Guinée: Sports au pays - Cri d'alarme du Sambo face à une crise financière qui menace tout un système

interview

La situation des fédérations sportives guinéennes continue de susciter de vives inquiétudes. Dans une interview sans détour, Maître Bah Amadou Sadigou, président de la Fédération Guinéenne de Sambo et Disciplines Associées, dresse un tableau alarmant des difficultés financières qui minent le secteur depuis plusieurs années.

Des dettes accumulées et des engagements non tenus

Depuis la création de la fédération, les problèmes de financement semblent structurels. Selon son président, les frais liés aux compétitions internationales - hébergement, restauration, transport ou encore organisation - sont régulièrement préfinancés par la fédération elle-même, sans remboursement effectif de l'État. Pire encore, depuis 2022, les primes des athlètes, des entraîneurs et des arbitres ne seraient plus versées. Une situation qui fragilise profondément la relation entre les sportifs et leurs dirigeants. «Le non-paiement des primes crée une crise de confiance entre la fédération et les athlètes », déplore-t-il.

Aujourd'hui, certaines dettes contractées lors de compétitions, notamment au Cameroun, restent impayées, plaçant la fédération dans une situation financière critique.

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Une image du sport guinéen ternie à l'international

Au-delà des difficultés internes, c'est l'image même de la Guinée sur la scène sportive internationale qui est en jeu. Le président de la fédération dénonce des conditions de participation souvent précaires: délégations sans équipements adéquats, absence de prise en charge ou encore problèmes d'hébergement.

Des incidents récents, comme l'expulsion de sportifs guinéens d'un hôtel lors d'une compétition au Cameroun, illustrent cette réalité préoccupante. «La Guinée est aujourd'hui le seul pays où les fédérations voyagent sans moyens », affirme-t-il avec amertume.

Des talents découragés, un avenir compromis

Cette crise financière a des répercussions directes sur les athlètes. Faute de soutien, certains abandonnent tout simplement leur carrière sportive, malgré leur potentiel.

Le manque de rémunération des directeurs techniques nationaux ( DTN) et Entraîneurs - parfois depuis plus de 15 ans - complique également la formation de nouvelles générations capables de défendre les couleurs nationales. « Le sport de haut niveau commence par des moyens solides, de la base au sommet », rappelle le responsable.

Un appel pressant aux nouvelles autorités

Face à cette situation, Maître Bah Amadou Sadigou lance un appel au nouveau ministre de la Jeunesse et des Sports, M. Cellou Baldé, afin qu'il s'attaque en priorité aux dysfonctionnements du service financier (DAF).

"Je suis convaincu que M. le ministre de la Jeunesse et des Sports va opérer un changement et il prendra en compte non seulement le paiement de toutes les fédérations sportives nationales. Et d'ailleurs, je vais vous rappeler quelque chose, Mme la ministre de l'Économie, des Finances et du Budget, elle est pratiquante. Donc, elle-même connaît les souffrances, les difficultés que nous avons rencontrées ensemble sur le tapis jusqu'à aujourd'hui. Je pense qu'à son niveau, elle ne va pas tolérer de telles injustices", a-t-il indiqué.

S'il salue certains efforts du gouvernement, notamment en matière de délivrance des ordres de mission, il insiste sur la nécessité d'un changement profond et rapide. «Nous sommes endettés jusqu'au cou. Trop, c'est trop», martèle-t-il. Il appelle également à une meilleure gestion des subventions, jugées largement insuffisantes pour développer une discipline sportive.

Des opportunités déjà compromises

Les conséquences de cette crise ne sont pas seulement présentes, elles hypothèquent aussi l'avenir. À titre d'exemple, la Guinée pourrait manquer un stage international prévu au Maroc en avril 2026, destiné à former arbitres et entraîneurs. Une occasion manquée qui limiterait encore davantage la présence guinéenne dans les instances sportives africaines et internationales.

Une réforme attendue pour sauver le sport guinéen

Pour Maitre Bah, l'urgence est claire: restaurer la confiance, honorer les engagements financiers et mettre en place un système durable de soutien aux fédérations. «Le minimum, c'est de respecter les efforts de ces jeunes qui portent le drapeau national », conclut le président.

Alors que les regards sont désormais tournés vers les nouvelles autorités, une question demeure: le sport guinéen pourra-t-il sortir de cette spirale de précarité et retrouver le chemin de l'excellence ?

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