tel point que le leader a estimé qu'il n'était même pas nécessaire de procéder à un vote formel, tant le consensus au sein du CC était clair.

Cela s'apparente à une décision par consentement général un mécanisme reconnu dans tout fonctionnement démocratique lorsque l'issue ne fait aucun doute.

Dans ce contexte, les 16 députés ne font qu'appliquer une décision collective.

Techniquement et littéralement, cela les absout de toute accusation de trahison.

Certains avancent que le CC n'aurait pas l'autorité pour prendre une telle décision.

Peut-être.

Mais même dans cette hypothèse, l'accusation de trahison ne tient toujours pas.

Pourquoi ?

Parce que les députés ne font pas cavalier seul.

Ils ne s'opposent pas au parti.

Ils ne trahissent pas une décision démocratique.

Ils s'y conforment.

Et tant qu'aucune instance supérieure du parti ne s'est réunie pour décider autrement, la décision du CC reste la seule position officielle existante.

Dans la hiérarchie démocratique d'un parti, une décision tient -- jusqu'à ce qu'elle soit remplacée par une autre, prise par une instance supérieure.

Or, à ce jour :

Aucune Assemblée des délégués (instance suprême) n'a été convoquée.

Aucun vote contraire n'a été exprimé.

Donc, sur quelle base parle-t-on de «trahison» ?

Soyons rigoureux.

Si demain l'Assemblée des délégués -- instance suprême du parti -- est convoquée et vote clairement pour une sortie du gouvernement, alors la situation change.

À ce moment-là, si les députés refusent d'appliquer cette décision, alors oui -- ils pourraient être qualifiés, au sens strict, de traîtres au parti.

Mais ce n'est pas le cas aujourd'hui.

Aujourd'hui, ils respectent la seule décision démocratique formellement établie.

Il convient également de rappeler une chose essentielle -- et trop souvent ignorée dans le débat actuel :

Le MMM ne repose pas uniquement sur des principes abstraits ou des slogans politiques.

Il repose sur une constitution écrite, avec des règles claires, précises -- et contraignantes.

Ces règles traduisent concrètement son engagement historique en faveur de la démocratie.

À cet égard, la section 11.8 de la constitution du MMM prévoit explicitement que le secrétaire général du parti ne peut exercer aucune fonction ministérielle lorsque le parti participe au gouvernement.

Ce n'est pas un détail technique.

C'est un choix fondamental.

Ce choix vise à garantir une séparation nette entre le pouvoir partisan et le pouvoir exécutif, afin d'éviter les conflits d'intérêts et de préserver l'indépendance du fonctionnement interne du parti.

Autrement dit : le MMM a institutionnalisé, noir sur blanc, la nécessité de limiter la concentration du pouvoir.

De la même manière, la section 23.5 de la constitution est tout aussi claire :

Tout membre élu à l'Assemblée nationale qui démissionne du parti -- ou en est expulsé -- doit soumettre sa démission au speaker de l'Assemblée nationale.

Là encore, le principe est profondément démocratique :

- On ne peut pas se faire élire sous une bannière politique

- Et ensuite conserver son siège en tournant le dos à ce parti

Ce principe protège l'intégrité du vote populaire.

Il protège la cohérence du mandat électoral.

Et il empêche les dérives opportunistes.

Ces dispositions ne sont pas anodines.

Elles démontrent que, dans son ADN même, le MMM a toujours cherché à encadrer le pouvoir par des règles strictes -- non pas pour le concentrer, mais pour le limiter.

Et c'est précisément là que le débat actuel devient problématique.

Car on ne peut pas, d'un côté, se réclamer des principes démocratiques du MMM, et de l'autre, ignorer les mécanismes concrets qui leur donnent vie.

On ne peut pas invoquer la démocratie uniquement lorsqu'elle sert une position politique, et la rejeter lorsqu'elle produit un résultat inconfortable.

La démocratie n'est pas un outil à géométrie variable.

