À l'occasion de la commémoration du 29 mars 1947, hier, le Chef de l'État a prononcé un discours mêlant mémoire historique et appel à l'action, à Moramanga. Il a exhorté les Malgaches à renouer avec les valeurs de patriotisme, d'unité et de responsabilité face aux défis actuels.
Aller au-delà de la commémoration. Tel est l'objectif du discours prononcé par le colonel Michaël Randrianirina, Chef de l'État, durant la cérémonie en mémoire des martyrs de l'insurrection d'indépendance du 29 mars 1947, hier, à Moramanga.
Pour sa première allocution de commémoration du 29 mars, l'officier supérieur a voulu susciter un sursaut patriotique et a appelé à « l'union sacrée », afin de mener à bien la refondation de la République. « Qu'est devenue la valeur de ces sangs versés, de ces vies sacrifiées et des souffrances endurées par nos héros pour la Patrie ? Les idéaux de cette lutte d'émancipation sont-ils réellement visibles et vécus dans notre quotidien actuel ? », s'interroge-t-il alors.
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« Ainsi, je lance un appel à chacun d'entre nous. Concentrons-nous sur le développement de notre pays. Soutenons-nous mutuellement. Refusons d'être divisés par les manipulations et les conflits politiques. Rappelons-nous que nous avons un ennemi commun : la pauvreté, et un objectif commun : l'acquisition d'une véritable indépendance. Ravivons donc la lutte pour la reconstruction et la libération de Madagascar dans ce contexte de refondation de la République », enchaîne-t-il.
Le Chef de l'État met en effet l'accent sur la force rassembleuse du patriotisme. Une force qui a impulsé un élan collectif pour se dresser contre les autorités coloniales.
« L'amour de la patrie était au coeur du combat de ces héros nationaux. C'est cet amour qui leur a donné le courage de s'opposer au colonisateur, malgré l'inégalité des forces », souligne-t-il, en ajoutant, « l'objectif commun de cette lutte était de voir Madagascar et les générations futures libérés des chaînes et sortir de l'obscurité de l'asservissement ».
Le colonel Randrianirina déplore, en effet, que si l'unité et la solidarité avaient permis de mener le combat pour la libération de Madagascar, « ce sont aujourd'hui la division et les clivages qui dominent dans notre pays. » À l'entendre, « l'égoïsme, l'avidité, la quête effrénée de richesse », en sont les causes. « Nous savons pourtant que la division, sous toutes ses formes, a toujours été un instrument de domination sur cette île, et nul n'ignore qu'une nation dont le peuple est fragmenté est parmi les plus vulnérables au monde », regrette-t-il.
Lutte contre la corruption
« Revenons à nos sources, redonnons toute leur valeur à notre identité et à nos traditions. Car savoir clairement qui nous sommes et ce qui nous distingue nous aidera à répondre à la question essentielle : où allons-nous ? », renchérit le Chef de l'État. Selon lui, ce retour aux valeurs qui ont permis aux anciens de sortir la nation du joug de la colonisation devrait permettre de surmonter les obstacles du développement. La vraie souveraineté du pays écarte « l'égoïsme, la quête de prestige, la corruption, l'impunité et les querelles politiques ».
L'officier supérieur a particulièrement fustigé la corruption et les abus.
« Nous oublions les souffrances du peuple d'alors. Nous piétinons le sang de nos ancêtres, celui de ces hommes et femmes d'autrefois, à travers la corruption, l'avidité et l'oppression que nous exerçons entre Malgaches », assène-t-il, en ajoutant « que chacun se pose la question, en particulier ceux qui assument des responsabilités publiques : chaque fois que vous acceptez un pot-de-vin, demandez-vous si vous n'êtes pas en train de fouler injustement le sang de vos ancêtres ».
Il en a profité pour faire le parallèle avec les manifestations de septembre et octobre 2025. Notant que certains ont perdu la vie durant ces événements, il rappelle alors aux responsables étatiques qu'il n'est pas juste question de conquête du pouvoir. Que ces événements découlent d'aspirations populaires, notamment de meilleures conditions socio-économiques, mais aussi de la bonne gouvernance et de la probité dans la conduite des affaires publiques.
Dans la foulée, le Chef de l'État a cependant répliqué à ceux qui critiquent le pouvoir, en s'interrogeant s'il ne s'agirait pas de ressentiment d'individus qui « n'ont pas obtenu de place. » Toutefois, les points que le locataire d'Iavoloha qualifie de causes de l'enlisement de la nation, notamment la corruption, sont des faits imputés aux acteurs politiques, dénoncés durant les manifestations de l'année dernière. Bien qu'il semble agacé par les critiques, une partie de l'opinion subodore que certains, au sein du pouvoir actuel, continuent ces mauvaises pratiques en toute impunité.
Concédant qu'il s'agit « du principal fléau de notre pays », le colonel Randrianirina assure cependant que la lutte « avance progressivement » et de manière impersonnelle. Par ailleurs, dans son allocution d'hier, il a plaidé pour plus d'engagement des jeunes dans la vie publique. « Levez-vous, les jeunes », scande-t-il, faisant écho à l'hymne du Mouvement démocratique pour la rénovation malgache (MDRM).