C'est ce qui se dégage malheureusement, entre autres, au terme d'une campagne de sensibilisation conduite par l'Observatoire des Pratiques Anormales sur les corridors d'Afrique Centrale (OPA-AC).
C'était du 12 au 19 février 2026. Un tableau peu flatteur a été dressé sur les conditions de transport sur les principaux corridors de la Cemac. Le projet OPA -AC est une initiative de la CEMAC, piloté par l'Institut Sous-régional de Statistique et d'Economie Appliquée ( ISSEA), et financé par l'Union Européenne. La plus-value du projet est la parole donnée aux acteurs terrain. Ce qui a permis aux chauffeurs du corridor Douala - Bangui, de tancer des aires de repos disparates, les infrastructures routières peu adaptées à un trafic sous-régional compétitif, ainsi que les incohérences des résultats observées au sein des différents ponts- bascules.
Aires de repos et sécurité précaire
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Si les camionneurs approchés ont exprimé leur satisfaction sur les aires de repos existantes, ils ont cependant dénoncé la sécurité précaire qui y règne. Ils ont dit ne pas être à l'abri des assaillants de fortune, soit pour les dépouiller de leur portefeuille, soit pour les délester de quelques biens et marchandises transportés. " Nous sommes parfois braqués par des individus armés d'armes à feu, parce que certaines aires de repos ne sont pas sécurisées. Ces assaillants brisent les scellés de la cargaison et nous volent la marchandise. Et par peur pour nos vies, nous les laissons malheureusement faire, parce qu'ils sont drogués et prêts à tuer à la moindre résistance", fait savoir un chauffeur du corridor Douala - Bangui. Cette situation a obligé certains transporteurs à prendre la décision de ne plus faire circuler leurs camions dès la tombée de la nuit. Un chauffeur ne manque pas de préciser que le tronçon Yaoundé - Abong- Mbang reste des plus dangereux au phénomène du vol des marchandises par des individus armés.
Un chauffeur tchadien assassiné dans la première moitié du mois de février
Approché, le porte-parole des chauffeurs tchadiens a l'air triste et maussade : " ça fait juste deux jours que des gangsters ont assassiné un de nos chauffeurs. Nos camionneurs ne sont pas en sécurité. Figurez-vous que même ici au port autonome de Douala, il y a des agressions tous les jours. Le représentant des chauffeurs tchadiens a enfin appelé le gouvernement camerounais au secours, ainsi que l'OPA-AC, pour sécuriser les camionneurs de la sous-région Afrique Centrale, pour un trafic commercial fluide et rassurant pour tous.
Ping-pong entre camionneurs, péages et ponts - bascules
Ici, les premiers accusent les deux autres de pratiques anormales. La logistique du pesage est mise au banc des accusés. Celle-ci est qualifiée de vétuste et aux antipodes de la technologie de pointe en vigueur. Les chauffeurs ont la dent dure contre ce qu'ils appellent " des contrôles incohérents." Le pont bascule de Garoua-Boulai ( ville camerounaise de la région de l'Est, et frontalière à la République Centrafricaine), est particulièrement visée. " L'entrée du pont- bascule de Garoua-Boulai est mauvaise, et un camion peut se renverser facilement", font savoir les camionneurs, non sans préciser que les ponts- bascules d'Abong-Mbang et Bonis, toujours dans la région de l'Est Cameroun, sont aussi dangereux que celui de Garoua-Boulai.
Mais plus globalement ou unanimement, les camionneurs se plaignent vivement des divergences des pesées d'un pont- bascule à un autre. Ils font savoir pour un même chargement, l'on peut être déclaré en règle, et être déclaré en infraction de surcharge sur un autre pont- bascule. Ce qui soumet au paiement d'une amende. " Par exemple, notte chargement fait 24 tonnes.
Mais tous les ponts- bascules ne pèsent pas pareil. Plus le pont est sensible, plus le poids augmente", explique un conducteur de camion. Il fait enfin savoir que lorsqu'une amende est considérée comme abusive, celle-ci est répercutée sur le client ou le patron, et peut donc atteindre des 50 mille francs CFA par trajet. Mais les opérateurs des ponts- bascules ne se laissent pas conter fleurette.
Ils accusent à leur tour les camionneurs de "mauvaise foi et de malice". " Ces chauffeurs ne vont jamais vous dire la vérité. Ils vont toujours plus accuser. Et pourtant, il leur arrive de consommer du carburant après un contrôle sur un pont bascule. Il est évident que dans ce cas d'espèce, la charge ne sera plus la même au prochain pont- bascule. D'autres prennent des marchandises après un pont- bascule, pour ensuite accuser nos équipements. Même si nous sommes d'accord sur le caractère vieillissant de ceux-ci, nous tenons à préciser que les équipements des ponts- bascules sont régulièrement révisés", se défend-on au pont- bascule de Nomayos, près Yaoundé, dans la région du Centre. Et de préciser que la surcharge peut aussi être relative : la surcharge à l'essieu. Et dans ce cas, il appartient aux camionneurs d'équilibrer la charge à l'essieu.
Les camionneurs dans le viseur du maire de Touboro
Édile de Touboro dans le département du Mayo-Rey dans la région du Nord Cameroun, Célestin YANDAL ne se fait pas prier pour dénoncer la dégradation vertigineuse des routes par les camionneurs. " Le tonnage légal pour un camion, c'est 28 tonnes. Si on transporte 50 tonnes, la route, qui a une durée de vie de 30 ans, s'affaisse avant son terme", regrette le maire de Touboro.
Célestin YANDAL dénonce un système de corruption qui selon lui, fait prospérer les surcharges. " Les services de pesage ne font pas de leur travail. Ce n'est que l'argent, vous pouvez porter le tonnage que vous voulez, pourvu que vous soudoyez ceux qui devraient interdire le surpoids", a-t-il déclaré. Et de souhaiter enfin que les moyens soient mis pour l'aménagement du parc de camions de Touboro, pour que les camions ne s'embourbent plus dans cette aire de repos pendant les pluies.
Tout en mettant en relief les pratiques anormales, les dysfonctionnements et les manquements infrastructurels, la campagne de sensibilisation de l'OPA-AC ouvre sans doute l'ère du dialogue entre les différents usagers des corridors et les pouvoirs publics. Et dans le grand souci de la CEMAC de travailler résolument à la fluidité des échanges commerciaux dans la sous-région, il est axiomatique que l'aménagement des aires de repos plus hospitalières et sécurisées, est un adjuvant très important.