Dans le contexte de la guerre au MoyenOrient et de la fermeture du détroit d'Ormuz, les prix du pétrole ont flambé. Par conséquent, le Petroleum Pricing Committee (PPC) qui s'est réuni mardi, a procédé à un nouvel exercice de révision des prix, conformément au mécanisme en vigueur. Résultat, le prix du gasoil (diesel) est passé de Rs 58,95 à Rs 64,80 le litre, soit une augmentation d'environ 10 %. Si cette décision peut sembler technique, ses conséquences sont bien réelles. Le diesel, largement utilisé dans les activités professionnelles, devient un facteur de pression supplémentaire sur des coûts déjà en hausse. Les réactions n'ont pas tardé.
Claude Canabady, secrétaire général de l'Association Consumers Eye (CEA), souligne l'impact concret sur le coût de la vie : «Presque tout ce que nous consommons est importé et est impacté par le coût du fret. Les livraisons se font avec des véhicules utilisant du diesel. Évidemment, cela aura des répercussions sur les prix des denrées dans tous les commerces, et ce sont les pauvres consommateurs, qui en subiront les conséquences, comme toujours.»
Les importateurs et distributeurs répercuteront cette hausse sur le prix de vente, qui sera finalement payé par le client. «La situation pourrait encore empirer», prévientil. «Si le conflit au Moyen-Orient se poursuit, le prix du carburant continuera d'augmenter, avec de nouvelles répercussions.»
Outre les denrées alimentaires, le diesel est également essentiel pour la distribution de médicaments dans les pharmacies et établissements de santé, ainsi que dans le secteur de la construction pour le transport des matériaux. Cet effet domino sur le coût des matériaux et des transports se répercutera ainsi sur toute l'économie et sur le budget des particuliers qui souhaitent construire.
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Face au coût de la vie croissant, Claude Canabady recommande aux consommateurs de faire preuve de vigilance et d'organiser leurs dépenses. «Il faut chercher les promotions, établir un budget et ne pas emmener trop d'argent avec soi lors du shopping. Il est essentiel de dresser une liste de priorités, surtout pour ceux qui sont au bas de l'échelle. C'est pourquoi, au niveau de la CEA, nous affirmons que l'éducation des consommateurs doit rester une priorité.» Il propose aussi la création d'une plateforme comparative permettant de connaître les prix des produits dans différents points de vente. «Cela existe déjà au RoyaumeUni avec Trolley.co.uk pour les supermarchés et une telle plateforme aiderait beaucoup les consommateurs à faire face au coût de la vie élevé.»
Les services
Stephane Maurymoothoo, membre du Regrupman Artizan Morisien, ne cache pas son appréhension. «Nous nous attendions à cette hausse depuis le 1eᣴ mars. Et ce sont les petites et moyennes entreprises qui vont en payer le prix.»
Il rappelle que le Budget 2025-2026 n'a apporté aucun soutien concret à leur secteur. Pire encore, certaines mesures sont venues alourdir leur charge. La révision du seuil d'enregistrement à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), abaissé de Rs 6 millions à Rs 3 millions de chiffre d'affaires annuel depuis le 1er octobre dernier, concerne près de 7 000 petites et moyennes entreprises. Résultat : une TVA de 15 % désormais appliquée à de nombreux produits et services, contribuant à une hausse généralisée des prix.
Pour les professionnels, dont l'activité repose en grande partie sur l'utilisation de véhicules diesel - vans, camions ou utilitaires -, la facture s'annonce salée. «Nous devrons prévoir entre Rs 3 000 et Rs 5 000 supplémentaires par mois pour le carburant», explique-t-il, déplorant le manque de dialogue avec les autorités. «Nous n'avons jamais eu de rencontre avec le ministre de tutelle depuis sa prise de fonction.»
Transport public : Vers une hausse des tarifs ?
Alain Kistnen, secrétaire de l'Union of Bus Industry Workers (UBIW), anticipe déjà une hausse des tarifs du ticket d'autobus. «On nous dira que cette augmentation est inévitable mais ce sont encore les consommateurs qui devront payer alors que leurs revenus n'ont pas augmenté.»
Il pense que les compagnies d'autobus ne manqueront pas de réclamer davantage de subventions pour compenser la hausse des coûts d'exploitation, subventions qui seront puisées des fonds publics. Les habitudes des usagers risquent de changer. «À chaque hausse de tarif, certains passagers revoient leurs calculs et finissent par envisager l'achat d'un véhicule, parfois avec des facilités de crédit, ce qui change durablement la dynamique du transport.»
Alors que des négociations salariales et de travail sont en cours, cette hausse du diesel pourrait compliquer les discussions. «Les employeurs risquent d'invoquer l'augmentation des coûts pour refuser certaines revendications et les travailleurs seront pénalisés», prévient Alain Kistnen. 'appel à un dialogue renforcé entre autorités, opérateurs économiques et représentants des travailleurs se fait de plus en plus pressant.