Ile Maurice: Miser sur la production locale pour faire face aux crises

Produire local pour tenir bon dans un monde incertain. C'est le message qui a dominé l'ouverture du Grand Salon de l'industrie locale et du savoir-faire mauricien, lancé hier au Swami Vivekananda International Convention Centre (SVICC), à Pailles.

Pendant trois jours, industriels, PME, institutions et entrepreneurs s'y retrouvent pour défendre une idée simple mais stratégique : renforcer la production locale face aux incertitudes économiques internationales.

Organisé par La Sentinelle Ltd et Business Publications Ltd, en collaboration avec le ministère de l'Industrie, des PME et des coopératives et l'Association of Mauritian Manufacturers (AMM), le salon se veut à la fois vitrine du Made in Moris et plateforme de dialogue entre acteurs économiques. Mais au-delà de l'exposition de produits et services, l'événement intervient dans un moment charnière pour l'économie, marquée par des tensions géopolitiques persistantes, des chaînes d'approvisionnement fragilisées et une pression accrue sur les coûts de production.

Le secteur automobile au salon met en avant des véhicules adaptés au marché mauricien, exposés par Tata Motors et Ridara.

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Prenant la parole en ouverture, le CEO de La Sentinelle Ltd, Areff Salauroo, a insisté sur la dimension collective de l'initiative. «Le grand appel de ce salon repose sur quatre objectifs : soutenir, encourager, aider et promouvoir notre industrie locale.» Dans un environnement économique en mutation rapide, a-t-il souligné, accompagner les entrepreneurs et encourager l'innovation demeure essentiel pour renforcer l'autonomie productive du pays.

Le président de l'AMM, Lawrence Wong, a replacé la tenue du salon dans un contexte international «particulièrement incertain». Selon lui, les tensions entre grandes puissances continuent d'affecter directement les marchés, les coûts et les chaînes logistiques, avec des répercussions immédiates pour les entreprises locales. «Maintenir un événement comme celui-ci dans le contexte international actuel est un choix courageux», a-t-il déclaré, saluant la capacité des industriels à continuer d'investir malgré les pressions. «Malgré la hausse des coûts, ils continuent de produire, d'investir et d'explorer de nouveaux débouchés. Ce sont eux que nous célébrons aujourd'hui.»

De g. à dr. Maurice Allet, chairman Mauritius Ports Authority, Aslam Hosenally, lord maire, le ministre Meea, Nad Sivaramen, directeur des publications de La Sentinelle Ltd et Areff Salauroo.

Il a également plaidé pour des décisions rapides afin de consolider la position de Maurice comme plateforme manufacturière et logistique régionale, rappelant que ces ambitions ne pourront se concrétiser sans coordination étroite entre secteur public et secteur privé.

Procédant à l'ouverture officielle du salon, le ministre de l'Industrie, Adil Ameer Meea, a insisté sur la portée symbolique de l'événement dans la trajectoire économique du pays. «Ce salon n'est pas un événement comme les autres. C'est une vitrine, une rencontre, mais surtout un message fort : Maurice produit, Maurice innove et Maurice crée.»

Au salon, les produits biologiques locaux se démarquent : Phertibio présente des fertilisants naturels pour un sol plus sain et une agriculture durable.

Rappelant le rôle central de l'industrie manufacturière depuis l'indépendance, il a souligné que le secteur reste aujourd'hui un pilier de l'emploi et de la création de valeur, malgré les contraintes liées au coût des intrants et à la dépendance aux importations. Dans ce contexte, soutenir la production locale relève aussi d'un engagement citoyen. «Acheter local, ce n'est pas seulement un acte économique, c'est un acte citoyen.»

À travers la diversité des exposants présents, de l'agroalimentaire à la production manufacturière, en passant par les services, l'innovation et l'entrepreneuriat, le salon illustre une industrie en transformation, appelée à monter en gamme et à renforcer sa compétitivité.

Sur le stand de Soya World, Jean-Luc How Yew Kin décline le teokon en plusieurs saveurs, tandis que Maudodo présente ses «fruit pastes» au letchi et au moringa, illustrant la créativité et le savoir-faire alimentaire local.

Derrière les stands et les démonstrations, c'est surtout une question de résilience économique qui se joue. Dans un environnement international imprévisible, produire davantage localement apparaît plus que jamais comme un levier stratégique pour sécuriser l'emploi, soutenir l'innovation et consolider les bases de la croissance nationale. Le salon se présente ainsi moins comme une simple exposition que comme un rappel : l'avenir industriel du pays dépend aussi des choix faits aujourd'hui par ses entreprises, ses insti- tutions et ses consommateurs.

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