Cote d'Ivoire: L'éditorial d'Adama Koné - Message d'outre/tombe

analyse

Quand on n'a pas refusé de naître, on ne peut refuser de partir, dit le sage africain. Un départ définitif sur la terre des hommes. La mort est un décret divin. Sans appel. C'est un phénomène naturellement mystérieux. Voir un ami, un collaborateur, un patron pleurer son géniteur.

Oh, qu'elles sont impénétrables, les réalités divines ! La salle Félix Houphouët-Boigny d'Ivoire sépulture (Ivosep) accueille, ce jeudi-là, le patriarche Assié Nouho pour son dernier séjour à Abidjan. Laissant, comme tous les défunts, un message aux vivants.

Le mystère demeurera. Chaque être humain a deux dates importantes. La première, il la connaît, dès qu'il appréhende les premières réalités de la vie : sa date de naissance. Il fête même son anniversaire. Cette naissance, inspirée par Dieu, est réalisée par l'intermédiaire de l'homme et de la femme. C'est leur volonté, leur décision. La seconde date, en revanche, ne leur appartient pas.

Encore moins au concerné lui-même. L'être humain, s'il voit sur son extrait d'acte de naissance ou son jugement supplétif, la date de sa venue sur terre, il reste totalement ignorant, toute sa vie, de la mention « décédé le… ».

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Seuls les survivants déterminent le temps qu'il aura passé dans le monde. La mort est une réalité pour ceux qui ont encore le souffle de vie. Ils étaient nombreux, le jeudi 5 mars, à prier et rendre hommage à un serviteur du pays. Le conseiller pédagogique, le patriarche Assié Nouho, père du directeur général de votre quotidien Fraternité Matin. C'était à la salle Félix Houphouët-Boigny de la société des pompes funèbres, Ivoire sépulture.

Mystère du sort, c'est alors qu'il était à la cérémonie de la levée du corps du père du directeur général de l'Institut national polytechnique Houphouët-Boigny, le lundi 23 février, dans cette même salle, qu'il apprenait le décès de son père.

C'est vrai, tous les morts ne passent pas par Ivosep. Mais ils ont tous la même destination finale : 1,5 à 2 mètres sous terre. La profondeur générale de la tombe pour le repos des morts. C'est la communauté de destin. Qu'on soit pauvre ou riche, grand ou petit, blanc ou noir, gros ou mince, jeune ou vieux.

Les disparus ne souffrent plus du mal qui les a emportés. Ils ne vivent plus la méchanceté humaine. Ils n'ont plus le stress du loyer à payer, des frais d'écolage, des factures de domesticité, des cotisations familiales et des obligations de résultat au travail. Seuls ceux qu'ils ont laissés doivent continuer le combat. Et cette réalité doit nous interpeler.

En effet, les morts « vivent » plus longtemps que les vivants. Prenons simplement le calendrier classique. Nous sommes en 2026. Il y a des personnes qui nous ont quittés, il y a au moins 2026 ans. Sur la terre, nous connaissons la moyenne d'âge, l'espérance de vie. Encore qu'à un certain âge, l'homme n'est plus autonome, perdant certaines facultés.

Supposons une durée de vie moyenne de 80 ans. Retranchons l'enfance et les années d'études. L'adulte commencera à travailler à 25 ans. S'il part à la retraite à 60 ans, il aura eu 35 années de service. 35 années critiques et actives. C'est peu.

Des années pendant lesquelles nous sommes méchants les uns envers les autres. Où nous consacrons notre temps à chercher des poux sur des crânes pourtant rasés, où nous cherchons à enfoncer nos collaborateurs, à leur jeter des peaux de banane, à nous réjouir des difficultés et malheurs des autres. On y met toute l'énergie possible.

Signant des pactes diaboliques, parcourant les adresses de détenteurs de sciences occultes à des fins nuisibles et néfastes. Rien que pour bloquer des carrières, briser des avenirs, anéantir des espoirs. L'homme devient un loup pour l'homme.

Quand on a mis ce court passage sur terre au service du mal, quel temps prenons-nous pour apprécier ce que Dieu nous a donné ? Le malheur de l'autre est-il en corrélation avec notre bien-être ? Son renvoi de l'entreprise augmente-t-il notre rémunération ?

Le bonheur n'est pas du prêt-à-porter. C'est du sur mesure. Certains aiment le pigeon ou l'attiéké au poisson thon (garba), alors qu'ils sont pleins aux as. D'autres trouvent leur satisfaction dans la consommation du bœuf, plus cher que le pigeon, pourtant n'en ont pas les moyens. L'oncle qui est à M'Bengué ou à Ouangolodougou consomme de la pintade. Pourtant c'est un modeste planteur.

À Abidjan, consommer de la pintade dans un restaurant demande de disposer d'une bourse conséquente. Les deux consommateurs ont tout de même la même satisfaction gustative. Des exemples qui doivent nous interpeler. Il faut tirer profit de son passage sur la terre des hommes. Savoir apprécier l'amour qu'on nous porte. Être reconnaissant de la disponibilité physique, morale et financière de l'autre.

Avoir de la considération pour son prochain. Pouvoir donner quand on en a reçu. Des notions qui sont consignées dans les livres saints. Et que chaque décès, comme celui du vieux Nouho, nous laisse comme testament. Chaque jour est le premier jour de ce qui nous reste à vivre.

Après le Ramadan, après, hier, les Rameaux, laissons entrer dans nos cœurs, en ce premier jour de la semaine sainte, l'amour et la lumière.

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