De nouveaux témoignages accablants relancent une affaire déjà explosive. Après Sandrine Yapi, une deuxième nourrice brise le silence. Elle vient de démissionner. Et ce qu'elle a dit devant officier assermenté explique pourquoi.
Il y a quelques semaines, Sandrine Yapi, ancienne nourrice de Colline Euchin, propriétaire du riad Maison Nalos, situé à Marrakech, rendait public son témoignage. Deux ans de service, seize à vingt heures de travail par jour, sept jours sur sept, sans contrat, sans repos, avant d'être abandonnée sans salaire et sans toit dans un pays étranger, contrainte de rentrer en Côte d'Ivoire les mains vides.
Ce témoignage n'était pas le dernier.
Le 26 mars 2026, une nouvelle nourrice employée par Colline Euchin a choisi de parler. Non pas à un journaliste. Devant un officier ministériel assermenté auprès du tribunal de cour d'appel de Marrakech. Ses déclarations ont été consignées dans un constat officiel, dressé en présence d'une traductrice assermentée auprès du ministère de la Justice, document à valeur probatoire devant les juridictions compétentes.
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Elle vient de démissionner. Et ce qu'elle a dit explique pourquoi.
"C'était mon devoir de parler"
Ce qui a conduit cette nourrice à franchir le pas n'est pas seulement sa propre situation. C'est ce qu'elle a vu. Ce qu'elle a vécu au quotidien aux côtés d'un enfant dont elle était, de fait, la seule présence stable et responsable.
Colline Euchin sortait régulièrement jusqu'à trois ou quatre heures du matin. Certaines nuits, elle ne rentrait pas du tout. Pour surveiller son fils à distance pendant ses absences, une caméra avait été installée dans la chambre de l'enfant. C'est la nourrice qui, seule, depuis sa propre chambre, en surveillait le sommeil nuit après nuit.
Le week-end, le schéma se répétait. Colline Euchin partait le samedi soir et rentrait le dimanche matin, laissant l'enfant sous la seule responsabilité de la nourrice, sans que celle-ci puisse la joindre en cas d'urgence. Elle ne répondait ni aux appels ni aux messages.
La directrice de l'école de l'enfant a signalé qu'il avait manqué huit cours en quatre mois. La raison : personne ne pouvait le lever à temps le matin.
Au-delà de sa propre situation, cette nourrice témoigne que cet enfant de quatre ans a été régulièrement confronté à des situations auxquelles aucun enfant de cet âge ne devrait être exposé. C'est cette conviction qui l'a conduite à parler.
Ce n'est pas une négligence ponctuelle. C'est un fonctionnement.
Vingt heures par jour, enfermée, sans salaire versé
Comme Sandrine Yapi avant elle, cette nourrice décrit des conditions de travail qui n'ont de travail que le nom. Environ vingt heures de présence quotidienne, enfermée dans l'appartement du matin au soir, sans jour de repos, sans possibilité de voir sa famille, sans liberté de mouvement. Son dernier salaire ne lui a toujours pas été versé à l'heure où ces lignes sont écrites.
Elle a tenu. Puis elle n'a plus pu. La démission n'était pas un choix : c'était une question de survie psychologique. Aujourd'hui encore choquée par ce qu'elle a vécu et par ce à quoi elle a assisté, elle a choisi de ne plus se taire. Ce courage a un prix.
Un schéma qui se répète, une affaire qui s'élargit
Deux nounous. Deux témoignages. Le même employeur. Le même schéma : isolement, surcharge de travail, absence de contrat, salaires impayés, enfant livré à lui-même, et des femmes réduites au silence par leur vulnérabilité.
L'affaire Colline Euchin n'est plus anecdotique. Elle pose une question qui dépasse le cadre d'un riad à Marrakech : jusqu'où peut-on exploiter des femmes venues d'ailleurs, sans papiers, sans recours, sans voix, avant que la justice ne se saisisse de ces faits ?
Au moment où nous publions ces lignes, nous n'avons toujours pas reçu de réaction de Colline Euchin. Nous nous tenons à sa disposition si elle souhaite répondre aux témoignages rendus publics dans le cadre de cette enquête.
De leur côté, les nounous concernées ont décidé de s'unir et d'engager une démarche collective devant les juridictions compétentes, aussi bien au Maroc qu'en France.
Sandrine Yapi est rentrée en Côte d'Ivoire. Elle est prête à témoigner devant toute autorité compétente.
La deuxième nourrice, elle, est encore choquée. Mais elle a parlé.
L'invisibilité a une limite. Elle s'appelle la vérité.