C'est un cadre avec des règles qui s'impose à tous.

Et dans le cas présent, les faits restent simples :

- Une décision démocratique a été prise

- Elle n'a pas été formellement remise en cause par une instance supérieure

- Elle constitue donc, à ce jour, la seule position officielle du parti

Dès lors, qualifier ceux qui s'y conforment de «traîtres» ne repose ni sur le droit interne du parti, ni sur ses principes.

Au contraire.

Si trahison il y a, elle commence précisément au moment où l'on choisit d'ignorer les règles -- écrites et assumées -- qui fondent la démocratie interne du parti.

Comparons maintenant.

Le Reform Party a tenu une Assemblée des délégués. Leur instance suprême a voté massivement NON à une alliance.

Et qu'est-il arrivé ensuite ?

Cette décision n'a pas été respectée

Elle a été ignorée, contournée et finalement renversée par le leader lui-même.

Là, il y a une véritable rupture avec le principe démocratique.

Car contrairement aux 16 députés du MMM qui appliquent une décision collective -- dans ce cas précis, c'est la décision de l'instance suprême qui a été trahie.

Et aujourd'hui, ce sont les mêmes qui donnent des leçons de démocratie ?

Soyons sérieux

Dans tout véritable parti politique démocratique, la règle est simple :

Le parti décide pas le leader.

Les leaders vont et viennent. Les institutions demeurent.

C'est cela, la démocratie.

Et c'est précisément ce qui distingue le MMM.

Car le MMM repose sur deux principes fondamentaux :

- La démocratie

- La justice sociale

Mais ces principes ne sont pas en concurrence -- ils sont liés et interdépendants.

La démocratie est la fondation : elle donne la légitimité aux décisions.

La justice sociale est l'objectif : elle donne un sens à cette légitimité.

La démocratie détermine comment les décisions sont prises.

La justice sociale détermine ce que ces décisions cherchent à accomplir.

L'un est le système.

L'autre est le but.

Tout ce pour quoi le MMM s'est battu -- droits des travailleurs, équité, égalité -- découle de cette relation.

Le MMM ne se définit pas seulement par ce pour quoi il se bat, mais par la manière dont il décide -- et pourquoi il se bat.

C'est là que beaucoup se trompent :

La démocratie ne garantit pas la «bonne» décision.

Elle garantit un processus légitime.

Mais pour que ce processus ait du sens, il doit viser la justice, l'équité et l'égalité. Sinon, il devient vide -- une simple procédure sans finalité.

Oui, parfois, ce processus mène à des décisions contestées.

Oui, parfois, il peut mener à des erreurs.

Mais ces décisions appartiennent au collectif.

C'est le prix et la force de la démocratie.

Car sans démocratie, un parti cesse d'être une institution.

Il devient une machine personnelle. Une structure de contrôle. Une façade.

Et un parti qui ne fonctionne pas démocratiquement ne peut pas gouverner démocratiquement.

Ce n'est pas une théorie.

C'est une réalité politique.

Et c'est précisément contre cela que le MMM a été créé :

- Contre le népotisme.

- Contre les dynasties.

- Contre le favoritisme.

- Contre la domination.

- Pour la justice sociale.

- Pour l'équité.

- Pour l'égalité.

Mais tout cela commence et n'a de sens que dans un cadre :

La démocratie, au service de la justice sociale.

Aujourd'hui, le MMM est à un carrefour.

Restera t-il fidèle à ses principes fondateurs ?

Ou deviendra-t-il comme les autres ?

C'est le vrai test.

Le seul test qui compte.

Paul Bérenger est le fondateur et leader historique du MMM. Rien n'effacera ce qu'il a construit.

Mais l'avenir du MMM ne dépend pas d'un seul homme.

Il dépend d'un principe et d'un objectif :

La démocratie, au service de la justice sociale.

Parce que sans démocratie, le MMM perd sa structure.

Et sans justice sociale, il perd son âme.

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