L'Iran a tiré deux missiles sur Diego Garcia. L'un a été intercepté en plein vol. L'autre s'est écrasé en mer après avoir connu des défaillances majeures. Pourquoi en faisons - nous une telle affaire ? N'avons - nous pas assez de soucis comme ça, qu'il faut se croire visés ?
Diego Garcia est à 2 000 kilomètres de Maurice. Il y a une base américaine là-bas ; et c'est cette base qui a été visée, et elle saura se défendre. Pour le moment, ce territoire, c'est encore celui du British Indian Ocean Territory (BIOT). D'ailleurs, Misley Mandarin, Premier ministre autoproclamé des Chagos, ne se débat-il pas toujours avec les décisions du judiciaire du BIOT, qui comprend un magistrat, une Cour suprême, une cour d'appel et, recours ultime, le Conseil privé du Roi, ne vous en déplaise… ?
Un missile dont le système de guidage se tromperait de cible de 2 000 kilomètres… dans exactement la direction qu'il faut, ça n'existe pas ! On peut même rassurer les Chagossiens qui voudraient retourner dans leurs îles : Peros Banhos, par exemple, est à 220 kilomètres de Diego, ce qui est suffisamment éloigné pour être à l'abri. À moins d'un tsunami, causé par une bombe nucléaire peut-être ? Mais ce serait là tomber dans du catastrophisme caractérisé !
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Personne ne sait ce qui peut se passer pendant le prochain bail de 99 ans. Si une guerre quelconque se déclenchait, avec les Américains au beau milieu, on se rappellera seulement que les États-Unis possèdent et gèrent plus de 800 bases militaires d'intérêt pour un ennemi, incluses 128 à l'étranger, dont Diego. Vous voyez mieux le scénario maintenant selon les lois de la probabilité…
On devrait plutôt se soucier de notre économie plombée que des missiles iraniens qui plomberaient !
Nous n'avons fait AUCUN progrès sur le plan de l'énergie renouvelable. La part du renouvelable a, de fait, reculé à 18,2 %, alors que les farceurs qui nous gouvernaient précédemment nous promettaient du 60 % pour 2030. Ceux qui sont aux commandes actuellement (on les espère moins farceurs...) ont reculé cet objectif de 60 % à 2035. Notre dépendance à l'énergie importée est devenue encore plus forte ! Le baril de Brent a augmenté de 52 % depuis le début de la guerre en Iran. Le prix du gaz en Europe a bondi de 88 % ! Le charbon, par contrecoup, est monté à 147 dollars la tonne, soit +39 %. Avant la guerre en Iran, nous importions environ 84 milliards de roupies de pétrole et de charbon… Faites le calcul !
Qui s'attend encore à des baisses de prix de sitôt, d'autant que The Economist souligne que, même si les ayatollahs de la guerre d'Iran - Netanyahu et Trump compris - signaient un accord de paix demain, les marchés de l'énergie ne se stabiliseraient pas avant au moins quatre mois et ne retourneraient pas à la normale avant le prochain hiver dans l'hémisphère nord… En effet, la disruption causée par seulement trois semaines de guerre ne s'efface pas instantanément : des raffineries bombardées demandent parfois jusqu'à deux ans pour être réparées ; Ormuz doit être dragué et déminé ; les assureurs doivent revenir à de meilleurs sentiments ; les supertankers travaillent, pour le moment, ailleurs ; les investissements destinés à de nouvelles capacités vont être détournés vers les réparations, etc.
Je n'ai pas vu un State of the Economy actualisé après un an de pouvoir du nouveau gouvernement. On nous avait pourtant promis cette transparence ! Peut-on conclure que, SDDS+ ou pas, zafer pa bon?
Le dernier bulletin de la Banque centrale, publié en février, indique au moins autant. Si l'inflation pour 2025 est vraiment maintenue à 3,7 %, après les 10,8 % de 2022 et les 7,0 % de 2023, et si le revenu national brut par tête va continuer à augmenter nominalement (grâce à la roupie dépréciée et à la population qui se réduit), nous avons des défis énormes au niveau du commerce international, nos exportations ne couvrant plus qu'un tiers de ce que nous importions en 2025, alors que la balance des comptes courants est, une fois encore, déficitaire, cette fois de Rs 51,5 milliards à juin 2025 ! La dette gouvernementale, selon le même bulletin, a augmenté de 73,2 % fin 2023 à 77,6 % fin 2024 pour atteindre 80,6 % du PIB fin 2025... Avec la dette du parapublic à un peu plus de 10 % du PIB, la barre des 90 % sera crevée, ce qui n'était pas prévu… Les revenus de taxe de Rs 189 milliards (+18,4 % vs 2024-25) se confirment avoir été trop optimistes ? On ne parle pas encore des Rs 10 milliards vaporeux des Chagos...
