Cameroun: Les enfants d'Anicet Georges Ekane saisissent la justice en urgence pour ses obsèques

Un homme politique meurt en détention. Sa famille se bat devant les tribunaux pour organiser ses funérailles.

Anicet Georges Ekane, président du parti politique MANIDEM, est décédé le 1er décembre 2025 à 7 heures du matin. Il se trouvait alors en garde à vue au centre médical de la gendarmerie nationale, placé sous la responsabilité des Services Centraux de Recherches Judiciaires (SCRJ). Les circonstances exactes de ce décès demeurent, à ce jour, officiellement non élucidées.

Un dossier sous scellés, une famille tenue à l'écart

Le corps d'Ekane a été placé sous scellés à la morgue de l'hôpital Central de Yaoundé, dans le cadre d'une enquête judiciaire ouverte pour déterminer les causes du décès. Le 21 janvier 2026, ses trois fils le Docteur Muna Ekane (Paris), Elombo Bomono Ekane (Amiens) et Mukate Sankara Ekane (Atlanta) ont saisi le Commissaire du Gouvernement près le Tribunal Militaire de Yaoundé pour obtenir la levée des scellés. Cette levée a été accordée.

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Mais le 3 mars 2026, les requérants découvrent via les réseaux sociaux que la dépouille a été transférée par voie aérienne vers la morgue de l'hôpital Laquintinie de Douala. Sans notification préalable. Sans leur consentement.

Une veuve qui agit seule, des héritiers qui saisissent le juge

Madame Ekane née Sogue Jeanne Edwige, veuve du défunt, aurait pris des initiatives unilatérales concernant l'organisation des obsèques, sans concertation avec les ayants droit. Une demande d'emplacement pour un mausolée au cimetière de Bafoussam-Plateau a par ailleurs été rejetée par l'autorité religieuse compétente.

Face à ce désordre, les trois fils ont mandaté Maître Sylvain Oum (Enonchong Chambers), avocat au Barreau du Cameroun, pour déposer une requête en référé d'heure à heure devant le Président du Tribunal de Première Instance de Douala Bonanjo, le 23 mars 2026. Le fondement juridique invoqué est l'article 184 du Code de Procédure Civile et Commerciale du Cameroun (CPCCC), qui permet une saisine d'urgence en cas de péril imminent.

L'urgence juridique face au péril sur la dépouille

Le référé d'heure à heure est une procédure d'exception. Elle suppose une urgence telle que même le délai ordinaire de convocation ne peut être respecté. Les requérants en identifient trois : l'absence d'accord sur la date et l'organisation des funérailles, le risque d'atteinte à l'intégrité physique de la dépouille, et la multiplication d'initiatives unilatérales par des tiers.

Ils demandent au juge d'ordonner l'assignation en urgence de la directrice de l'hôpital Laquintinie, de la veuve et du Vice-Président du MANIDEM. L'ordonnance sollicitée devra être exécutoire sur minute et avant enregistrement, c'est-à-dire applicable immédiatement, sans attendre les formalités d'archivage judiciaire.

Quand la mort en détention prolonge le conflit au-delà du décès

Cette affaire illustre un phénomène documenté dans plusieurs États africains : la mort d'un détenu politique génère un vide procédural que les familles éclatées et les partis politiques exploitent, parfois simultanément. Le MANIDEM reste actif politiquement. La dépouille de son fondateur devient, dans ce contexte, un enjeu symbolique autant que juridique.

À court terme, la décision du juge des référés de Douala déterminera qui contrôle l'organisation des obsèques. À moyen terme, l'enquête sur les circonstances du décès en détention reste ouverte une procédure qui pourrait aboutir à des mises en cause pénales. À long terme, cette affaire pose la question structurelle de la protection juridique des ayants droit face à l'administration pénitentiaire et aux partis politiques en cas de décès sous garde.

La mort d'Anicet Georges Ekane sera-t-elle un jour officiellement expliquée ou restera-t-elle, comme tant d'autres, ensevelie sous les procédures ?

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