Paul Lamane Tine, chef de village de Nguène Sérère, dans la commune de Missirah, département de Tambacounda, depuis juillet 2019, est une mémoire de la localité où il vit depuis 1987. Ce chef de village entend oeuvrer comme intermédiaire entre ses administrés et l'administration communale pour résoudre des conflits liés à l'accès à la terre, l'aménagement territorial, entre autres. Père de neuf enfants, Paul est un acteur incontournable pour le dialogue et la concorde entre Sérères, Peuls et Bassaris.
C'est un homme plein de vie et de dynamisme qui nous accueille dans sa cour à l'entrée de la localité de Nguène Sérère. Paul Lamane Tine, chef de village de ladite localité depuis juillet 2019, est avant tout un homme au service des habitants de son village. De petite taille et les cheveux grisonnants, il nous sert une série d'amabilités avant de revenir sur ses multiples vies. Un grand voyage qui a débuté en 1963 à Pambal, région de Thiès.
Après des études primaires dans la zone, il obtient son Certificat de fin d'études élémentaires (Cfee) en 1977. Faute de moyens pour payer sa scolarité dans le privé, il abandonne les études. Après avoir quitté les bancs, Paul Lamane Tine ne reste pas les bras croisés et décide de subvenir aux besoins de la famille. Ainsi, après avoir travaillé comme maçon et un court passage en Mauritanie, il finit par atterrir à Nguène en 1987. Une trajectoire qui fait du chef de village la mémoire vivante de Nguène.
« Nous avons fait un convoi par train depuis Thiès de 60 familles en provenance de Fandène, Thialy, Mont-Rolland et depuis Tamba. Elles ont atterri à Nguène. Nous avons dû défricher toute cette zone pour pouvoir nous y installer. Depuis lors, nous avons pris souche dans cette terre », déclare-t-il.
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Flegmatique par nature, Paul Lamane Tine entend œuvrer comme intermédiaire entre ses administrés et l'administration communale pour résoudre des conflits liés à l'accès à la terre, l'aménagement territorial, entre autres. Ce père de neuf enfants se veut avant tout une courroie de transmission des valeurs de concorde et de dialogue qui ont forgé l'identité de la commune.
« Je travaille en parfaite collaboration avec mon collègue de Nguène Peul pour l'enregistrement des parcelles. Je fais tout mon possible pour aller à la rencontre des autres communautés pour cultiver l'harmonie et la concorde dans notre zone. J'essaie d'assister le plus souvent possible aux cérémonies religieuses musulmanes, afin de maintenir cette alliance », déclare-t-il.
Ce cultivateur de bananes, membre du Gie Yendounane, s'active aussi dans le maraîchage à ses heures perdues à Nguène. « Je ne tiens rancune à personne et j'essaie d'avoir tout le temps mon sang-froid dans n'importe quelle situation. Mais je n'aime pas la calomnie et la médisance. Pour moi, on doit être véridique et honnête avec son interlocuteur », dit-il.
Terre d'exil ou d'asile ?
Poursuivant, cet ancien menuisier métallique reste attaché à la parole donnée et se fait un point d'honneur à garder un lien avec sa terre natale. Nguène, exil temporaire ou vrai déracinement ? À cette question, Paul Lamane Tine ne veut pas se mouiller. « J'entretiens une relation féconde avec une partie de ma famille qui vit à Pambal. Mes filles sont toutes installées dans mon village d'origine et on échange régulièrement. Mais, désormais, ma vie est à Nguène où j'ai pris souche », soutient-il.
De son côté, Augustin Thiaw, ami et habitant de Nguène, ne tarit pas d'éloges sur son chef de village. « Monsieur Tine est un homme patient et plein de sagesse. Il privilégie la concertation avec tous les habitants avant de prendre toute décision concernant la vie de la communauté villageoise », informe-t-il.
Son fils, Alphonse Tine, parle d'un homme attentionné, qui s'imprègne de toutes les activités de la famille. « Notre père est attentif à tous nos problèmes et nous incite souvent à le consulter pour qu'il nous prodigue de bons conseils. Il insiste beaucoup sur les études et la régularité à l'école pour qu'on ait un meilleur avenir et qu'on subvienne à nos besoins quand nous serons grands », témoigne l'adolescent.