C'est une vie de service, de partage de connaissances et de valeurs. Un engagement farouche pour faire des nouvelles générations des « relais d'honneur » dans la construction de la Côte d'Ivoire.
« La señora Ana Maria es una apasionada ». La passion lui donne des ailes et fait de cette femme menue une boule d'énergie qui peut fixer son horizon sans voir le moindre plafond de verre.
Ses camarades de la promotion 1989 du lycée Sainte Marie se souviennent encore de cette condisciple excédée d'entendre que l'avenir appartient aux sciences et qui a osé prendre la parole devant Balla Kéita, le tout puissant ministre de l'Éducation nationale de l'époque pour rappeler que « sciences sans conscience n'est que ruine de l'âme ». Une anecdote certes, mais surtout un trait de caractère.
Akoua Attièma Anne-Marie Brou ne recule devant rien pour dire sa vérité et pour défendre ses convictions. Le mini pouce de la Terminale A2, est aujourd'hui une cheffe d'établissement qui veut faire de l'école le réservoir de tous les talents. Et elle n'a rien perdu de sa fougue. « Je suis une passionnée et tout ce que je fais, je le fais avec mon être entier. », affirme l'inspecteur principal (option espagnol).
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Elle a fait partie des femmes cheffes d'établissement retenues par l'Unesco Côte d'Ivoire pour raconter des « histoires d'éducation » et mettre en valeur le travail de ces femmes qui remodèlent des destins.
La quinquagénaire est depuis la rentrée 2025-2026 la principale du collège moderne de Kpouébo, localité du département de Toumodi. On y accède au bout d'une piste de 15km à partir du carrefour Moronou sur l'Autoroute du Nord.
C'est par un après-midi qu'elle découvre son lieu d'affectation, un établissement perdu dans son écrin de nature entouré de collines. Ce jour-là, parce qu'elle a le goût des défis, l'excitation prend vite le dessus sur l'appréhension. La nouvelle principale choisit de voir dans ce désert, une terre nouvelle où elle peut fleurir, faire naître un immense jardin et voir germer des fruits aux parfums et aux saveurs exquises qui nourrissent la magie du monde.
Dans ce collège où les élèves passent du français au baoulé sans tourner la moindre page, elle sait que rien n'est gagné d'avance mais que le meilleur est possible. Pour sa nouvelle mission, elle peut puiser dans sa belle expérience. En effet, l'enseignante d'espagnol de formation a été dans l'encadrement de plusieurs établissements d'excellence.
Un lieu d'épanouissement d'où sortiront des élites
« En fait, le nom du village est « Kpèbo » c'est-à-dire ne pas rester à la superficie (pour appréhender un problème) mais aller à la racine (pour la prise en charge des élèves). Alors « Kpèbo » pour chaque enfant à nous confié », explique la responsable. Elle souhaite que ses actions fassent voir l'éducation autrement.
Tout enfant souligne-t-elle, est un projet à développer. Et bien plus que des connaissances livresques, ce sont les valeurs inculquées qui font les grands hommes, et les femmes d'impact capables de changer la face du monde. Alors dans son approche managériale, elle s'efforce pour chaque élève de « discerner la ligne de l'élan créateur et la seconder ».
« Tous les élèves doivent retenir que le retour d'investissement qui est attendu d'eux c'est d'être des relais d'heure, des relais d'honneur », insiste la cheffe d'établissement. Les apprenants sont donc formés à la responsabilité et au service. À ces valeurs, elle ajoute l'estime de soi surtout pour les jeunes filles.
L'ancienne élève du lycée Sainte Marie accorde une attention spéciale au maintien des jeunes filles dans le système scolaire et à leur réussite.
Des belles dames, belles d'âme
Des filles qu'elle veut brillantes, belles de l'extérieur et à l'intérieur. Elle a donc créé un club afin de les former, leur présenter des modèles féminins dont leurs mères, réveiller le leadership qui sommeille en elles et les aider à le construire... Le club des élèves filles est baptisé « le club des belles dames, belles d'âme », un clin d'oeil aux femmes de la promotion 1989 du lycée Sainte Marie à laquelle Anne-Marie Brou appartient.
Les actions en faveur des filles sont diverses et multiformes, parmi lesquelles, l'opération « zéro jour perdu » : les jeunes élèves filles ne doivent pas perdre d'heures de cours parce que surprises par leurs menstrues. L'établissement dispose d'un stock de garnitures gratuites de dépannage. Plus besoin donc d'aller à la maison et risquer de ne plus revenir et perdre la journée. Un accent est aussi mis sur la sensibilisation pour lutter contre le décrochage scolaire surtout des filles et les grossesses précoces. Elle se bat pour la réhabilitation d'un local pour en faire l'espace filles.
La principale est très engagée dans la promotion de l'égalité et de l'équité du genre et de la lutte contre le décrochage scolaire dont elle a d'ailleurs fait le thème de son rapport de stage d'adjoint au chef d'établissement.
Cette éducatrice a été le point focal de tout ce qui a trait à la politique du genre dans tous les établissements où elle est passée avec la mise en oeuvre des Fora communautaires de sensibilisation sur les Violences basées sur le genre en milieu scolaire (Vbgms).
Engagée pour l'autonomisation des mères
À Kpouébo, Anne-Marie Brou a mis sur pied le club des mères pour faire de ces dernières, des alliées pour l'édification de cette race d'Ivoiriennes qui aura son mot à dire partout où se jouera le développement et l'avenir de la Côte d'Ivoire. Car mieux que quiconque notre cheffe d'établissement sait que derrière les résultats des établissements d'excellence, il n'y a pas de formule magique mais de la discipline, du travail et la volonté de porter haut une renommée.
Selon elle, ce club permet de régler en amont les gros problèmes de motivation et de manque de moyens qui poussent les filles à se livrer au premier venu. Le club est un outil pour l'autonomisation des mères et le renforcement de la prise en charge des filles. « L'éducation des mères est le levier le plus puissant pour garantir que les filles restent à l'école », explique-t-elle, les yeux rivés sur les indicateurs de performance.
Ainsi, dans le secteur de l'éducation, loin des projecteurs, Anne-Marie Brou, se veut l'architecte qui redessine les lignes et les courbes de nos pays par la formation des futures générations. Cette enseignante nous rappelle que l'éducation plus qu'un simple gagne-pain est un sacerdoce.
Chaque jour, elle se lève le coeur à la tâche et la tête pleine des paroles du chant patriotique « le travail de mille générations ». Et le soir venu, elle peut dormir la conscience tranquille d'avoir fait et bien fait ce qu'elle doit à son beau pays.