Cameroun: Etats-unis - Comment Trump a négocié en secret des expulsions contre 30 millions de dollars

30 millions de dollars, un silence diplomatique et 17 migrants déjà expulsés L'administration Trump a conclu un accord secret avec le Cameroun.

En échange de l'acceptation de migrants expulsés des États-Unis, Washington a débloqué 30 millions de dollars pour le bureau local du HCR. L'arrangement, révélé par des documents confidentiels du département d'État, intervient après que les États-Unis ont délibérément choisi de ne pas critiquer la répression meurtrière ayant suivi l'élection présidentielle camerounaise d'octobre.

Un accord négocié dans l'ombre de la crise post-électorale

L'élection présidentielle du Cameroun s'est tenue en octobre. Le président Paul Biya, au pouvoir depuis plus de quatre décennies, a été réélu dans des conditions contestées. Les forces de sécurité ont ensuite mené une répression sanglante contre les manifestants. L'administration Trump a opté pour le silence. Ce mutisme, selon des diplomates cités dans les documents, a servi de levier lors des négociations sur l'accord d'expulsion.

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L'accord d'expulsion entre les États-Unis et le Cameroun a été finalisé en novembre, lors d'une visite d'une équipe américaine à Yaoundé. Le 12 janvier, deux jours avant le premier vol transportant des migrants de Louisiane vers le Cameroun, le département d'État a annoncé un versement de 30 millions de dollars au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) au Cameroun.

La pression financière comme outil diplomatique

Le mécanisme est clair. Washington a utilisé l'argent du HCR comme levier. Un haut responsable camerounais a qualifié la manoeuvre de « chantage ». Selon un mémorandum de financement obtenu par le New York Times, le versement de 30 millions de dollars était lié à l'accord d'expulsion. Un responsable américain confirme que cette pratique s'inscrit dans une stratégie plus large : retenir des fonds destinés à des programmes onusiens spécifiques pour obtenir des accords de réadmission.

L'expulsion de migrants vers un pays tiers sans lien avec eux est une pratique qui se développe. Selon la commission sénatoriale des relations étrangères, les États-Unis ont déjà expulsé ou accepté d'expulser des centaines de personnes vers au moins 25 pays avec lesquels elles n'ont aucun lien. Le Cameroun constitue désormais un maillon de ce dispositif.

Des migrants protégés par la justice américaine livrés à l'incertitude

Les personnes expulsées dans le cadre de cet accord ne sont pas camerounaises. Les tribunaux américains avaient accordé à la quasi-totalité d'entre elles des protections empêchant leur renvoi vers leur pays d'origine. Certaines fuyaient la guerre, des persécutions politiques ou des violences liées à leur orientation sexuelle.

Pourtant, au moins 17 migrants ont été expulsés vers le Cameroun depuis janvier. À leur arrivée, ils ont été placés en détention dans un centre public de Yaoundé. Un représentant du ministère camerounais des affaires étrangères leur a déclaré, selon une vidéo obtenue par le Times : « Vous allez retourner dans votre pays. » La notion d'asile se définit comme une protection accordée à une personne fuyant des persécutions. Or, le même représentant a affirmé : « Vous n'êtes pas des réfugiés, vous ne pouvez pas demander le statut de réfugié au Cameroun. »

Une pratique qui s'étend et une absence de garanties

Les migrants déjà expulsés sont aujourd'hui dans une situation de non-droit, coincés entre une détention prolongée et la menace d'un renvoi vers des pays où ils risquent des persécutions. Le HCR, qui a reçu les 30 millions de dollars, affirme que cette somme n'a pas été affectée à l'aide aux expulsés. L'organisation dit n'avoir pas été informée du lien entre le versement et l'accord.

Si cette méthode se généralise, elle fragilise le droit d'asile international. Les pays de destination, confrontés à des pressions économiques et diplomatiques, acceptent de servir de zones tampon. Le précédent camerounais pourrait être reproduit ailleurs, créant un marché de la réadmission où les droits des migrants deviennent une variable d'ajustement budgétaire.

Une politique qui transforme des vies en monnaie d'échange

L'avocat de plusieurs expulsés a comparé l'accord à de la « vente de personnes ». Le Cameroun a accepté ce qu'un responsable a qualifié de « chantage », en espérant que cette coopération inciterait Washington à renvoyer également des dissidents camerounais en exil. Mais pour les migrants bloqués à Yaoundé, la question est plus immédiate : peut-on réellement négocier la dignité humaine contre des millions de dollars ?

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