Cameroun: Visite des évêques à la présidence - Ce que cachait vraiment la démarche avant la présidentielle

L'archevêque de Bamenda, Mgr Andrew Nkea, lève le voile. Sa visite au palais présidentiel avant le scrutin de 2025 n'avait rien à voir avec un soutien politique. Elle visait à décrocher une invitation d'État pour le Vatican. Une révélation qui éclaire d'un jour nouveau les allées et venues dans l'antichambre du pouvoir.

Pendant des mois, l'image a nourri les soupçons. Des évêques catholiques franchissant les grilles du palais présidentiel, au plus fort des consultations pour la réélection de Paul Biya. Beaucoup y ont vu un ralliement tacite. La réalité, dévoilée aujourd'hui par Mgr Andrew Nkea, est tout autre.

Une visite coincée dans une séquence politique

À l'époque, le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, multipliait les audiences. Élites du RDPC, partis affiliés, autorités traditionnelles et responsables religieux défilaient. L'objectif affiché : trouver les voies et moyens pour assurer la réélection du chef de l'État, alors âgé de 93 ans.

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Les évêques de la province ecclésiastique de Bamenda se sont présentés eux aussi. Leur présence a immédiatement été interprétée comme un soutien à la candidature de Paul Biya. Aucun démenti n'avait été formulé à ce moment-là. Le silence a alimenté la controverse.

Les vraies raisons d'une démarche sous couvert politique

Mgr Andrew Nkea explique aujourd'hui que l'objectif était de négocier une invitation d'État destinée au Vatican. Les évêques avaient déjà transmis leur propre invitation. Mais le Saint-Siège exigeait également un courrier officiel des autorités camerounaises pour valider un éventuel déplacement papal.

"Nous n'étions pas obligés de vous dire pourquoi nous y allions", a-t-il déclaré, assumant un secret politique. La concomitance avec les consultations pour la réélection présidentielle a été fortuite, mais elle a placé l'Église dans une position délicate. La nécessité de décrocher une invitation d'État a contraint les évêques à se mêler à un ballet d'acteurs politiques.

Comment le Vatican conditionne une visite papale

La procédure est claire : pour qu'un pape se rende dans un pays, deux invitations sont nécessaires. La première émane de la conférence épiscopale locale. La seconde est une invitation d'État émanant des autorités politiques. Sans cette double lettre, aucun déplacement n'est programmé.

Les évêques camerounais avaient déjà rempli leur part. Restait à obtenir le sésame officiel. Or, cette demande est tombée à un moment où la présidence concentrait ses efforts sur la réélection de Paul Biya. Les rendez-vous pour les invitations d'État se sont transformés, dans l'opinion, en ralliements politiques.

Cette clarification redessine le récit. Les critiques adressées à l'Église perdent leur fondement. Mgr Andrew Nkea appelle à "se taire et se concentrer sur des sujets plus importants". La hiérarchie catholique espère refermer une polémique qui a fragilisé sa crédibilité auprès de certains fidèles.

L'épisode illustre les interférences entre calendrier politique et agenda diplomatique. Une visite papale reste possible, mais le contexte d'une présidentielle contestée a compliqué la neutralité de l'Église. La frontière entre démarche diplomatique et soutien implicite s'est brouillée, laissant des traces dans la mémoire collective.

Les évêques sont-ils venus chercher une invitation ou se sont-ils laissés instrumentaliser par un agenda politique ? Mgr Andrew Nkea apporte sa version, assumant une discrétion qu'il juge nécessaire. L'histoire retiendra que la quête d'une visite papale a croisé la machinerie d'une réélection. Et que, dans cette zone grise, la vérité a mis du temps à émerger.

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