L'enquête visant l'homme d'affaires malgache Mamy Ravatomanga, déjà marquée par des soupçons de blanchiment via des circuits commerciaux - notamment dans les filières du blé et de la farine - pourrait s'étendre à un dispositif plus vaste impliquant des entités et ressortissants mauriciens.
Un mémo détaillé, transmis à l'express et dont certains éléments sont évoqués dans les sphères d'enquête, fait état d'«un système présumé de fraude internationale actuellement examiné par les autorités». Le document décrit un mécanisme reposant sur une prise de contrôle contestée d'entreprise, des flux financiers importants et l'utilisation de circuits commerciaux susceptibles de masquer l'origine de certains fonds.
Selon ce mémo, un tournant intervient en avril 2019 avec la signature d'un «acte notarié frauduleux» par plusieurs ressortissants mauriciens, notamment Sohib Mohamed Nissaraly, Jaffar Hadjee Kamis Sahid Mahomed et Galib Asgaraly. Cette modification des statuts de la société Huilerie industrielle de Tamatave (HITA) aurait permis de «redistribuer 100 % des actions à eux-mêmes, effaçant ainsi la participation de la société mauricienne», jusque-là détentrice de 88 % des parts. Le document est présenté comme «une preuve prima facie de fraude».
Un ressortissant mauricien identifié comme A.R. est, quant à lui, présenté par les enquêteurs comme un acteur clé présumé ayant joué un rôle central dans ce dispositif. Il lui est reproché, selon le mémo, d'avoir «délibérément dépossédé son propre frère et ses cousins», tout en refusant de fournir des états financiers ou d'expliquer les flux en question.
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Sociétés écran
Dans la continuité de cette reconfiguration, le mémo évoque un présumé détournement systématique de fonds, portant sur «des dizaines de millions de dollars de bénéfices, dividendes et remboursements de prêts». Ces flux auraient transité vers Maurice, décrite comme le «nexus» du système, où ils auraient été «acheminés et obscurcis» via un réseau de sociétés.
Parmi celles-ci, Higglo International Trading Ltd est décrite comme un acteur central dans la structuration des transactions. Elle aurait agi comme intermédiaire commercial, achetant des matières premières avant de les revendre à HITA avec une majoration. Ce type de mécanisme, basé sur la manipulation des prix dans les échanges commerciaux, s'inscrit dans des pratiques pouvant relever du blanchiment basé sur le commerce, déjà évoquées dans le cadre de l'enquête Ravatomanga autour des filières du blé et de la farine.
Le mémo mentionne également Africom Limited, présentée comme une structure dont les flux financiers manquent de transparence et soulèvent des doutes. Il y est fait état de «plus de 900 000 dollars» ayant transité par cette entité sans qu'une explication détaillée de leur destination ne soit disponible. Une autre société, Outworld Ltd, aurait été impliquée dans des «transactions de prêt circulaires», contribuant à complexifier la traçabilité des flux.
Un système bien huilé
Le document fait référence à des «factures présentées comme irrégulières (ex. facture manuelle HT 0001)», utilisées pour justifier certains mouvements de fonds. Ces pratiques pourraient présenter des similitudes avec des schémas observés dans d'autres affaires de blanchiment basé sur le commerce.
Selon des informations disponibles, la Financial Crimes Commission (FCC) examine ces éléments dans le cadre de ses investigations en cours. Les documents évoqués - incluant relevés bancaires, contrats et actes notariés - suggèrent que Maurice aurait pu être utilisé comme plateforme de transit dans certains flux financiers allégués.
Au-delà des flux financiers, le mémo met en lumière une double dynamique. D'une part, une prise de contrôle contestée d'une entreprise stratégique à travers des modifications statutaires jugées irrégulières. D'autre part, l'utilisation de circuits commerciaux - incluant l'achat et la revente de matières premières - pour extraire et redistribuer des bénéfices.
Ce croisement entre captation d'actifs et mécanismes commerciaux complexes donne à l'affaire une dimension structurée, où les opérations économiques servent de support à des flux financiers difficiles à tracer. Dans ce contexte, les éléments évoqués pourraient suggérer des convergences avec les schémas déjà identifiés dans l'enquête visant Mamy Ravatomanga.
Les 5 millions de dollars vers Maurice
Un autre volet attire l'attention dans les développements récents à Madagascar : celui d'un transfert présumé de 5 millions de dollars vers Maurice dans le cadre de l'affaire de la société d'état Kraoma. Selon le Pôle anti-corruption (PAC) d'Antananarivo, cette somme ferait partie d'un droit d'entrée global de 35 millions de dollars exigé lors du remplacement de l'exploitant de la mine de chrome de Brieville, dans le centre de Madagascar, par la société Dana Minerals.
Une partie des fonds serait, selon les autorités, susceptible d'avoir été détournée de sa destination initiale -- Kraoma -- pour être versée à l'entité offshore Island Partners, basée à Maurice. Les autorités malgaches indiquent que cette structure serait domiciliée à la même adresse qu'une société liée à Ravatomanga, actuellement détenu à Maurice. Ce flux financier pourrait suggérer que Maurice soit un point de transit pour certains flux financiers allégués, dans un contexte plus large d'accusations de corruption, de trafic d'influence et de blanchiment de capitaux.