Bruits des bombes au Proche-Orient obligent, la résolution votée par l'Assemblée générale des Nations unies, le 25 mars, stipulant que " la traite des Africains réduits en esclavage et l'esclavage racialisé des Africains constituent les plus graves crimes contre l'humanité..." n'a pas eu l'écho médiatique qu'induit l'importance de cette décision. Explosion par-ci, drones interceptés par-là, le tout dans une corrida de déclarations déterminées, triomphalistes ou invectivantes de Trump et Netanyahu, voilà qui fait les manchettes des médias.
Même Volodymyr Zelensky, le téméraire président ukrainien ne fait plus recette des unes de la presse bien que la Russie ait intensifié ses frappes contre son pays. " L'opération spéciale" de Vladimir Poutine est devenue d'une banalité routinière, comme la guerre au Soudan qui passe presque sous silence quand bien même des hôpitaux sont attaqués. Tout le monde n'a d'yeux que pour "l'escalade au Proche-Orient" en proie à la "Fureur épique" des Etats-Unis depuis 4 semaines.
Ainsi va le monde en 2026, en proie à de multiple conflits qui font oublier l'ONU et ses nobles idéaux de promotion de la paix, du droit international et de la coopération multilatérale. C'est devant ce triste constat d'une ONU à la voix inaudible, réduite à sa plus simple expression de "machin" bureaucratique, que la décision historique, à bien des égards, a été votée par l'Assemblée générale, stigmatisant la traite des Africains comme le pire des crimes contre l'humanité.
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Ce tardif devoir de mémoire pour les 20 millions de victimes que fit ce premier "holocauste" d'humains sur l'autel de la barbarie obscurantiste mercantiliste, mérite bien une minute de contre-silence médiatique. 1,5 à 2 milliards d'Africains ou d'origine africaine ont besoin de cet hommage, 500 ans après la tragédie chosifiant leur humanité en corvéable bête de somme. Mieux vaut donc tard que jamais, cette décision de l'ONU. Même s'il ne fait pas les gros titres des médias, il est désormais dans les annales de l'histoire qu'en mars 2026, que 178 pays ont voté à une écrasante majorité de 153 pour, 3 contre et 52 abstentions la forfaiture de la traite des Africains en pire crime de l'humanité.
Au demeurant, ce n'est pas un fait de hasard si c'est le Ghana qui a porté le projet de cette grande résolution onusienne. En effet, d'un, le Comptoir d'Elmina dans l'ancienne Gold Coast, a été avec celui de Ouidah au Dahomey, aujourd'hui Bénin et le Comptoir de l'île de Gorée au large de Dakar, les principaux ports du voyage sans retour des millions d'Africains arrachés des territoires intérieurs du golf de Guinée.
De deux, le Ghana est la patrie de Kwame Nkrumah, panafricaniste des premières heures, qui a lutté pour l'indépendance de son pays (1958) et la création de l'Organisation de l'Unité africaine, aujourd'hui Union africaine. Le président John Dramani Mahama, qui a porté la voix des 54 pays africains à l'Assemblée générale de l'ONU le 25 mars, peut se prévaloir légitimement d'être un digne héritier de Kwame Nkrumah et des autres panafricanistes de haut vol : Patrice Lumumba, Modibo Keïta, Sékou Touré, Thomas Sankara, etc.
Pour sûr cette grande résolution qui vient à la suite de la Journée internationale de commémoration des victimes de l'esclavage et de la traite transatlantique instaurée en 2007 va mettre du baume au coeur des néo-panafricanistes, des alter mondialistes et autres militants des droits de l'homme et des peuples. Le président John Dramani Mahama apporte de l'eau à leur moulin quand il a déclaré avant le vote de la résolution qu"'aujourd'hui, nous nous rassemblons dans une solidarité solennelle pour affirmer la vérité et ouvrir la voie à la guérison et à la justice réparatrice".
Au demeurant, selon l'exposé des motifs du vote de la résolution « la traite des Africains réduits en esclavage et l'esclavage racialisé des Africains constituent les plus graves crimes contre l'humanité, en raison de la rupture décisive qu'ils ont provoquée dans l'histoire mondiale, de leur ampleur, de leur durée, de leur caractère systémique, de leur brutalité et de leurs conséquences durables, qui continuent d'influer sur la vie de tous les peuples à travers des systèmes racialisés de travail, de propriété et de capital ». Une rupture qui n'a pas d'impact sur le présent et l'avenir car "les répercussions se font encore sentir aujourd'hui, notamment sous la forme d'un racisme anti-Noirs et d'une discrimination persistants"
Ces vérités historiques peuvent se rapporter aussi à la traite transsaharienne plus ancienne que la traite transatlantique. Des dizaines de millions d'Africains par ce biais ont été vendus au Proche et Moyen- Orient. Bien que l'on soit moins informé et documenté sur ce commerce odieux, il a été tout aussi systémique et abject que le commerce triangulaire vers l'Europe et les Amériques. Cet autre outrage contre la race noire en ajoute au besoin de crier, d'interpeler et de légiférer pour le "plus jamais ça".
C'est pourquoi, le représentant des Etats-Unis est loin de convaincre pour ne pas dire qu'il frise ridicule quand il déclare que les Nations unies "n'ont pas été fondées pour promouvoir des intérêts et des programmes étroits et spécifiques." On croirait entendre Jean Marie Lepen qualifiant la Shoa de "détails " de la Seconde Guerre mondiale.
On aura compris que les Etats-Unis font partie des 3 pays qui ont voté contre cette résolution historique avec l'Argentine et Israël. Les Etats-Unis n'ont pas seulement voté contre, par la voix de son ambassadeur à l'ONU, ils se sont déclarés contre toute réparation. Et pour cause : "Les torts historiques (de la traite des Africains) n'étaient pas illégaux au regard du droit international au moment où ils se sont produits ». Incroyable !
Alors, on fait quoi, monsieur Guterres ?