Le recrutement au sein des instances de sécurité, notamment la force policière et le système carcéral, revient au coeur des préoccupations. Comme dans plusieurs secteurs, les jeunes semblent de moins en moins enclins à embrasser ces carrières jugées exigeantes.
En cause : des conditions de travail perçues comme difficiles, le risque de burn-out et des avantages jugés insuffisants, malgré certaines mesures mises en place pour attirer de nouvelles recrues.
En novembre dernier, 407 jeunes se sont engagés dans un programme de formation de six mois en vue de devenir agents de police. Un chiffre encourageant, mais qui ne masque pas la baisse d'attractivité du métier. Pour le Sub-Inspector Satish Buljeeon, président de la Police Fighters Union (PFU), des ajustements sont en cours afin de répondre à ce déficit de candidatures. «Nous avons soumis des propositions au commissaire de police, validées par le bureau du Premier ministre. Les critères de recrutement seront assouplis.»
Parmi les changements envisagés, la taille minimale requise pour les hommes passera de 1m70 à 1m68, et le tour de poitrine de 84 cm à 80 cm. Pour les femmes, la taille minimale sera réduite de 1m63 à 1m61. «L'objectif est de pallier le manque de personnel», préciset-il, tout en espérant élargir le bassin de recrutement.
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Autre levier avancé : la rémunération. Selon le syndicaliste, les recommandations du Pay Research Bureau pourraient jouer un rôle incitatif. «Une recrue percevait environ Rs 18 000 auparavant. Aujourd'hui, le salaire de base peut atteindre Rs 27 905. Cela pourrait susciter davantage d'intérêt lors du prochain exercice de recrutement», estime-t-il.
Toutefois, au-delà du salaire, la question des conditions de service demeure centrale. Le président de la PFU entend d'ailleurs solliciter le commissaire de police pour trouver des solutions durables afin de limiter les départs précoces. Il nuance toutefois les critiques sur la pénibilité du métier. «Je ne dirais pas que les conditions sont difficiles, mais les jeunes d'aujourd'hui recherchent davantage de confort. Une certaine rigueur est pourtant indispensable dans les forces de l'ordre», soutient-il.
En quête de nouvelles vocations
Selon lui, les mentalités ont évolué. «Autrefois, les jeunes étaient motivés pour aller en patrouille. Aujourd'hui, ils préfèrent des postes administratifs. Pourtant, l'entraînement actuel est moins dur qu'avant», observe-t-il. Il évoqueégalement la question des allocations, jugées peu attractives. «Les compensations sont minimes. Par exemple, le travail dominical n'est plus rémunéré comme auparavant. Cela n'encourage pas à faire carrière», déplore-t-il.
La problématique ne se limite pas à la police. Du côté du système carcéral, le constat est tout aussi préoccupant. L'ancien commissaire des prisons Dev Jokhoo avait récemment évoqué un manque de personnel, qu'il attribue notamment à des salaires peu compétitifs. Une situation qui affecte à la fois la surveillance et la prise en charge des détenus.
Un constat partagé par Narendranath Gopee, négociateur de la Federation of Civil Service and Other Unions. Il souligne la spécificité du milieu carcéral, où les défis sont particulièrement complexes. «La prison ne fonctionne pas comme la police. Il y a des profils de détenus très variés, y compris des criminels endurcis. Et les effectifs sont insuffisants pour assurer une gestion optimale», explique-t-il.
Selon lui, les tensions et bagarres en milieu carcéral sont souvent exacerbées par ce manque de personnel. «Les détenus sont conscients des faiblesses du système. Lorsqu'un incident éclate, il est parfois difficile pour les gardiens de reprendre rapidement le contrôle», affirme-t-il. Il plaide ainsi pour un renforcement des effectifs dans les prisons, estimant que les besoins y sont encore plus urgents que dans la police.
L'attractivité du métier de gardien de prison reste toutefois faible. «Les jeunes préfèrent intégrer la police. Les interventions se font en équipe, avec l'appui d'unités spécialisées comme la Special Supporting Unit. En prison, ce soutien n'existe pas de la même manière», souligne-t-il. À cela s'ajoute la perception d'un métier à haut risque. «Même si les cas extrêmes sont rares à Maurice, les exemples à l'étranger marquent les esprits et peuvent décourager», ajoute-t-il.
Des efforts ont pourtant été consentis, notamment pour encourager la participation des femmes à travers des critères de recrutement assouplis. Mais cela n'a pas suffi à inverser la tendance. «Beaucoup considèrent qu'il s'agit d'un travail difficile et dangereux», note le syndicaliste.
Face à ces défis, une réflexion plus large s'impose. Narendranath Gopee appelle à la tenue d'une table ronde réunissant gouvernement, secteur privé et syndicats afin d'analyser en profondeur la situation. «Il faut repenser le système dans son ensemble. Le travail de terrain doit être valorisé, et des solutions concrètes doivent être trouvées pour rendre ces métiers plus attractifs», insiste-t-il.
Dans un contexte où la sécurité publique repose sur des ressources humaines suffisantes et motivées, l'enjeu est de taille. Entre ajustement des critères, amélioration des conditions et revalorisation des carrières, les autorités sont appelées à agir rapidement pour inverser la tendance et susciter de nouvelles vocations.
Agressions et harcèlement contre la police : 39 condamnations recensées
Répondant à une question parlementaire du député Farhad Aumeer, mardi, le Premier ministre Navin Ramgoolam a dressé un état des lieux des agressions et cas de harcèlement visant les policiers. Selon les données fournies par le commissaire de police, 247 personnes ont été arrêtées pour agression contre des représentants des forces de l'ordre entre le 1er janvier 2024 et le 19 mars 2026.
À ce jour, 27 condamnations ont été prononcées. Par ailleurs, les cas de harcèlement - une infraction distincte - totalisent 144 personnes inculpées, pour 12 condamnations. Au total, 39 condamnations ont été enregistrées pour ces deux types d'infractions. Ces chiffres mettent en évidence une problématique persistante, soulignant les défis liés à la protection des forces de l'ordre dans l'exercice de leurs fonctions.