Parole aux acteurs. Place à la réalité profonde. Parole et place au peuple. Le livre « Le Développement et résilience : Parcours au coeur du sénégal rural » que l'économiste de formation, Libasse Sow, vient de faire paraitre, est un audit rendu sous forme de récit, de roman, où des passages technocratiques se mêlent à des souvenirs.
« De Fadam à Dodel, en passant par les vallées, les puits, les postes de santé ou les pistes des zones pastorales », Libasse Sow a voyagé, peut-être bloc-notes et stylo à la main, mais, certainement, l'esprit et les sens bien alertes, enregistrant les éléments qui feront son « Développement et résilience : parcours au coeur du Sénégal rural ». Livre d'expert : son auteur, économiste de formation, est...expert en gestion des projets et suivi-évaluation.
Livre d'expert ? « A rebours des approches technocratiques et des solutions standardisées, cet ouvrage donne la parole aux acteurs locaux -femmes, éleveurs, paysans, leaders communautaires- qui vivent et façonnent le développement au quotidien ». Livre du peuple, ce n'est alors pas trop dire, co-écrit avec celui-ci, sur une décennie d'immersion. Ce peuple, c'est Ndèye Ndiaye, Aléle Samba Gadél Kâ, Gogo Pam, Modou Fall... Eux, et autres, sont les « personnages » de ce « roman » du Sénégal qui peint des êtres symbolisant la résilience. Qui sont en quête d'autosuffisance alimentaire.
Chez qui l'eau, vitale, n'est pas toujours en abondance. Qui s'inquiètent. Mais, dont la persévérance force le respect. Ils sont là, décrits dans un champ, montrant le chemin à Monsieur Sow et compagnie, se confessant, montrant leur travail, exprimant leurs ambitions. Ils disent, et lorsqu'ils ne disent pas, renvoient des images qui résonnent en l'auteur, mûrissent ses réflexions et sont rendues au fur des pages. Le livre fait sept chapitres, étalés sur un peu plus d'une centaine de...pages.
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Le Je, c'est Nous !
Dans « Le Sahel demain, catastrophe ou renaissance ? » (Éditions Karthala, 1983), Jacques Giri écrivait ceci : « le Sahel, ce sont ces pays de l'Afrique de l'Ouest que sécheresse et famine mettent, pour un temps, au premier plan de l'actualité. Aussi, le Sahel a-t-il fini par devenir dans l'opinion. Publique une sorte de symbole. Symbole du sous développement, symbole des pays moins avancés, voués à la sécheresse, à la famine, à la misère ».
L'esprit du livre de M. Sow s'oppose à cette fatalité. Aux solutions et projets toutes faites destinées au développement, aussi, où « la dimension culturelle a souvent été marginale, voire négligée ». Le livre du peuple dit que « l'Afrique ne pourra se développer durablement qu'en s'appuyant sur ses propres valeurs, ses savoirs endogènes et ses modes d'organisation sociale ». Ainsi, « ignorer cette dimension, c'est risquer de créer des modèles inadaptés aux réalités locales et donc peu durables ».
« Le Développement et résilience » est un audit rendu sous forme de récit, de roman, où des passages technocratiques se mêlent à des souvenirs, à des leçons tirées des discussions d'individus chez qui des projets sont portés. Et du peuple, le livre de Libasse Sow l'est, parce qu'il restitue une « plongée au coeur du monde rural, qui est plus qu'une oasis en perdition » ; parce qu'il « explore les heurs et malheurs des initiatives communautaires, exposées à travers un récit poignant et engageant où la première personne du Je au singulier alterne avec le Nous ». Cette remarque du préfacier (Pr Omar Gueye, département histoire et géographie, Ucad), se traduit ainsi sous la plume de l'auteur : « j'ai choisi de laisser une large place aux témoignages directs, aux récits bruts, car c'est dans la parole des acteurs de terrain que réside la vérité la plus profonde ».
Cette vérité profonde
« La vérité profonde » veut qu'on cesse de ne voir en l'agrobusiness qu'une opportunité. « Il est en effet établi que toute intervention étrangère dans un pays engendre à la fois des opportunités et des menaces pour les populations dites bénéficiaires ». Cette vérité veut qu'on comprenne que « la transhumance est bien plus qu'une simple pratique culturelle », mais, plutôt, « une réponse complexe et multifactorielle aux défis environnementaux, économiques et sociaux auxquels font face les éleveurs ».
Cette profonde vérité, conclue que « si les zones rurales sont à la fois les plus vulnérables et les plus essentielles pour l'avenir du Sénégal, elles nécessitent donc une attention davantage équitable, précise et engagée ». Cette vérité, c'est ce que chuchotent les communes de Keur Momar Sarr, Syer et Mbane. Cette vérité, souvent exposée dans le livre avec de simples mots et des images fortes, n'a besoin ni de chiffres ni de rapports pour être dite. Mots, images, mots-images : « (...) les paroles du père, le peine de la mère, l'interrogation de l'enfant, tout pointait vers une réalité fréquemment occultée, celle d'une vie rythmée par une dignité remarquable ». Avant ces images et avant ces mots et ces mots-images, un papa venait de se confier, une maman venait de verser des larmes, une fille venait d'exprimer son coeur. « Maman, qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi tu pleures ? ».