Le rapport de l'Audit 2024-25, quant à lui, indique, au tableau 2-7, au 30 juin 2025, que la dette nette du secteur public est supérieure aux estimations de Rs 29 milliards et que le PIB est de… Rs 81,8 milliards plus faible que prévu ! Le déficit budgétaire estimé à Rs 26,8 milliards pour 2024-25 explose à Rs 66,8 milliards. Le tableau 2-10 voit le service de la dette bondir à Rs 174 milliards pour 2024-25 (+38 %). Le tableau 2-15 montre notre capacité grandissante à dériver des déficits courants budgétisés : le 0,2 % du PIB prévu pour 2023-24 est devenu... 3,4 % (x17), le 0,4 % de 2024-25 atteint... 5,9 % (x15). Pour rappel, Rs 21,4 milliards d'investissements du gouvernement sont évalués à... zéro, et le retour sur Rs 85 milliards d'investissement a baissé de 1,27 % à 0,5 % à juin 2025. Taux d'épargne en banque : 3,1 % ! Rs 47 milliards de projets sont «bloqués» ! Par qui ? Pourquoi ?
Pour tout couronner, le déficit accumulé face au Consolidated Fund passe de Rs 16,1 à Rs 101,2 milliards, ce qui ne laisse que Rs 9,1 milliards comme actifs nets (p. 908) ! À comparer avec le TOP 10 du secteur privé, ce n'est vraiment pas la gloire ! Il est vrai qu'on doit encore compléter la liste d'actifs et de réévaluations...
Et les (ir)responsables se feront évidemment rares maintenant que les élections sont derrière nous ? Quelqu'un perd-il son sommeil sur ces chiffres-là ?
Au port, aucun «changement» ne semble possible sans courage politique, et il n'y en a aucun de visible pour le moment. À Air Mauritius, c'est inquiétant, dit Bérenger. Personne ne semble se soucier des responsables des Rs 8 milliards perdues à la Silver Bank ou des «investissements» de la MIC qu'il faudra provisionner.
La productivité nationale n'intéresse personne, les Special Funds de réserve pour une prochaine urgence sont épuisés et l'avenir des fonds de pension est, pour le moins, en délicatesse. Les prêts du métro (ainsi que les pertes …) devront être couverts ; les casinos saignent toujours ; les fonds de pension dits de defined benefits portent toujours un déficit actuariel d'au moins Rs 178 milliards (p. 49 du rapport de l'Audit). La CWA, qui est financièrement déficitaire, «perd» toujours 62 % de l'eau qu'elle traite ; la WMA est toujours dans la merde… Et pourtant, une journaliste demande au Premier ministre quel «soulagement» prépare le gouvernement pour son bon peuple ; les consommateurs pourchassent toujours le rêve (le délire ?) de la baisse des prix ; et les syndicats veulent évidemment plus, tout de suite…
Le rapport de l'Audit nous donne quelques pistes de gaspillages à pourchasser et d'options à saisir. Il y a Rs 1,4 milliard de loyers impayés au ministère des Terres (comment a-t-on pu laisser autant s'accumuler SANS terminer les contrats ?). Il y a aussi Rs 45,6 milliards «à recevoir» à la MRA, dont Rs 33,5 milliards pour taxes diverses, desquels Rs 13,4 milliards sont estimées «encaissables» rapidement (40 %), les autres 60 % étant in dispute. Des 363 recommandations de l'avant-dernier audit, seuls 41 % ont été mis en place complètement. À quoi peut-on s'attendre pour les 720 recommandations du dernier rapport ? 90 % d'implémentation devrait être possible et aider ! L'Économie bleue a produit de nombreux rapports depuis 2013, mais sa contribution au PIB n'a pas bougé d'un iota, la nation important deux tiers de sa consommation annuelle (conserveries incluses, j'imagine...). On discute toujours de... gouvernance ! Privatiser, peut-être, plutôt qu'un nouveau rapport ?
Il y a 117 organisations statutaires parapubliques dans ce pays, dont 56 n'ont pas soumis 183 rapports annuels prévus ! Pourquoi ne pas fermer nombre d'entre eux, s'ils sont incapables de justifier leurs dépenses ou leur utilité ? L'Annexe 1 fait une liste intéressante d'une multitude de ces organismes qui illustrent à quel point nous sommes embourbés en termes de bureaucratie, de transferts sociaux et d'opacité.
Le champion toutes catégories est sans doute le Mauritian Cultural Centre Trust, qui ne publie aucun compte depuis… 21 ans. Le Professor Basdeo Bissoondoyal Trust Fund le talonne avec 17 ans. Dix autres accumulent des retards de cinq ans ou plus. Ils ont tous un board rémunéré ? Des voitures duty-free ? Des per diem pour des conférences ? Il y a d'autres gros morceaux, nous y reviendrons, mais chaque sou va compter désormais !
Bérenger n'est plus là, lui… Confronté directement aux problèmes, aux Finances, il aurait pourtant été au pied du mur !
Assez de politique, foutour ! Il faut sauver le soldat «Économie/Finances». Sinon, TOUT est foutu…