Ile Maurice: Yvan Martial - «Le MMM n'intéresse que les membres du MMM... nous sommes 1,2 million de Mauriciens»

La question de savoir si le MMM peut exister sans Paul Bérenger dépasse, pour Yvan Martial, le simple cadre partisan. Elle s'inscrit d'abord dans une réalité nationale. «La question, c'est est-ce que le MMM reste dans le gouvernement ? C'est la seule question qui intéresse les Mauriciens, nous sommes 1,2 million, et notre gouvernement intéresse tout le monde», affirme-t-il d'emblée, balayant l'idée d'un débat limité aux seuls militants mauves.

Dans son analyse, le scrutin des élections générales de 2024 a scellé une équation politique claire : une alliance forte autour de Navin Ramgoolam, consolidée par l'apport du MMM. «Pour moi, Ramgoolam seul aurait gagné les élections», avance-t-il, soulignant à la fois le poids électoral du parti et le déséquilibre institutionnel qui en découle.

Mais très vite, le regard se déplace vers les tensions internes. Yvan Martial insiste sur le fait que la crise actuelle ne relève ni d'un problème gouvernemental, ni même d'un problème structurel du MMM. «Ce n'est pas un problème du gouvernement, ni du MMM, le problème est entièrement dans la tête de Paul Bérenger, il ne sait pas ce qu'il veut», tranche-t-il.

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Une lecture volontairement abrupte, qui personnalise la crise et renvoie directement à la figure du leader historique. Dans ce contexte, le positionnement des élus favorables au maintien au gouvernement devient central. «Je suis très heureux que ces 16 députés assument pleinement leurs responsabilités et restent avec Navin Ramgoolam pour supporter ce choc externe», soutient-il, en référence aux pressions économiques internationales - hausse des coûts du pétrole, renchérissement du fret, dépréciation de la roupie - qui, selon lui, imposent une stabilité politique. «Nous sommes en train de payer les pots cassés, tous les prix de consommation importés vont augmenter», prévient-il, ancrant le débat politique dans une urgence économique tangible.

Sur le plan interne, Martial décrit un rapport de force encore incertain mais structuré. «Le bureau politique devrait pouvoir contrôler le Comité central et décider au moins le maintien du MMM au gouvernement», expliquet-il, tout en envisageant le scénario inverse : «Si le MMM se retire, ce n'est pas le problème du gouvernement, c'est un problème qui ne concerne que le MMM.»

Une manière de relativiser l'impact national d'une rupture. Son propos devient plus incisif lorsqu'il évoque l'histoire du parti. Il rappelle que Paul Bérenger n'est pas l'unique fondateur, mais qu'il a progressivement imposé son autorité. «Pendant toute l'existence du MMM, il n'a fait que ça, éliminer ceux qui lui tenaient tête», avance-t-il, évoquant une culture politique marquée par la centralisation du pouvoir.

Dès lors, la question de la démocratie interne s'impose comme le véritable noeud du problème. «Il y a deux écoles, celle qui dit : on vote, et la majorité décide, et si la majorité veut rester au gouvernement, on reste», explique-t-il, en opposant cette logique à une autre.

Et de poser frontalement l'enjeu : si la majorité tranche pour le maintien mais que le leader choisit de partir, «c'est Paul Bérenger qui décide seul et qui ne respecte pas cette majorité démocratique au sein de son parti». «La question qui se pose : est-ce que le MMM est un parti démocratique ou bien un parti où le culte de la personnalité atteint des sommets», lance-t-il.

Derrière cette interrogation, c'est toute la capacité du MMM à survivre à son leader qui est mise à l'épreuve. Car au fond, l'équation est simple mais lourde de conséquences : soit le parti s'inscrit dans une logique institutionnelle, capable de fonctionner indépendamment de Paul Bérenger, soit il reste indissociable de sa figure historique. Dans le premier cas, il amorce une transition politique majeure. Dans le second, la question de son avenir se confond inévitablement avec celui de son leader.

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